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Commandites: Dingwall était d'accord avec l'objectif, mais ignorait les moyens utilisés

6 avril 2004  Canada
Ottawa — L'achat massif d'espaces publicitaires par le gouvernement fédéral à la veille du référendum de 1995 faisait partie de la stratégie d'Ottawa, a admis hier l'ex-ministre David Dingwall, mais jamais, selon lui, il n'a été question de contourner les règles pour arriver aux résultats.

M. Dingwall, ministre des Travaux publics de 1993 à janvier 1996 et fidèle lieutenant de Jean Chrétien, a fait ces affirmations devant le comité parlementaire chargé de faire la lumière dans le scandale des commandites.

Questionné pendant trois heures, l'actuel président de la Monnaie royale canadienne s'est dit surpris par les révélations des derniers mois qui veulent que toutes les règles en place étaient violées pour permettre les dérapages que l'on connaît.

En aucun cas, pendant son passage au ministère des Travaux publics, ne s'est-il mêlé directement de la gestion des publicités, a relaté l'ex-ministre, qui a aussi indiqué n'avoir jamais eu de rapports directs avec le directeur des commandites et de la publicité à cette époque, Charles Guité.

«J'étais au courant de l'objectif et j'étais d'accord avec cet objectif d'augmenter la publicité dans la province de Québec pendant une période très difficile de l'histoire de la fédération, a déclaré M. Dingwall. Mais bien que j'étais au courant de l'objectif, je ne gérais pas les programmes, pas plus que je gérais les contrats pour les diverses agences.»

Dans son témoignage donné à huis clos en juillet 2002 et rendu public la semaine dernière, M. Guité dévoilait qu'à titre de gestionnaire des publicités, il avait dépensé plus de huit millions pour acheter «tout l'espace publicitaire extérieur disponible», en plus des espaces dans le transport en commun. L'exercice avait pour but, expliquait M. Guité, que le gouvernement fédéral «contrôle la publicité disponible» alors qu'Ottawa était «en guerre» contre les forces souverainistes.

Pour ce faire, l'ex-gestionnaire admettait ne pas être passé par des appels d'offres, ce qui s'avérait «peut-être une légère entorse aux règles».

Interrogé par le conservateur Jason Kenney, David Dingwall a dit ne pas avoir été mis au courant de ces «entorses». «J'étais au courant de l'objectif, mais je n'étais certainement pas au courant qu'on contournait les règles, qu'on violait les règles, ou qu'on arrangeait les règles», a fait remarquer l'ex-ministre.

C'est à la suite de la bataille référendaire que le gouvernement de Jean Chrétien décidait de mettre sur pied le controversé programme de commandites afin d'augmenter la visibilité du fédéral au Québec.

Si ce programme n'était pas officiellement en oeuvre lorsque M. Dingwall administrait le portefeuille des Travaux publics, le gestionnaire des commandites, Charles Guité, était déjà en poste.

Tout au long de son témoignage, l'ex-ministre a d'abord soutenu qu'il n'avait jamais rencontré M. Guité puisque ce dernier relevait du sous-ministre. Vers la fin des questions des députés, il disait toutefois qu'il se pouvait qu'il ait rencontré M. Guité en certaines occasions.

M. Dingwall a également nié catégoriquement avoir trempé dans quelconque décision de M. Guité, se vantant qu'il avait d'ailleurs resserré les règles d'attribution de contrats pendant son mandat.

Cette version des faits n'a pas convaincu les députés de l'opposition qui, à la lumière de témoignages d'autres personnes, disent être persuadés que l'ex-ministre en sait plus qu'il n'a bien voulu leur laisser croire.

«Vous essayez de nous faire croire qu'un fonctionnaire de votre ministère a pu acheter huit millions en publicité, par l'entremise d'un coup de fil, sans que quiconque de votre bureau ou vous-même ne soyez mis au courant?», s'est exclamé le député conservateur Jason Kenney.

Le Bloc québécois a pour sa part divulgué une lettre que Charles Guité faisait parvenir, en février 1995, au chef de cabinet de M. Dingwall, et dans laquelle il lui demandait «d'examiner et de donner son approbation» aux conclusions du comité de sélection pour le choix d'une agence de référence. L'ex-ministre a minimisé la portée de la missive, indiquant que l'approbation du ministre était nécessaire pour ce contrat.

Pour Michel Guimond, whip du Bloc québécois, la lettre fait cependant la preuve de l'implication politique dans la gestion de la publicité et des commandites.

«Ça démontre qu'il y avait ingérence du cabinet du ministre», a fait valoir M. Guimond, qui rappelle qu'un chef de cabinet est le principal conseiller politique d'un ministre.

Le député bloquiste estime que M. Dingwall leur a présenté «de la théorie, comment ça aurait dû se passer» plutôt que de dresser un tableau de ce qui s'est vraiment déroulé.
 
 
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