Le PLQ laisse tomber Martin
Le parti de Jean Charest, membre de la grande famille libérale, tourne le dos à l'équipe de Paul Martin. Le Parti libéral du Québec a en effet lancé le mot d'ordre à ses députés et aux officiers du parti de ne pas s'impliquer dans la campagne du Parti libéral du Canada.
Le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces, que Paul Martin s'entête à ne pas reconnaître, est au centre de cette directive. Les libéraux de Jean Charest voient mal comment ils pourraient, d'un côté, défendre les intérêts du Québec en réclamant publiquement un règlement du déséquilibre fiscal et, de l'autre, travailler à faire élire une équipe qui s'y oppose. «C'est une question de cohérence», a expliqué l'une des quatre personnes au sein de l'organisation du PLQ interviewées par Le Devoir, qui ont toutes requis l'anonymat.
«Il y a une déception bilatérale, a soutenu une autre source. S'il y a des libéraux fédéraux qui sont déçus de notre absence, il y a aussi des militants du PLQ qui sont restés sur leur appétit face à Martin.» Les engagements de Paul Martin en matière de santé annoncés en début de semaine auraient exacerbé le mécontentement des militants du PLQ, selon cette personne. Les objectifs d'intervention du chef du PLC ont été décodés comme étant des conditions inacceptables, comme l'a d'ailleurs exprimé le ministre de la Santé, Philippe Couillard. «Ç'a pris quasiment 48 heures avant que Martin corrige le tir et précise qu'il n'y aurait pas de conditions. Il s'enfonce», a-t-il ajouté.
«Il n'y a pas d'aide mais pas de nuisance non plus», a dit un dirigeant du PLQ, qui a toutefois fait valoir que certains militants et organisateurs se sont tournés vers les conservateurs. Ce serait notamment le cas dans la région de Québec, où Josée Verner se présente sous la bannière du Parti conservateur du Canada dans la circonscription de Louis-Saint-Laurent. Cette ancienne attachée politique sur la colline parlementaire à Québec bénéficie, au sein du PLQ, d'un réseau prêt à pousser à la roue, assure-t-on.
«On a beaucoup de monde du PLQ et de l'ADQ [Action démocratique du Québec] chez nous. Bien des gens font l'équation trop vite entre le PLQ et le PLC. C'est une erreur», a affirmé hier Dany Renault, un organisateur du PLQ, qui travaille aux communications de la campagne conservatrice au Québec.
La situation n'est pas sans rappeler que sous Robert Bourassa, les troupes libérales avaient donné un coup de pouce officieux à l'équipe conservatrice de Brian Mulroney. Chose certaine, la consigne du PLQ fait d'autant plus mal que le PLC ne possède pas à proprement parler de base militante comme les partis provinciaux. Le financement populaire en place au Québec depuis plus de 25 ans a forcé le PLQ à se doter de structures permanentes. À l'inverse, le soutien financier des entreprises, jusqu'ici permis dans le cadre fédéral, ne stimulait aucunement les partis fédéraux à bénéficier d'autre chose que d'une implication sporadique de leurs militants. Résultats: les associations de comté naissent juste avant les élections et meurent immédiatement après.
Mais ce mot d'ordre du PLQ ne concerne pas les militants sur le terrain, qui travaillent bénévolement. Leurs accointances avec le PLC ne peuvent être contraintes, a-t-on souligné au Devoir. On note également que beaucoup de militants du PLQ s'impliquent surtout dans le dossier explosif des défusions municipales, leurs ardeurs étant refroidies pour donner un coup de main à l'équipe Martin sur le terrain.
Hier, le lieutenant politique de Paul Martin au Québec et candidat dans Outremont, Jean Lapierre, a souligné que la parenté entre libéraux provinciaux et fédéraux relevait d'abord et avant tout d'une dynamique locale plutôt que d'une alliance officielle. «Ce n'est pas formel. On le sait comté par comté, c'est une situation différente. J'arrive dans certains endroits où il y a beaucoup de militants libéraux; souvent, les militants de la base se recoupent», a affirmé Jean Lapierre.
