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    Chronique

    Andrew Scheer, le faux changement

    Konrad Yakabuski
    13 décembre 2017 |Konrad Yakabuski | Canada | Chroniques

    S’il existe une circonscription type que les conservateurs d’Andrew Scheer auront besoin de remporter en 2019 pour détrôner les libéraux, ce pourrait bien être South-Surrey–White Rock, en banlieue de Vancouver. L’électorat y est plutôt blanc et… conservateur. La population ayant plus de 65 ans compte pour le quart des électeurs.

     

    Sous Stephen Harper, les conservateurs ont toujours remporté facilement la circonscription, sauf en 2015. Avec des frontières quelque peu modifiées, la candidate conservatrice a alors eu une courte victoire sur sa rivale libérale. Avec maintenant 30 % des résidants issus de l’immigration, la circonscription n’est plus un château fort conservateur. Mais dans les bonnes conditions, elle devrait pencher vers le PCC.

     

    Bref, South-Surrey–White Rock fait partie d’une quarantaine de circonscriptions à travers le pays qui détermineront fort probablement le gagnant du scrutin fédéral en 2019. Or, la victoire libérale dans l’élection complémentaire de lundi dans cette circonscription constitue un revers majeur pour M. Scheer, qui doit l’inquiéter bien plus que la défaite conservatrice aux mains des troupes du premier ministre Justin Trudeau dans la circonscription de Lac-Saint-Jean au mois d’octobre.

     

    Sans être fatidique, la défaite conservatrice de lundi démontre au minimum que M. Scheer demeure un grand inconnu pour les électeurs. S’il est difficile en tout temps de concurrencer un premier ministre en fonction, M. Trudeau présente un défi singulier pour ses adversaires. Jamais depuis le règne de son propre père un premier ministre n’aura autant fait courir les foules. Les deux visites que M. Trudeau a effectuées dans South-Surrey–White Rock lors de la brève campagne en vue de l’élection partielle ont attiré beaucoup plus l’attention que celles que M. Scheer a faites dans la circonscription. En plus d’avoir un candidat bien connu et apprécié du public, les libéraux pouvaient compter sur l’aura de M. Trudeau pour noyer toutes les critiques à l’endroit du PLC.

     

    M. Scheer a gagné la chefferie du Parti conservateur du Canada en mai dernier en misant sur sa double image de anti-Harper et anti-Trudeau. Plus souriant et chaleureux que son prédécesseur, M. Scheer s’est présenté en tant que bon père de famille croyant qui s’identifiait bien plus aux préoccupations de la classe moyenne que le riche et célèbre M. Trudeau ne saura jamais le faire. Si c’était juste assez pour convaincre les membres du PCC, qui l’ont à peine préféré à Maxime Bernier, M. Scheer n’a pas pour autant pénétré l’esprit collectif durant ou depuis la course à la direction.

     

    Bien sûr, la base conservatrice demeure intacte à autour 30 % de l’électorat, et le PCC jouit d’une certaine embellie en Ontario découlant en partie de l’impopularité des libéraux provinciaux de la première ministre Kathleen Wynne. Mais le visage plus gentil (kinder and gentler, dans le lexique politique) que présente M. Scheer n’a pas pour autant fait oublier les grimaces de M. Harper. Les femmes boudent encore le PCC. L’avance des libéraux chez les électrices, à autour quinze points de pourcentage dans les sondages, n’a presque pas bougé depuis 2015.

     

    Les attaques en règle que les conservateurs mènent depuis des semaines contre le ministre maintenant en sursis des Finances Bill Morneau — M. Scheer est allé aussi loin que de demander sa démission — semblent n’avoir rien fait pour aider la candidate du PCC dans South-Surrey–White Rock, une ancienne députée et ministre sous M. Harper. Au contraire, elles ont rappelé les tactiques de la terre brûlée qui ont tellement déplu aux Canadiens durant l’ère Harper. Si on peut critiquer le jugement et la performance de M. Morneau en tant que ministre, il est d’une mesquinerie déplorable que de le traiter de malhonnête ou de profiteur alors que son vrai crime serait plutôt d’être néophyte en politique.

     

    Les derniers jours de la campagne dans South-Surrey–White Rock ont démontré jusqu’à quel point les conservateurs n’ont pas abandonné leurs vieilles habitudes en misant sur la peur des gens. Dans une circonscription qui longe la frontière américaine, la candidate conservatrice Kerry-Lynne Findlay parlait sans cesse de l’immigration illégale et du retour au Canada des combattants du groupe État islamique pour souligner le manque de rigueur des libéraux en matière de sécurité.

     

    Les conservateurs ont même sorti une vieille histoire datant de l’époque où le candidat libéral Gordon Hogg fut directeur d’une prison dont un rescapé avait commis un viol dans la communauté. « Les libéraux semblent se préoccuper davantage des droits des criminels que des gens innocents qui vivent dans la communauté », a laissé tomber M. Scheer lors de sa dernière visite dans la circonscription.

     

    M. Harper aurait approuvé.













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