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Perspectives - Réparer les pots cassés

Manon Cornellier   26 mai 2004  Canada
«O n pourra le faire parce que notre priorité est le système de soins de santé, pas les réductions de taxes. Et on fera tout ce qui est nécessaire pour avoir l'argent pour le système de santé.»

C'est sur ces mots que Paul Martin a conclu sa conférence de presse hier et mis fin à la présentation de son programme en matière de santé. Des mots bienvenus mais, en les entendant, on ne pouvait s'empêcher de se demander ce qui avait tant changé pour lui depuis octobre 2000.

À l'époque, il avait fait exactement l'équation inverse. Alors que le système de santé croulait déjà sous la pression, il avait offert 100 milliards de réductions d'impôt sur cinq ans mais seulement 23,4 milliards sur cinq ans pour la santé.

Il ne nie pas avoir fait des réductions d'impôt, il s'en vante même.

«En tant que ministre des Finances, j'ai été fier de faire partie d'un gouvernement qui a effectué les diminutions d'impôt les plus importantes de l'histoire du Canada», répétait-il dimanche en se lançant en campagne.

Mais il affirme aussi qu'il a offert ces réductions parce que le pays pouvait se les offrir à l'époque. Mais le système de santé, lui, le pouvait-il? Pas davantage que maintenant. Il le pouvait d'autant moins qu'il était encore sous le choc de la diminution unilatérale des transferts aux provinces imposée par M. Martin lui-même en 1995.

En octobre 2000, les transferts en santé étaient toujours inférieurs à ce qu'ils étaient avant les coupures. Ce n'est que l'année suivante qu'on a finalement approché les niveaux antérieurs. Cela ne fait donc que trois ans que les provinces reçoivent d'Ottawa plus d'argent qu'en 1994 pour la santé, l'éducation post-secondaire et l'aide sociale, les trois programmes ayant été regroupés sous un seul transfert en 1995. (La santé jouit depuis cette année de son propre transfert.)

Entre 1995 et 2001, un seul gouvernement a investi moins en santé qu'au cours des années précédentes et c'est le gouvernement fédéral, dont le ministre des Finances était Paul Martin.

Ce dernier ne s'esquive pas devant la question. «Je ne vais pas nier avoir coupé les transferts aux provinces dans le budget de 1995. Je ne voulais pas faire ça mais le fait est que nous devions le faire parce que si nous n'avions pas posé ces gestes en 1995, nous serions comme l'Argentine, aujourd'hui», a-t-il dit hier.

M. Martin n'a pas tort de dire qu'en 1995, le Canada était au bord du gouffre financier et qu'avec un déficit de 42 milliards, une médecine de cheval s'imposait pour redresser la situation. Tous les honneurs lui reviennent pour y être parvenu. Le problème est qu'une fois la situation rétablie, il a sans cesse sous-estimé ses surplus pour éviter qu'on le pousse davantage à la dépense. Il a bien réinvesti un peu chaque année en santé mais il aura fallu six ans pour seulement récupérer le retard pris.

Et à la vitesse à laquelle les coûts de santé ont augmenté, Ottawa se retrouve aujourd'hui, même après les investissements des dernières années, à payer une part moins importante qu'avant des coûts du système de santé publique.

L'annonce d'hier laisse aussi songeur. Lors du dépôt du budget en mars, on n'a annoncé aucune hausse des transferts pour l'année en cours. Le ministre Ralph Goodale se plaignait d'être sur la corde raide et disait en entrevue que pour offrir davantage aux provinces, il serait peut-être obligé de se fier sur la réallocation annuelle de ressources.

Deux mois plus tard, en pleine campagne électorale, voilà que M. Martin dit qu'il pourra «sans l'ombre d'un doute» payer pour ses promesses en santé, soit au moins 9 milliards en cinq ans, dont trois milliards sur deux ans sous forme de transferts. (Grande amélioration au prix impossible à prévoir: il promet de négocier une formule d'indexation avec les provinces, de façon à rendre la croissance des transferts prévisible sur une période de 10 ans.) On ne trouve pas pareille somme en seulement deux mois, à moins de la savoir cacher dans les colonnes de chiffres qu'on a soi-même concoctées.

Le chef libéral dit lui-même que la réponse se trouve dans les prévisions de M. Goodale, sauf que ce dernier n'a fait que promettre des budgets équilibrés, une fois soustraits les quatre milliards de la réserve pour éventualités et de la mesure de prudence. Or, le premier ministre a bien dit hier que ces dernières seraient maintenues.

Paul Martin a fait de la santé le thème central de sa campagne. Il avait de toute évidence engrangé les munitions. L'annonce d'hier, étoffée et bien préparée mais toujours électorale, lui permettrait de réparer une partie des pots cassés par ses compressions, ce qui lui offre une réplique pour ses critiques. Ils ne se tairont pas tous cependant car ce n'est que ça, une réparation partielle. Et cette façon de cibler les fonds et les réformes et de vouloir avoir son mot à dire fait craindre l'ingérence et a une saveur paternaliste. C'est comme si on ne faisait pas confiance aux provinces pour utiliser à bon escient de l'argent qui arriverait sous forme de transfert. Il faudra voir leur première réaction et ce qui ressortira de la rencontre sur la santé qu'elles auront en fin de semaine. Paul Martin a au moins le mérite de dire qu'il veut négocier son plan avec elles plutôt que le leur imposer. Il est vrai que sans leur collaboration, il ne pourra respecter presque aucun des engagements pris hier.

La santé est un incontournable de ces élections. Tous les partis sont forcés de se mouiller. Étant donné son passé, Paul Martin pouvait encore moins s'esquiver. Le plan libéral a l'avantage de l'aider dans sa cour auprès de l'électorat plus progressiste et auprès de cette portion de l'électorat qui participe plus aux élections et qui reste la plus préoccupée par la santé, c'est-à-dire les baby boomers et les personnes âgées. Un pensez-y bien quand une élection s'annonce difficile.

mcornellier@ledevoir.com






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  • Jean St-Jacques
    Abonné
    mercredi 26 mai 2004 05h09
    Martin et son mental
    « Monsieur Martin est un incompétent et son cerveau aurait besoin d'un traitement psychologique. Mailloux pourrait lui rendre un service car entre gens de même race, on peut se comprendre et s'entraider.

    Il nous donne des nausées avec son Lapierre qui est dans la même confrérie »

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