Ce dernier a tenté de minimiser l'impact des récentes sorties publiques teintées d'amertume de Marc-Yvan Côté, un organisateur de longue date tant pour le PLQ que pour le PLC. «Il a toujours été un adversaire de Paul Martin à toutes ses campagnes au leadership. Je lui laisse le soin de s'impliquer dans sa circonscription. Je suis convaincu qu'un bon libéral comme lui va voter libéral le jour du vote», a commenté M. Lapierre. De son côté, Paul Martin a réagi. «Les libéraux au Québec et partout au pays, on est unis et on travaille ensemble. Il y en a quelques-uns qui ne sont peut-être pas contents de la façon de faire, mais les libéraux sont très unis», a-t-il déclaré.
En coulisses, un stratège du PLC au Québec a toutefois reconnu que les échanges entre les libéraux du PLQ et du PLC se limitent surtout à des contacts de courtoisie, question de prévenir des engagements des uns sur les autres. Il faut dire que les réseaux de connaissances s'entrecroisent. Les principales têtes dirigeantes de la campagne du PLC au Québec sont d'anciens organisateurs du PLQ. C'est le cas de Pietro Perrino, qui a fait le saut au fédéral dès 1998, et Richard Mimeau, un ancien permanent qui a quitté le PLQ en 2000.
Cette situation s'ajoute à un début de campagne quelque peu chaotique. Hier, un sondage Ekos tendait à démontrer que le Parti libéral du Canada a encore perdu du terrain au profit du PC. Le PLC obtiendrait 38 % des intentions de vote, contre 30 % pour les conservateurs de Stephen Harper, 18 % pour le NPD et 10 % pour le Bloc québécois.
Le président de l'association libérale dans la circonscription de Berthier, Louis Sylvestre, a fait valoir que le scandale des commandites a fait beaucoup de mécontents au sein du PLC. «Les libéraux font face à un paradoxe. Ils veulent exprimer leur frustration mais, en même temps, ils veulent voter pour M. Martin. Il nous faut donc ramener le débat sur le plancher du réalisme politique: ne pas voter libéral, c'est donner le pouvoir aux conservateurs», a mentionné M. Sylvestre.
Le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces, que Paul Martin s'entête à ne pas reconnaître, est au centre de cette directive. Les libéraux de Jean Charest voient mal comment ils pourraient, d'un côté, défendre les intérêts du Québec en réclamant publiquement un règlement du déséquilibre fiscal et, de l'autre, travailler à faire élire une équipe qui s'y oppose. «C'est une question de cohérence», a expliqué l'une des quatre personnes au sein de l'organisation du PLQ interviewées par Le Devoir, qui ont toutes requis l'anonymat.
«Il y a une déception bilatérale, a soutenu une autre source. S'il y a des libéraux fédéraux qui sont déçus de notre absence, il y a aussi des militants du PLQ qui sont restés sur leur appétit face à Martin.» Les engagements de Paul Martin en matière de santé annoncés en début de semaine auraient exacerbé le mécontentement des militants du PLQ, selon cette personne. Les objectifs d'intervention du chef du PLC ont été décodés comme étant des conditions inacceptables, comme l'a d'ailleurs exprimé le ministre de la Santé, Philippe Couillard. «Ç'a pris quasiment 48 heures avant que Martin corrige le tir et précise qu'il n'y aurait pas de conditions. Il s'enfonce», a-t-il ajouté.
«Il n'y a pas d'aide mais pas de nuisance non plus», a dit un dirigeant du PLQ, qui a toutefois fait valoir que certains militants et organisateurs se sont tournés vers les conservateurs. Ce serait notamment le cas dans la région de Québec, où Josée Verner se présente sous la bannière du Parti conservateur du Canada dans la circonscription de Louis-Saint-Laurent. Cette ancienne attachée politique sur la colline parlementaire à Québec bénéficie, au sein du PLQ, d'un réseau prêt à pousser à la roue, assure-t-on.
