Ottawa promet une réponse rapide aux autochtones

Debbie Baptiste, entourée de ses proches, tient dans sa main une photo de son fils, Colten Boushie, tué par un fermier blanc qui a été jugé non coupable de meurtre par un jury formé seulement d’hommes et de femmes blancs.
Photo: Justin Tang La Presse canadienne Debbie Baptiste, entourée de ses proches, tient dans sa main une photo de son fils, Colten Boushie, tué par un fermier blanc qui a été jugé non coupable de meurtre par un jury formé seulement d’hommes et de femmes blancs.

Le gouvernement Trudeau promet des réformes « très bientôt » pour corriger la sous-représentation d’autochtones au sein des jurys au pays. Mais Ottawa prévient qu’il veut prendre son temps pour travailler de concert avec les provinces en la matière. La famille du jeune autochtone Colten Boushie, elle, s’impatiente et prévient que le fédéral n’aura d’autre choix que d’agir.

 

« Nous sommes ici avec l’espoir qu’il pourra y avoir une différence, afin qu’aucune autre famille n’ait à endurer ce qu’on a traversé. Parce que ceci s’est passé trop souvent au sein du système judiciaire. Et ça doit cesser », tranchait la cousine de Colten Boushie, Jade Tootoosis, à la suite de sa rencontre avec Justin Trudeau et ses ministres mardi. « Assez, c’est assez. Il doit y avoir un changement. »

 

La famille est à Ottawa depuis lundi pour dénoncer l’acquittement d’un fermier blanc qui a tué Colten Boushie alors que ce dernier se trouvait sur la propriété du fermier Gerald Stanley avec quatre de ses amis.

 

Justin Trudeau et ses ministres ont promis de vastes réformes pour améliorer le système de justice « qui fait défaut pour trop de Canadiens ». « Je me suis engagé à travailler avec eux pour améliorer notre système, qui crée trop d’échecs pour les communautés autochtones », a commenté le premier ministre, à la suite de sa rencontre avec les proches de Colten Boushie.

 

Ces derniers l’ont pris au mot et prévenu qu’ils n’accepteraient rien de moins. « Ils nous ont fait des garanties, qu’ils prendraient nos préoccupations et y répondraient », a observé Eleanore Sunchild, une avocate et amie de la famille Boushie. « À un moment donné, les choses doivent changer. Et nous avons espoir que cette tragédie sera un catalyseur de ce changement. »

 

Gerald Stanley a été acquitté au terme d’un procès devant un jury composé de cinq hommes et sept femmes de race blanche. Plusieurs ont remis en cause les récusations péremptoires utilisées par la défense de M. Stanley — une procédure qui permet de refuser un candidat juré sans explication. L’équipe de l’accusé a ainsi refusé cinq candidats jurés aux traits autochtones.

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Plus d’une centaine de personnes se sont réunies place Norman-Bethune, près de l’Université Concordia au centre-ville de Montréal, pour souligner la mémoire de Colten Boushie. D’autres rassemblements semblables ont eu lieu la fin de semaine dernière dans plusieurs villes canadiennes, dont Toronto.

La ministre de la Justice Jody Wilson-Raybould est catégorique : des changements seront annoncés sous peu. Il lui suffirait de modifier le Code criminel.

 

Mais Ottawa souhaiterait que des changements se fassent aussi chez les provinces, qui encadrent leurs propres processus de sélection de jurés. La ministre fédérale veut notamment qu’il y ait suffisamment de personnes autochtones dans les bassins de candidats jurés, revoir peut-être de quelle façon ils sont recrutés, et s’ils sont assez indemnisés pour faire de grands déplacements vers des palais de justice loin de chez eux. Au Québec, les jurés sont pigés dans la liste électorale — qui ne compte pas tous les résidants. La Saskatchewan a délaissé ce système il y a 35 ans, pour se fier aux registres d’assurance maladie de la province jugés plus complets. Dans plusieurs provinces, y compris au Québec, une personne accusée ou reconnue coupable d’un acte criminel est automatiquement disqualifiée pour être juré.

 

« Les grandes réformes qui s’attaqueront de façon significative à la sous-représentation d’autochtones au sein des jurys prennent du temps. Nous allons procéder de façon responsable », a plaidé la ministre Wilson-Raybould, qui est elle-même autochtone. Son gouvernement espère présenter ses changements vers la fin mars.

 

Pas qu’un cas isolé


La ministre s’est par ailleurs défendue de légiférer de façon impulsive pour répliquer à un verdict bien précis. « Ce n’est pas une réponse à un cas particulier. On sait que le système judiciaire ne peut pas rester immuable, qu’il doit changer et être représentatif des vies et des expériences des gens. Et tenir compte de l’inégalité et du manque perçu d’équité. »

 

Jody Wilson-Raybould s’est fait reprocher, cette fin de semaine, d’avoir semblé déplorer l’acquittement de Gerald Stanley en affirmant sur Twitter que le « pays peut et doit faire mieux ».

 

Le chef du NPD, Jagmeet Singh, s’est lui aussi prononcé par gazouillis, dénonçant que Colten Boushie n’ait « pas obtenu justice ». Invité à s’expliquer mardi, M. Singh a répondu que « l’injustice, c’est qu’on a dans notre société un jeune autochtone qui est tué ».

 

Le leader néodémocrate n’y voit pas d’ingérence politique. Si les politiciens ne parlent pas des solutions possibles, « il n’y aura jamais de changements qui font avancer la justice », a-t-il argué. « C’est une réalité en général. Quand on a de jeunes autochtones qui font face à de la discrimination et du racisme, c’est clair qu’il y a un manque de justice. »

 

Avec Hélène Buzzetti