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Les libéraux ont appauvri les enfants, accuse Gilles Duceppe

Alec Castonguay   7 juin 2004 22h28  Canada
Gilles Duceppe
Gilles Duceppe
Saguenay — Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a blâmé sévèrement hier le Parti libéral et indirectement Paul Martin pour le nombre élevé d’enfants pauvres au pays. «Il y a beaucoup d’enfants pauvres qui grandissent dans la pauvreté au Canada. Je pense qu’ils [les libéraux] doivent être blâmés pour ça. Il y en a plus depuis que les libéraux sont au pouvoir», a accusé Gilles Duceppe.

En 1989, sous le gouvernement conservateur de Brian Mulroney, la Chambre des communes avait adopté une résolution unanime qui visait à «mettre fin» à la pauvreté chez les enfants avant l’an 2000. En 1986, on estimait à un million le nombre d’enfants pauvres au Canada, soit un sur six. L’évaluation de la situation faite en 2001 par l’organisme pancanadien Campagne 2000 montre un état des lieux identique, soit un million d’enfants ayant des conditions de vie fragiles. Aucune amélioration donc, malgré les promesses. Comme les libéraux ont gouverné pendant la presque totalité des années 1990, cet échec leur incombe, d’après le Bloc québécois.
Selon Gilles Duceppe, la première cause de cette pauvreté provient du manque de soutien envers les parents. «S’il y a des enfants pauvres, c’est parce qu’il y a des parents pauvres, c’est un lien évident, c’est logique, a-t-il dit lors d’un point de presse en fin d’après-midi. J’ai jamais vu ça, des enfants pauvres dans des familles riches.»
Selon le chef bloquiste, les coupures que les libéraux ont opérées dans la caisse d’assurance emploi sont en grande partie responsables des conditions de vie précaires de certains enfants. «Ils ont coupé dans la caisse d’assurance emploi, qui est [censée être] une véritable assurance, a-t-il mentionné dans une région particulièrement affectée par le chômage depuis la crise du bois d’oeuvre. Imaginez dans le secteur privé si vous assurez votre maison, que vous payez vos primes et que votre maison brûle, mais que la compagnie dit que vous êtes assuré seulement pour le deuxième feu, pas le premier! C’est exactement ce que les libéraux ont fait. Les gens ont payé pour cette assurance, ça doit servir à ce pourquoi les gens ont payé.»
Quelle est la différence entre cette accusation envers les libéraux et celle de Jack Layton, chef du NPD, qui tenait Paul Martin personnellement responsable de la mort de sans-abri à Toronto? Gilles Duceppe estime que son argumentation n’est pas bêtement populiste, contrairement à celle de son adversaire. «Oui, c’est la faute aux politiques libérales. Mais est-ce que [Paul Martin] en est responsable personnellement? Je ne pense pas qu’on se lève le matin en voulant faire plus d’enfants pauvres. C’est une vision machiavélique et c’est pour ça que j’ai condamné les propos de Jack Layton.»
Mais le Bloc maintient le doigt accusateur: Paul Martin doit prendre sa large part du blâme. «On ne peut pas nier que les politiques d’un parti soient prises par des hommes et des femmes qui sont membres de ce parti, a-t-il dit. Il y a des conséquences à toutes les décisions que l’on prend et il faut être assez logique pour voir les conséquences de ces décisions. [Les libéraux] ne font pas leur devoir en cette matière-là.»

La politique du pire au Bloc?
Sur un autre terrain, Gilles Duceppe pense qu’il n’y a rien d’hypocrite à vouloir améliorer le sort des provinces, même pour un parti souverainiste. L’ancien ministre libéral Stéphane Dion a accusé le Bloc de viser «la politique du pire», c’est-à-dire de mettre en place des mesures pour nuire au Canada et ainsi prouver que le Québec doit être un pays. Une salve esquivée par le chef bloquiste hier.
«Ce n’est pas ça qu’on fait. Pas du tout, a tranché Gilles Duceppe. On ne veut pas la politique du pire, nous; on ne fait pas une campagne de peur à la Stéphane Dion. C’est quand la situation va mieux que les gens sont le plus déterminés à apporter du changement. Et notre rôle comme élus, ce n’est pas de faire en sorte que la situation soit plus difficile pour ceux et celles qui nous accordent leur confiance, mais au contraire de démontrer que les souverainistes sont les meilleurs défenseurs des intérêts des Québécois. Ce n’est pas hypocrite, ça. C’est toujours ça qu’on a fait.
«Plus la situation des Québécois s’améliorera, plus ils seront déterminés à faire un véritable changement, croit le chef bloquiste. Ce changement pour le Québec, c’est la souveraineté. Quand ça va mal dans la vie, vous avez peur du changement. Quand vous vous sentez en confiance, vous êtes d’autant plus déterminé à changer les choses. La politique du pire, ceux qui fantasment sur le fait que ça va aller tellement mal que le monde va être écoeuré et vouloir changer, je leur dis que c’est pas de même que ça se passe dans la vie. Ce sont des gens qui n’ont pas d’ancrage dans la réalité qui disent ça. Moi, je le suis, dans la réalité.»






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