«On a beaucoup de monde du PLQ et de l'ADQ [Action démocratique du Québec] chez nous. Bien des gens font l'équation trop vite entre le PLQ et le PLC. C'est une erreur», a affirmé hier Dany Renault, un organisateur du PLQ, qui travaille aux communications de la campagne conservatrice au Québec.
La situation n'est pas sans rappeler que sous Robert Bourassa, les troupes libérales avaient donné un coup de pouce officieux à l'équipe conservatrice de Brian Mulroney. Chose certaine, la consigne du PLQ fait d'autant plus mal que le PLC ne possède pas à proprement parler de base militante comme les partis provinciaux. Le financement populaire en place au Québec depuis plus de 25 ans a forcé le PLQ à se doter de structures permanentes. À l'inverse, le soutien financier des entreprises, jusqu'ici permis dans le cadre fédéral, ne stimulait aucunement les partis fédéraux à bénéficier d'autre chose que d'une implication sporadique de leurs militants. Résultats: les associations de comté naissent juste avant les élections et meurent immédiatement après.
Mais ce mot d'ordre du PLQ ne concerne pas les militants sur le terrain, qui travaillent bénévolement. Leurs accointances avec le PLC ne peuvent être contraintes, a-t-on souligné au Devoir. On note également que beaucoup de militants du PLQ s'impliquent surtout dans le dossier explosif des défusions municipales, leurs ardeurs étant refroidies pour donner un coup de main à l'équipe Martin sur le terrain.
Hier, le lieutenant politique de Paul Martin au Québec et candidat dans Outremont, Jean Lapierre, a souligné que la parenté entre libéraux provinciaux et fédéraux relevait d'abord et avant tout d'une dynamique locale plutôt que d'une alliance officielle. «Ce n'est pas formel. On le sait comté par comté, c'est une situation différente. J'arrive dans certains endroits où il y a beaucoup de militants libéraux; souvent, les militants de la base se recoupent», a affirmé Jean Lapierre.
Ce dernier a tenté de minimiser l'impact des récentes sorties publiques teintées d'amertume de Marc-Yvan Côté, un organisateur de longue date tant pour le PLQ que pour le PLC. «Il a toujours été un adversaire de Paul Martin à toutes ses campagnes au leadership. Je lui laisse le soin de s'impliquer dans sa circonscription. Je suis convaincu qu'un bon libéral comme lui va voter libéral le jour du vote», a commenté M. Lapierre. De son côté, Paul Martin a réagi. «Les libéraux au Québec et partout au pays, on est unis et on travaille ensemble. Il y en a quelques-uns qui ne sont peut-être pas contents de la façon de faire, mais les libéraux sont très unis», a-t-il déclaré.
En coulisses, un stratège du PLC au Québec a toutefois reconnu que les échanges entre les libéraux du PLQ et du PLC se limitent surtout à des contacts de courtoisie, question de prévenir des engagements des uns sur les autres. Il faut dire que les réseaux de connaissances s'entrecroisent. Les principales têtes dirigeantes de la campagne du PLC au Québec sont d'anciens organisateurs du PLQ. C'est le cas de Pietro Perrino, qui a fait le saut au fédéral dès 1998, et Richard Mimeau, un ancien permanent qui a quitté le PLQ en 2000.
Cette situation s'ajoute à un début de campagne quelque peu chaotique. Hier, un sondage Ekos tendait à démontrer que le Parti libéral du Canada a encore perdu du terrain au profit du PC. Le PLC obtiendrait 38 % des intentions de vote, contre 30 % pour les conservateurs de Stephen Harper, 18 % pour le NPD et 10 % pour le Bloc québécois.
Le président de l'association libérale dans la circonscription de Berthier, Louis Sylvestre, a fait valoir que le scandale des commandites a fait beaucoup de mécontents au sein du PLC. «Les libéraux font face à un paradoxe. Ils veulent exprimer leur frustration mais, en même temps, ils veulent voter pour M. Martin. Il nous faut donc ramener le débat sur le plancher du réalisme politique: ne pas voter libéral, c'est donner le pouvoir aux conservateurs», a mentionné M. Sylvestre.
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