Martin atteint ses modestes objectifs
Washington — La froideur qui planait sur les relations canado-américaines depuis la décision du Canada de ne pas participer à la guerre en Irak est chose du passé, a conclu le premier ministre Paul Martin à l'issue de sa rencontre hier avec le président américain George W. Bush et d'une visite de deux jours qui a largement atteint ses modestes objectifs.
«Oui, je crois [que la page est tournée]», a dit M. Martin lors de la conférence de presse qui mettait un terme à sa visite de deux jours. Le président Bush lui a donné raison lorsqu'il a affirmé, dans les jardins de la Maison-Blanche, que «le Canada est un bon ami». «Il s'agit d'une relation importante, d'une relation cruciale, et c'est une relation que je compte continuer à nourrir avec ce premier ministre», a-t-il poursuivi.
M. Bush a même dit qu'il voulait «que le Canada fasse ce qu'il se sentait à l'aise de faire en Irak» au cours des mois à venir, passant sous silence son refus de participer à la guerre. Et d'ajouter: «Le Canada est un pays indépendant. Le Canada peut prendre ses décisions en fonction de son propre jugement. Le premier ministre partage mon désir profond pour la paix dans le monde et nous sommes reconnaissants pour l'aide que le pays se sent à l'aise d'offrir. Le Canada fait beaucoup en Afghanistan et en Haïti. Le Canada contribue à la reconstruction en Irak.»
M. Martin, qui a fait de l'amélioration des relations canado-américaines une des priorités de sa politique étrangère, a pour sa part indiqué que son hôte et lui s'étaient «très bien entendus».
Les commentaires des deux hommes allaient dans le sens de leurs besoins électoraux respectifs sans pour autant nuire à ceux de l'autre. M. Martin s'est montré à l'aise et cordial, a souligné la convergence des points de vue des deux chefs de gouvernement dans des dossiers comme le bois d'oeuvre et la «vache folle», mais a évité de tomber dans le copinage.
Quant au président américain, que ses critiques accusent d'être isolé sur la scène internationale, il avait tout intérêt à souligner ses liens avec le Canada. Mais il l'a fait en ménageant l'image d'indépendance que tient à conserver M. Martin.
M. Martin a d'ailleurs encore insisté sur le sujet. «Notre nouvelle politique en matière de sécurité établit clairement que nous allons défendre notre portion de l'Amérique du Nord tout en reconnaissant notre responsabilité envers les États-Unis avec qui nous partageons ce continent», a-t-il dit à la Maison-Blanche.
Élections en toile de fond
Cette visite arrive à un moment charnière pour M. Martin, qui doit décider sous peu du moment des élections. Les dates les plus souvent évoquées sont celles du 9 mai pour le déclenchement de la campagne et du 14 juin pour la tenue du scrutin. Il n'a pas voulu donner prise aux conjectures hier, mais il a avoué qu'il était agréable d'avoir des sondages plus favorables.
Il en a obtenu un hier qui, pour la première fois depuis le scandale des commandites, le rapproche d'une mince majorité. Selon l'enquête Ipsos-Reid publiée hier dans le Globe and Mail, les libéraux récolteraient 40 % des intentions de vote, 5 % de plus qu'il y a trois semaines. Les conservateurs ont chuté d'autant, pour atteindre 23 % des intentions de vote. Le NPD, le Bloc et les verts n'auraient pas bougé, avec respectivement 18, 11 et 5 % des appuis.
Le dossier du bouclier antimissile semble toutefois causer des difficultés au premier ministre. Il a d'ailleurs cru nécessaire de soulever la question avec le président même si le sujet ne figurait pas à l'ordre du jour. M. Martin a avoué qu'il l'avait fait parce qu'il «y a eu des questions qui ont été posées au Canada» et qu'il croyait nécessaire, dans les circonstances, de réitérer la position canadienne.
«Nous avons souligné très fortement que nous n'étions pas prêts à considérer quoi que ce soit qui s'approcherait d'un déploiement d'armes dans l'espace. C'est tout simplement exclu», a déclaré M. Martin.
