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    Le rapport de la commissaire à l’éthique précise comment Justin Trudeau perçoit son travail

    27 décembre 2017 | Jordan Press - La Presse canadienne à Ottawa | Canada
    Le premier ministre Justin Trudeau, le 20 décembre dernier
    Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Le premier ministre Justin Trudeau, le 20 décembre dernier

    Le premier ministre Justin Trudeau n’a pas de réunions d’affaires. Il participe à des réunions « de haut niveau visant à entretenir les relations ». C’est du moins ce que M. Trudeau a déclaré à la commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique lors de l’enquête dirigée par celle-ci sur les vacances familiales de la famille Trudeau sur l’île privée de l’Aga Khan, qui l’a menée à conclure que le premier ministre avait violé la loi sur les conflits d’intérêts.

     

    Le rapport de Mary Dawson permet aussi de comprendre comment M. Trudeau perçoit son travail de premier ministre et comment cela se répercute sur les rouages de son gouvernement.

     

    Certains premiers ministres se voient comme des patrons d’entreprises qui doivent proposer des idées et représenter le gouvernement, laissant le gros du travail à leurs ministres ou à leurs hauts fonctionnaires. D’autres se considèrent comme des patrons d’entreprises qui veulent s’impliquer dans les activités quotidiennes.

     

    Des experts estiment, à la lumière du rapport de Mary Dawson, que M. Trudeau appartient à la première catégorie.

     

    Lorsque la commissaire a interrogé le premier ministre sur ses rencontres avec l’Aga Khan, où il a été question d’une subvention de 15 millions de dollars versée au philanthrope milliardaire pour son Centre mondial du pluralisme, M. Trudeau a affirmé qu’il ne devait y avoir aucune inquiétude quant à sa présence.

     

    M. Trudeau perçoit ces rencontres « de nature cérémoniale » comme une façon « d’enrichir la relation entre son vis-à-vis et le Canada ».

     

    « Les réunions auxquelles il assiste en sa qualité de premier ministre ne sont pas des réunions d’affaires. Il s’agit plutôt de réunions de haut niveau visant à entretenir les relations et à s’assurer que toutes les parties vont dans la même direction », a expliqué Mme Dawson. « Les détails sont réglés avant ou après les rencontres auxquelles il assiste, ou encore de manière indépendante. »

     

    Bien que le rôle de premier ministre en soit un de facilitateur, celui-ci est toujours en mission pour le gouvernement, a souligné Alex Marland, professeur de sciences politiques à l’Université Memorial de Terre-Neuve, à Saint-Jean.

     

    « Le premier ministre agit toujours dans un contexte d’affaires depuis le moment où il est devenu premier ministre. C’est totalement ridicule selon moi que l’on puisse dire : “Non, je ne fais pas ça en tant que premier ministre” », a-t-il soutenu. Mme Dawson a d’ailleurs conclu que M. Trudeau n’aurait pas dû assister à ces rencontres.

     

    Diffusion du pouvoir

     

    M. Marland indique qu’un premier ministre moins impliqué permet à des ministres de devenir plus puissants que d’autres et délègue plus de pouvoirs aux employés du Bureau du premier ministre. Le pouvoir ne disparaît pas, mais il se diffuse entre différentes mains, dont celles d’employés non élus qui n’ont pas de comptes à rendre à quiconque.

     

    Selon le professeur, l’idée de faire du Sénat une chambre plus indépendante serait le meilleur contre-pouvoir du gouvernement.

     

    Le pouvoir s’est aussi réparti entre les mains de hauts fonctionnaires qui supervisent les politiques publiques des différents ministères. Cette diffusion du pouvoir influence la reddition de comptes, puisqu’une seule personne ne peut être tenue responsable d’une politique et d’un programme, a fait remarquer Kathy Brock, professeure à l’École de politiques publiques de l’Université Queen’s, à Kingston, en Ontario.

     

    Et cela peut inciter un premier ministre à devenir plus détaché sur l’élaboration et l’implantation des politiques pour se concentrer sur son image publique, comme le fait M. Trudeau, a ajouté Mme Brock.

     

    « Une bonne partie du travail gouvernemental est pénible. C’est porter attention aux détails et s’assurer que les choses fonctionnent. C’est là qu’il pourrait se heurter à des problèmes, comme on l’a vu avec son voyage en Chine », a-t-elle dit, faisant référence à la récente visite de M. Trudeau en Chine, où le lancement de pourparlers sur le libre-échange ne s’est finalement pas matérialisé.

     

    Ce genre de faux pas arrive lorsqu’on se concentre davantage sur l’image et moins sur les détails, selon Mme Brock. « Lorsque les gens commencent à voir que c’est votre jeu, ils vous prennent moins au sérieux ou en profitent à leur avantage », a-t-elle observé.

     

    Un ami de la famille ?

     

    Les inquiétudes de la commissaire Dawson concernaient les cadeaux de l’Aga Khan, qui pourraient être perçus comme une façon d’influencer le premier ministre et de donner un avantage indu au leader religieux.

     

    Justin Trudeau a toujours répété que l’Aga Khan était un ami de la famille, ce qui l’aurait exempté des règles sur les conflits d’intérêts. Mary Dawson n’était pas d’accord, indiquant que les conversations téléphoniques entre les deux hommes avaient été organisées par l’entremise de « canaux officiels ».

     

    Mme Dawson s’est donc demandé si les amis du premier ministre passaient toujours par les canaux officiels pour avoir une conversation amicale.

     

    « Lorsqu’on lui a demandé si tous ses amis passent par les voies officielles pour le joindre, M. Trudeau a répondu que bon nombre de ses amis intimes le contactent directement, tandis que d’autres amis, qui ont des adjoints, passent par les voies officielles », a-t-elle écrit.













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