Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Connectez-vous

    Le Canada, un médiateur pour apaiser la Corée du Nord?

    4 décembre 2017 |Annabelle Caillou | Canada
    Les tensions entre la Corée du Nord et les États-Unis ont atteint un niveau supérieur la semaine passée.
    Photo: Kim Won-Jin Agence France-Presse Les tensions entre la Corée du Nord et les États-Unis ont atteint un niveau supérieur la semaine passée.

    Discret sur l’escalade des tensions entre les États-Unis et la Corée du Nord ces derniers mois, le Canada veut désormais jouer un rôle pour mettre un terme au conflit et sera l’hôte d’une rencontre internationale début 2018. Ottawa peut-il vraiment avoir un impact ?

     

    « [Kim Jong-un et Donald Trump] sont comme deux enfants fâchés dans une cour de récréation. On ne les laisse pas entre eux, on envoie un intermédiaire respecté pour négocier la réconciliation », explique Jean-François Bélanger, chercheur au Centre d’études sur la paix et la sécurité internationale de l’Université McGill, qui estime que le Canada est capable de jouer ce rôle.

     

    Les tensions ont atteint un niveau supérieur la semaine passée. Après deux mois sans essai, la Corée du Nord a tiré un missile balistique d’une portée inédite mardi soir.

     

    « Acte dangereux », « menace directe pour le monde » : la ministre canadienne des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a vivement critiqué ce nouvel essai, tout en annonçant que le « Canada a un rôle à jouer » en tant que « pays pacifique ».

     

    De concert avec les États-Unis, le pays organisera une rencontre internationale — la date reste inconnue — avec les ministres des Affaires étrangères des pays impliqués dans la guerre de Corée et des acteurs importants de la région asiatique. Une occasion de mettre de nouvelles propositions non militaires sur la table.

     
    [Kim Jong-un et Donald Trump] sont comme deux enfants fâchés dans une cour de récréation. On ne les laisse pas entre eux, on envoie un intermédiaire respecté pour négocier la réconciliation.
    Jean-François Bélanger de l’Université McGill

    Du côté américain, le tir de Pyongyang a jeté un froid puisqu’il a démontré la capacité du régime à frapper partout aux États-Unis — et de fait même au Canada —, déjouant les pronostics du président Trump. Ce dernier a assuré qu’il allait « s’occuper de la situation » et a appelé à de nouvelles sanctions économiques.

     

    Devant le Conseil de sécurité des Nations unies réuni d’urgence mercredi, l’ambassadrice américaine, Nikki Haley, a affirmé que, si d’autres gestes d’« agression » entraînent la guerre, « le régime de la Corée du Nord sera totalement détruit ».

     

    Le Canada, un médiateur ?

     

    Si l’heure n’est pas encore au calcul de scénarios catastrophes, Jean-François Bélanger accueille favorablement l’initiative du Canada, « un État pacifique à qui Pyongyang et Washington peuvent faire confiance ».

     

    Le politologue de l’École nationale d'Administration publique (ENAP) Stéphane Roussel n’est pas de cet avis. « C’est quoi, la légitimité du Canada aux yeux de la Corée du Nord ? Je doute que [Justin Trudeau] réussisse à faire s’asseoir les deux dirigeants pour discuter d’une solution. […] Il peine déjà à se faire entendre du président américain dans les négociations de l’ALENA. »

     

    « Il n’a pas de levier, pas d’armée sur place, pas de ressources économiques consacrées à la Corée du Nord : avec quoi on négocie ? » renchérit le fondateur de la Chaire Raoul-Dandurand de l’Université du Québec à Montréal, Charles-Philippe David. Il craint qu’un sommet peu concluant ne donne à Donald Trump une justification à son attitude belliqueuse envers son adversaire nord-coréen.

     

    MM. Roussel et David estiment que le gouvernement canadien cherche surtout à retrouver sa place sur la scène internationale, et peut-être même un siège permanent au Conseil de sécurité des Nations unies. Le plan présenté par Ottawa à la mi-novembre sur les missions de paix des Nations unies a déçu de nombreux acteurs et observateurs, ne précisant pas dans quels pays ni de quelle façon les effectifs seraient déployés. « [Justin Trudeau] a bien dû voir que ça n’avait impressionné personne, il se rattrape », croit M. David.

     

    Sceptique, M. Roussel estime qu’il peut quand même faire avancer les discussions. « Il lui reste le pouvoir de l’imagination. Je ne parle pas de licorne magique, mais du fait qu’un médiateur, c’est celui qui propose de nouvelles solutions novatrices et audacieuses ».

     

    Un travail que le Canada ne pourra effectuer seul, d’après le politologue. « Ça va prendre d’autres États médiateurs qui ont du poids sur la Corée du Nord, comme la Chine ou la Russie. »

     

    Changer de stratégie 

     

    Mais les deux puissances ont critiqué l’appel à de nouvelles sanctions. Moscou et Pékin suggèrent plutôt une suspension des essais de missiles de Pyongyang en échange d’un arrêt des exercices militaires des États-Unis et de la Corée du Sud dans le secteur. Une proposition rejetée par le gouvernement américain.

     

    Pour Charles-Philippe David, il faut accepter que « la Corée du Nord est et sera une puissance militaire et nucléaire », plutôt que de rêver à son désarmement.

     

    « On pourrait négocier le nombre de missiles balistiques que le pays peut posséder, le type de bombe autorisé », propose M. Bélanger, de l’Université McGill. Il espère que la rencontre début 2018 mettra de côté la stratégie des sanctions économiques qui a depuis longtemps atteint ses limites.


    Une menace préoccupante Le missile balistique lancé par Pyongyang aurait parcouru 950 km et atteint une altitude de 4475 km, d’après l’armée nord-coréenne. Sa trajectoire verticale en cloche suggère plutôt une portée de 13 000 km, suffisante pour frapper les États-Unis, d’après des spécialistes.

    Mais Kim Jung-un n’est pas prêt à frapper le pays dès demain, selon le docteur en génie nucléaire et professeur à l’Université de Sherbrooke, Marcel Lacroix. « Ce missile interbalistique peut être équipé d’une tête nucléaire, l’arme atomique développée au pays est suffisamment légère. Encore faut-il que le missile tombe à l’endroit prévu, et on n’en est pas encore là », prévient M. Lacroix.

    Dans un tel scénario, la capacité de la première puissance mondiale à détecter et à intercepter une telle arme n’est pas assurée, croit Guy Marleau, professeur à la Polytechnique de Montréal et membre du Groupe d'analyse nucléaire. « Les tests des Américains datent de la guerre en Irak, sur des missiles d’une moins longue portée et surtout moins puissants », fait-il remarquer.












    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.