Affaire Dykstra: les conservateurs scruteront davantage leurs candidats

Rick Dykstra a fait l’objet d’une plainte à la police pour agression sexuelle en 2014 lorsqu’il était encore député fédéral.
Photo: Nathan Denette La Presse Canadienne Rick Dykstra a fait l’objet d’une plainte à la police pour agression sexuelle en 2014 lorsqu’il était encore député fédéral.

Le Parti conservateur modifie le processus d’approbation de ses candidats électoraux, afin d’éviter qu’une autre affaire Rick Dykstra ne se répète. Les aspirants candidats de l’équipe d’Andrew Scheer se feront désormais demander s’ils ont déjà été accusés de « comportement sexuel inapproprié ».

 

Dans la foulée des révélations sur l’ancien député fédéral Dykstra la semaine dernière, le Parti conservateur a bonifié le questionnaire auquel il soumet tous ses futurs candidats pour vérifier leurs antécédents. La question sur une accusation antérieure de gestes inappropriés à caractère sexuel s’ajoute maintenant à celles qui leur étaient déjà posées, à savoir s’ils ont fait l’objet d’une enquête pour acte répréhensible — même s’ils en ont été exonérés — ou d’une enquête policière — même s’ils n’ont fait l’objet d’aucune accusation.

 

La nouvelle version du formulaire du parti est immédiatement en vigueur et sera celle utilisée dès la prochaine élection partielle, a indiqué le porte-parole du PCC Cory Hann.

 

Le chef Andrew Scheer annonçait la semaine dernière la tenue d’une enquête indépendante sur les circonstances qui ont permis à Rick Dykstra de porter les couleurs du Parti conservateur en 2015, bien qu’il ait fait l’objet d’une plainte à la police pour agression sexuelle en 2014 lorsqu’il était encore député fédéral.

 

L’enquête n’a pas encore été officiellement lancée, car le parti cherche à qui la confier, a précisé M. Hann.

 

Une ancienne employée parlementaire a accusé M. Dykstra de l’avoir rejointe dans un taxi au terme d’une soirée arrosée, d’avoir insisté pour qu’elle l’accompagne chez lui et de l’avoir alors forcée à lui faire une fellation. M. Dykstra nie ces allégations.

 

Au parlement lundi, les élus conservateurs ont tour à tour refusé de commenter le dossier et les aveux de Stephen Harper, qui a admis cette fin de semaine qu’il avait été avisé des allégations portées contre son député sortant et qu’il avait accepté qu’il demeure candidat néanmoins.

 

« Pour ce qui est du passé, laissons-le au passé », a tranché Sylvie Boucher, à l’instar de tous ses collègues interceptés sur la colline parlementaire lundi.

 

Stephen Harper savait

 

Deux membres influents de la campagne conservatrice de 2015 ont défendu publiquement cette fin de semaine leur décision de ne pas écarter Rick Dykstra comme candidat.

 

Stephen Harper a lui aussi justifié sa décision. « Ma compréhension était que l’affaire avait fait l’objet d’une enquête policière et que celle-ci avait été fermée un an plus tôt. Compte tenu de ma compréhension de la situation, je n’estimais pas que cela pouvait justifier de l’écarter comme candidat », a-t-il fait valoir Twitter.

Certes, avec le recul et des informations supplémentaires, Rick Dykstra aurait dû être renvoyé comme candidat

 

« Récemment, beaucoup plus d’informations ont été mises au jour, y compris des informations voulant que l’enquête de départ n’ait peut-être pas été complétée. À mon avis, il est essentiel que des allégations criminelles, y compris celles-ci, fassent l’objet d’une enquête exhaustive et de poursuites judiciaires si nécessaire. »

 

L’ancien chef de cabinet de M. Harper, Ray Novak, a quant à lui argué que l’affaire n’avait « pas été prise à la légère ».

 

« Ce fut une décision extrêmement difficile qui, au final, reposait sur la question de savoir si une enquête fermée sans accusation était un motif suffisant pour un licenciement. Certes, avec le recul et des informations supplémentaires, Rick Dykstra aurait dû être renvoyé comme candidat. Mais les campagnes n’ont pas de deuxième chance. »

 

Tensions dans la campagne

 

Au moment même où les deux hommes publiaient leurs communiqués, vendredi, le magazine Maclean’s relatait un échange de courriels entre Ray Novak, le président de la campagne conservatrice Guy Giorno et la directrice de la campagne Jenni Byrne.

 

Cette dernière s’étonnait que ses collègues s’inquiètent d’un candidat dans l’embarras, alors qu’ils étaient « au courant qu’un de [nos] députés est un… » — Maclean’s n’a pas retranscrit le terme utilisé par Mme Byrne, qui faisait référence aux allégations d’agression sexuelle contre Rick Dykstra qui n’ont pas fait l’objet d’accusations.

 

Ray Novak a rétorqué que, « en tenant pour acquis que l’échange finirait probablement par être rendu public » en marge d’une enquête policière, il n’avait « pas connaissance » des événements.

 

« Je suis au courant d’allégations. Je n’ai jamais rencontré la victime. » Guy Giorno a renchéri en affirmant que lui non plus n’avait « aucune preuve ».

 

La réplique de Jenni Byrne était succincte mais assassine. « Super, vous êtes légalement protégés. Ça arrange tout. Dormez sur vos deux oreilles. »

 

Plusieurs candidats écartés

 

Au fil de la campagne électorale, les conservateurs ont remercié au moins cinq candidats pour diverses raisons.

 

L’un d’eux, Jerry Bance — l’objet du premier échange entre Jenni Byrne et ses collègues —, a été écarté après qu’une vidéo l’eut montré urinant dans une tasse dans la cuisine de clients chez qui il travaillait comme réparateur d’électroménagers.

 

D’autres ont vu leur candidature rejetée en raison de commentaires sur les médias sociaux contre les homosexuels ou contre l’avortement. Un candidat montréalais avait été exclu après avoir appuyé Thomas Mulcair sur Facebook.