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    Chronique

    La longue route de Jagmeet Singh

    Konrad Yakabuski
    6 décembre 2017 |Konrad Yakabuski | Canada | Chroniques

    On savait que Jagmeet Singh devait sa victoire au premier tour de la course au leadership du Nouveau Parti démocratique, en octobre dernier, surtout à son succès dans le recrutement de nouveaux membres pour sa formation politique. Il restait à voir si les membres de longue date du parti allaient se rallier au nouveau chef après avoir mis leurs espoirs dans l’un des candidats issus de l’aile parlementaire du NPD. Peu à peu, la réponse se révèle. Non seulement la lune de miel de M. Singh semble avoir été presque non existante auprès de la base traditionnelle néodémocrate, il peine encore à convaincre les sceptiques dans son propre caucus.

     

    Le dernier sondage Léger-Le Devoir, publié lundi dans ces pages, n’apporte rien de joyeux aux néodémocrates à l’approche des Fêtes. La surprise n’est pas que la popularité de M. Singh ne décolle pas au Québec. C’est que le nouveau chef a du plomb dans l’aile presque partout au pays, et surtout en Colombie-Britannique, une province qui vient tout juste d’élire un gouvernement néodémocrate et qui a une forte concentration d’électeurs à gauche. Au minimum, M. Singh, qui s’est allié au premier ministre britanno-colombien, John Horgan, en s’opposant à l’oléoduc Trans Mountain — que le gouvernement libéral de Justin Trudeau appuie —, aurait dû rallier la meilleure partie des électeurs néodémocrates provinciaux. Mais le dernier sondage Léger place le NPD fédéral à 11 % en Colombie-Britannique, en baisse de sept points depuis octobre.

     

    Bien sûr, il ne s’agit que d’un seul sondage, avec un échantillon restreint des électeurs de la côte ouest canadienne. Mais il confirme la tendance à la baisse constatée dans d’autres sondages depuis l’élection de M. Singh à la tête du parti. Avec 13 % d’appui à l’échelle canadienne, le NPD de M. Singh risquerait de perdre plus de la moitié des 44 sièges qu’il a gagnés en 2015 et, avec 12 % au Québec, il perdrait la presque totalité des 16 circonscriptions qu’il a emportées dans la province francophone lors des dernières élections fédérales. Quant à la vague orange de 2011, elle n’aurait été qu’une parenthèse.

     

    On est loin du jour de l’élection, et M. Singh a du temps devant lui pour renverser la vapeur. Mais ce qui est clair, c’est que le NPD ne semble pas tirer profit des déboires des libéraux découlant de l’affaire Morneau, alors que le Parti conservateur en fait ses choux gras. Le paradoxe est total. Ce sont les néodémocrates qui devraient en principe attirer les électeurs qui ont voté libéral en 2015 mais qui sont déçus du parti pris du gouvernement Trudeau pour les pipelines et de la décision de Bill Morneau de ne pas mettre ses actifs dans une fiducie sans droit de regard dès sa nomination comme ministre des Finances. Mais ce sont les conservateurs, pourtant de farouches défenseurs des pipelines et des baisses d’impôt pour les riches, qui montent dans les sondages.

     

    La base conservatrice semble à ce point inébranlable, à environ 30 % des intentions de vote, que le chef du PCC, Andrew Scheer, ne devrait pas s’inquiéter de perdre des sièges en 2019, même si sa propre performance laisse à désirer. Les neuf points de pourcentage que les conservateurs ont gagnés au détriment des libéraux en Ontario par rapport au sondage Léger du mois d’octobre donnent même l’espoir au PCC qu’il pourrait reconquérir plusieurs des circonscriptions ontariennes qu’il a perdues aux mains de M. Trudeau en 2015. Or la montée des conservateurs est une mauvaise nouvelle pour les néodémocrates de M. Singh. Plus les libéraux sembleraient menacés par la formation de droite, plus les électeurs progressistes et de centre gauche opteraient à nouveau pour les libéraux afin de ne pas diviser le vote anticonservateur.

     

    Quand les députés néodémocrates n’hésitent pas à contredire leur propre chef, on voit difficilement comment M. Singh pourrait convaincre les électeurs encore indécis qu’il est l’homme de la situation. La rapidité avec laquelle ses députés ont répudié la déclaration de M. Singh selon laquelle le NPD ne devrait plus exiger que seuls les juges bilingues soient nommés à la Cour suprême du Canada indique que la greffe ne prend pas encore. M. Singh a dit compatir avec la position du député Roméo Saganash, qui traite de « colonialisme » cette exigence qui empêcherait qu’un juge autochtone qui parle seulement l’une des deux langues officielles puisse siéger au plus haut tribunal du pays. Mais le bilinguisme français-anglais à la Cour suprême est un principe que le NPD défend depuis 2008, bien avant que M. Trudeau ne devienne chef libéral et en fasse son leitmotiv. Pourquoi reculer maintenant ?

     

    La route s’annonce longue pour M. Singh.













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