Il en aurait obtenu l'assurance de la part du président, a-t-il dit. «Le président a confirmé à la table qu'il n'envisage pas, dans ce que nous sommes en train de discuter, d'armements dans l'espace», a dit M. Martin. Malgré cela, la décision du Canada devra encore attendre quelques mois, a-t-il fait comprendre, sans expliquer le pourquoi de ce délai.
L'éventuelle participation du Canada au bouclier antimissile a toujours reposé sur deux conditions essentielles, soit l'absence d'armes dans l'espace et la préservation de NORAD comme institution binationale d'importance en matière de sécurité nord-américaine.
Objectifs atteints
M. Martin a généralement atteint les objectifs, officiellement modestes, qu'il s'était fixés pour cette visite, à savoir rassurer les Américains en matière de sécurité, échanger sur les questions internationales, établir de nouveaux liens avec les leaders du Congrès et obtenir des signaux encourageants dans les dossiers de la vache folle et du bois d'oeuvre.
Il est sorti de ses entretiens avec, entre autres, l'assurance que l'administration Bush désirait une solution dénuée de partisanerie dans le dossier de la vache folle. «J'ai assuré le premier ministre que je voulais une solution aussi rapide que possible. Il est dans l'intérêt de nos deux pays que le boeuf puisse transiter dans les deux directions. Il est aussi dans notre intérêt que ces décisions soient fondées sur des données scientifiques», a dit le président, faisant ainsi écho aux arguments canadiens. Selon M. Martin, il s'agit «d'une indication très claire de la part du président qu'il veut que ceux qui se penchent sur ce dossier aux États-Unis le règlent».
Dans le cas du bois d'oeuvre, le président ne peut pas faire grand-chose mais, selon M. Martin, «il accepte notre point de vue qu'il faut trouver une solution». De l'avis du premier ministre, la décision favorable au Canada, rendue jeudi par un tribunal de l'ALENA, «n'a pas nui».
Plusieurs dossiers environnementaux ont aussi été abordés durant le court tête à tête et la réunion qui a suivi avec leurs ministres et conseillers. Parmi les sujets touchés: le problème d'un site d'enfouissement au Vermont qui cause des problèmes en Estrie, les émissions polluantes en provenance des États-Unis qui touchent l'Ontario et la qualité de l'eau des Grands Lacs.
«Oui, je crois [que la page est tournée]», a dit M. Martin lors de la conférence de presse qui mettait un terme à sa visite de deux jours. Le président Bush lui a donné raison lorsqu'il a affirmé, dans les jardins de la Maison-Blanche, que «le Canada est un bon ami». «Il s'agit d'une relation importante, d'une relation cruciale, et c'est une relation que je compte continuer à nourrir avec ce premier ministre», a-t-il poursuivi.
M. Bush a même dit qu'il voulait «que le Canada fasse ce qu'il se sentait à l'aise de faire en Irak» au cours des mois à venir, passant sous silence son refus de participer à la guerre. Et d'ajouter: «Le Canada est un pays indépendant. Le Canada peut prendre ses décisions en fonction de son propre jugement. Le premier ministre partage mon désir profond pour la paix dans le monde et nous sommes reconnaissants pour l'aide que le pays se sent à l'aise d'offrir. Le Canada fait beaucoup en Afghanistan et en Haïti. Le Canada contribue à la reconstruction en Irak.»
M. Martin, qui a fait de l'amélioration des relations canado-américaines une des priorités de sa politique étrangère, a pour sa part indiqué que son hôte et lui s'étaient «très bien entendus».
Les commentaires des deux hommes allaient dans le sens de leurs besoins électoraux respectifs sans pour autant nuire à ceux de l'autre. M. Martin s'est montré à l'aise et cordial, a souligné la convergence des points de vue des deux chefs de gouvernement dans des dossiers comme le bois d'oeuvre et la «vache folle», mais a évité de tomber dans le copinage.
Quant au président américain, que ses critiques accusent d'être isolé sur la scène internationale, il avait tout intérêt à souligner ses liens avec le Canada. Mais il l'a fait en ménageant l'image d'indépendance que tient à conserver M. Martin.
