La vente d’hélicoptères canadiens aux Philippines suscite des inquiétudes

Le président philippin, Rodrigo Duterte, accompagne le chef sortant des Forces armées des Philippines, Eduardo Ano, lors de son inspection des gardes d'honneur, en octobre dernier.
Photo: Noel Celis Agence France-Presse Le président philippin, Rodrigo Duterte, accompagne le chef sortant des Forces armées des Philippines, Eduardo Ano, lors de son inspection des gardes d'honneur, en octobre dernier.

Ottawa — Bell Helicopter construira 16 appareils de son modèle Bell 412EPI pour le gouvernement des Philippines. Un contrat qui suscite l’inquiétude chez des groupes de défense des droits humains.

 

La Corporation commerciale canadienne, dont le mandat inclut la vente de biens militaires à d’autres pays au nom du gouvernement, a indiqué que les Philippines avaient accepté d’acheter des hélicoptères fabriqués au Canada par Bell Helicopter à la fin décembre. Les hélicoptères sont fabriqués dans une usine de Mirabel, dans les Laurentides, qui emploie 900 personnes.

 

Bien que la société de la Couronne n’ait pas voulu révéler d’autres détails sur l’entente, faisant valoir la confidentialité commerciale, des informations indiquent que le gouvernement des Philippines a mis de côté près de 300 millions de dollars pour l’achat. Selon l’Agence Reuters, les 16 appareils Bell 412EPI auraient été achetés au coût de 233,36 millions de dollars.

 

Et bien que l’entente représente une autre victoire pour l’industrie de la défense canadienne à la suite de la vente de huit autres hélicoptères au pays de l’Asie du Sud-Est en 2015, elle a aussi suscité des inquiétudes de la part de groupes de défense des droits de l’homme, qui avaient critiqué des ventes d’armes en Arabie saoudite et en Colombie, entre autres.

 

Ces groupes affirment qu’il y a des preuves de multiples violations des droits de l’homme par l’armée des Philippines dans son combat contre des militants islamistes et des rebelles communistes dans le pays, et réclament une suspension des ventes d’ordre militaire. L’armée des Philippines aurait entre autres commis des exécutions sommaires, aurait détruit des maisons, et aurait procédé à des arrestations illégales.

 

L’an dernier, la Coalition internationale pour les droits de l’homme aux Philippines — une organisation établie à Ottawa — a écrit à la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, pour lui demander si les hélicoptères canadiens vendus en 2015 avaient été utilisés pour de tels motifs. Bern Jagunos, qui a écrit la lettre au nom de la coalition, a dit à La Presse canadienne mardi que Mme Freeland n’avait jamais répondu.

 

Cette plus récente vente démontre la nécessité de fournir des réponses et des garanties, selon Mme Jagunos. « Nous sommes inquiets. Et nous voulons que le gouvernement examine cela pour voir si les hélicoptères sont en effet utilisés dans des combats qui blessent et tuent des civils », a-t-elle plaidé. Le premier ministre Justin Trudeau a aussi soulevé des inquiétudes sur les droits de l’homme à l’occasion d’une visite aux Philippines en novembre, particulièrement à l’égard des gestes qui auraient été commis dans le cadre de la répression meurtrière du président pour s’attaquer aux drogues illégales.

 

La porte-parole d’Affaires mondiales Canada, Brianne Maxwell, a rappelé que des milliers d’emplois de la région de Montréal étaient tributaires de cette entente, et que les hélicoptères seraient utilisés « explicitement pour aider les sinistrés, mener des recherches et des sauvetages, ainsi que pour le transport de passagers et le transport utilitaire ».

 

« L’utilisation finale et l’utilisateur final de toutes les exportations, tout comme la stabilité régionale et les droits de la personne, sont parmi les considérations essentielles dans l’autorisation de permis pour l’exportation de biens contrôlés du Canada », a-t-elle ajouté dans un courriel. Mais le major-général Restituto Padilla, chef des plans militaires des Philippines, a confié à Reuters que les hélicoptères seraient utilisés pour les « opérations militaires de sécurité interne », en plus des missions pour aider les sinistrés et faire des sauvetages.

 

La porte-parole néodémocrate en matière d’affaires étrangères, Hélène Laverdière, a ajouté sa voix au concert de critiques. « Comment Trudeau peut justifier cette entente avec les Philippines alors que [le président] Duterte a plongé le pays dans une crise terrible sur les droits de la personne ? », a-t-elle écrit sur Twitter.

 

Selon Cesar Jaramillo, de Project Ploughshares, une organisation pour le contrôle des armes, le Canada a déjà appuyé un pays qui viole les droits de la personne en autorisant la vente de véhicules blindés à l’Arabie saoudite. Cette entente avec les Philippines constitue un nouvel exemple, a-t-il indiqué. « Le gouvernement du président Duterte s’est fait connaître dans le monde pour son mépris flagrant à l’égard des droits de la personne et ses menaces systématiques contre les militants pour les droits de la personne », a-t-il écrit dans un courriel. « Le fait que de l’équipement canadien soit en route pour l’armée philippine soulève de sérieuses questions sur l’efficacité des contrôles sur l’exportation du Canada et sur la potentielle complicité du Canada, bien que non intentionnelle, en matière de violations de droits de la personne. »