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    Les «attaques acoustiques» pourraient être des actes criminels, selon Ottawa

    11 janvier 2018 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Des touristes passent en décapotable devant la nouvelle ambassade américaine à La Havane. L’an dernier, à l’instar de diplomates canadiens, des employés américains se sont plaints d’«attaques acoustiques».
    Photo: Desmond Boylan Associated Press Des touristes passent en décapotable devant la nouvelle ambassade américaine à La Havane. L’an dernier, à l’instar de diplomates canadiens, des employés américains se sont plaints d’«attaques acoustiques».

    Le gouvernement canadien n’est toujours pas en mesure de confirmer ce qui a pu incommoder ses diplomates en poste à Cuba et leur famille, l’an dernier. Bien qu’Ottawa n’écarte pas la possibilité que ces possibles « attaques acoustiques » soient le résultat d’un acte criminel, le gouvernement ne peut tirer quelque conclusion que ce soit sur les événements qui ont mené huit ressortissants canadiens à nécessiter des soins médicaux.

     

    De l’aveu même d’un haut fonctionnaire du gouvernement fédéral, le Canada se trouve en terrain inconnu. Car ni les Canadiens ni les Américains — les deux seules délégations à Cuba touchées par ces symptômes mystérieux — n’ont déjà vécu telle situation dans leurs missions à l’étranger.

     

    Des diplomates des deux pays ont rapporté avoir entendu des sons aigus ou ressenti des symptômes étranges comme des étourdissements, des pertes d’équilibre, des maux de tête, de l’insomnie ou des saignements de nez.

     

    Alerté par les autorités américaines, dont les diplomates avaient rapporté quelques cas, le gouvernement canadien a sondé ses propres diplomates à La Havane au mois de mai dernier.

     

    De la vingtaine de familles dépêchées dans la capitale cubaine, dix ont rapporté qu’au moins un membre de leur famille — notamment des mineurs — avait ressenti ce genre de symptômes inhabituels. Ces dix familles rassemblaient vingt-sept personnes, qui ont subi une première batterie de tests en sol canadien.

     

    Dans huit des cas, des examens de suivi ont été nécessaires, mais aucune personne n’a eu besoin d’être hospitalisée et tous ont repris leurs activités normales au bureau ou à l’école depuis, a indiqué le haut fonctionnaire canadien lors d’une séance d’information pour les médias qui a été offerte sous le couvert de l’anonymat.

     

    Une seule personne subirait encore des maux de tête.

     

    Mais trois familles ont choisi de quitter La Havane pour rentrer au Canada — dont deux qui avaient rapporté avoir été victimes de symptômes inhabituels.

    Je n’ai vu ce genre de choses dans aucune des missions où j’ai été, les plus barbares comme les plus civilisées
    Ferry de Kerckhove, ex-diplomate canadien
     

    Enquête toujours en cours

     

    Le gouvernement canadien estime néanmoins que ses diplomates peuvent poursuivre leur travail dans la capitale cubaine. Les effectifs de la mission canadienne y demeurent inchangés. La majorité des cas ont été déclarés au mois de mai 2017. Deux autres personnes ont rapporté chacune avoir ressenti des ondes de pression au mois d’août puis au mois de décembre.

     

    Le ministère des Affaires étrangères n’a cependant toujours pas d’explication. La Gendarmerie royale du Canada mène l’enquête, qui évalue notamment si les symptômes ressentis peuvent être psychosomatiques, avoir été causés par le stress ou dus à des causes environnementales — comme l’eau ou l’air ambiant. Rien n’est exclu, a avoué le haut fonctionnaire canadien mercredi.

     

    Les cas canadiens et américains ne sont de surcroît pas identiques : plusieurs Américains ont rapporté avoir entendu un son aigu qui a été suivi de symptômes physiques, mais seul un Canadien a fait état de la même séquence d’événements. La majorité des ressortissants du Canada ont plutôt entendu un bruit aigu ou bien ressenti des symptômes étranges, mais l’un n’était pas nécessairement accompagné de l’autre.

     

    L’ancien ambassadeur Ferry de Kerckhove est néanmoins convaincu que ces maux ont été causés par une attaque acoustique, bien que le ministère des Affaires étrangères s’abstienne de le dire, faute de preuves. Reste à savoir quelle en était la source.

     

    « Quand nous n’avons pas de réponse définitive [au ministère], nous préférons laisser ça plus vague que précis. Mais j’aurais du mal à croire qu’il s’agit d’autre chose que d’attaques soniques », a fait valoir l’ex-diplomate au Devoir.

     

    À l’instar du gouvernement canadien, il confirme qu’il s’agit d’une nouvelle forme d’agression diplomatique.

     

    « Je n’ai vu ce genre de choses dans aucune des missions où j’ai été, les plus barbares comme les plus civilisées », a-t-il relaté, lui qui a été ambassadeur en Russie, en Indonésie, en Égypte, et haut commissaire au Pakistan.

     

    Pas de risque pour les vacanciers

     

    Aucun touriste ayant séjourné à Cuba n’a fait état de symptômes inhabituels, selon Ottawa. Le gouvernement n’a donc pas diffusé d’avertissement pour les vacanciers.

     

    Du côté des États-Unis, 24 diplomates américains et leur famille ont rapporté avoir été affectés. Et 18 touristes affirment avoir ressenti des symptômes étranges.

     

    Les diplomates américains et canadiens ne sont pas logés dans des complexes diplomatiques. Les résidences de leurs familles sont dispersées à divers endroits de La Havane. Ce qui complique l’enquête des deux gouvernements, qui peinent à recouper les incidents et leurs circonstances. Le gouvernement américain a rapatrié la majeure partie de son personnel et leurs proches en septembre.













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