M. Martin a d'ailleurs encore insisté sur le sujet. «Notre nouvelle politique en matière de sécurité établit clairement que nous allons défendre notre portion de l'Amérique du Nord tout en reconnaissant notre responsabilité envers les États-Unis avec qui nous partageons ce continent», a-t-il dit à la Maison-Blanche.
Élections en toile de fond
Cette visite arrive à un moment charnière pour M. Martin, qui doit décider sous peu du moment des élections. Les dates les plus souvent évoquées sont celles du 9 mai pour le déclenchement de la campagne et du 14 juin pour la tenue du scrutin. Il n'a pas voulu donner prise aux conjectures hier, mais il a avoué qu'il était agréable d'avoir des sondages plus favorables.
Il en a obtenu un hier qui, pour la première fois depuis le scandale des commandites, le rapproche d'une mince majorité. Selon l'enquête Ipsos-Reid publiée hier dans le Globe and Mail, les libéraux récolteraient 40 % des intentions de vote, 5 % de plus qu'il y a trois semaines. Les conservateurs ont chuté d'autant, pour atteindre 23 % des intentions de vote. Le NPD, le Bloc et les verts n'auraient pas bougé, avec respectivement 18, 11 et 5 % des appuis.
Le dossier du bouclier antimissile semble toutefois causer des difficultés au premier ministre. Il a d'ailleurs cru nécessaire de soulever la question avec le président même si le sujet ne figurait pas à l'ordre du jour. M. Martin a avoué qu'il l'avait fait parce qu'il «y a eu des questions qui ont été posées au Canada» et qu'il croyait nécessaire, dans les circonstances, de réitérer la position canadienne.
«Nous avons souligné très fortement que nous n'étions pas prêts à considérer quoi que ce soit qui s'approcherait d'un déploiement d'armes dans l'espace. C'est tout simplement exclu», a déclaré M. Martin.
Il en aurait obtenu l'assurance de la part du président, a-t-il dit. «Le président a confirmé à la table qu'il n'envisage pas, dans ce que nous sommes en train de discuter, d'armements dans l'espace», a dit M. Martin. Malgré cela, la décision du Canada devra encore attendre quelques mois, a-t-il fait comprendre, sans expliquer le pourquoi de ce délai.
L'éventuelle participation du Canada au bouclier antimissile a toujours reposé sur deux conditions essentielles, soit l'absence d'armes dans l'espace et la préservation de NORAD comme institution binationale d'importance en matière de sécurité nord-américaine.
Objectifs atteints
M. Martin a généralement atteint les objectifs, officiellement modestes, qu'il s'était fixés pour cette visite, à savoir rassurer les Américains en matière de sécurité, échanger sur les questions internationales, établir de nouveaux liens avec les leaders du Congrès et obtenir des signaux encourageants dans les dossiers de la vache folle et du bois d'oeuvre.
Il est sorti de ses entretiens avec, entre autres, l'assurance que l'administration Bush désirait une solution dénuée de partisanerie dans le dossier de la vache folle. «J'ai assuré le premier ministre que je voulais une solution aussi rapide que possible. Il est dans l'intérêt de nos deux pays que le boeuf puisse transiter dans les deux directions. Il est aussi dans notre intérêt que ces décisions soient fondées sur des données scientifiques», a dit le président, faisant ainsi écho aux arguments canadiens. Selon M. Martin, il s'agit «d'une indication très claire de la part du président qu'il veut que ceux qui se penchent sur ce dossier aux États-Unis le règlent».
Dans le cas du bois d'oeuvre, le président ne peut pas faire grand-chose mais, selon M. Martin, «il accepte notre point de vue qu'il faut trouver une solution». De l'avis du premier ministre, la décision favorable au Canada, rendue jeudi par un tribunal de l'ALENA, «n'a pas nui».
Plusieurs dossiers environnementaux ont aussi été abordés durant le court tête à tête et la réunion qui a suivi avec leurs ministres et conseillers. Parmi les sujets touchés: le problème d'un site d'enfouissement au Vermont qui cause des problèmes en Estrie, les émissions polluantes en provenance des États-Unis qui touchent l'Ontario et la qualité de l'eau des Grands Lacs.
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