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    Éditorial

    Excuses aux LGBTQ2: des gestes nécessaires

    Manon Cornellier
    30 novembre 2017 |Manon Cornellier | Canada | Éditoriaux

    Le gouvernement canadien a finalement reconnu ses torts et s’est excusé mardi auprès de ses anciens fonctionnaires, policiers, militaires, qu’il a persécutés pendant des décennies à cause de leur homosexualité ou de leur identité de genre. À elles seules, ces excuses nécessaires auraient toutefois été insuffisantes et, fort heureusement, le gouvernement l’a compris.


    Des années 1950 au début des années 1990, le gouvernement fédéral a poursuivi une purge — le mot n’est pas trop fort — de la fonction publique, de la police et de l’armée. Il ne cherchait pas les espions, les saboteurs, les tricheurs. Non, craignant le chantage d’agents étrangers, il s’est mis en chasse des diplomates, policiers et soldats homosexuels. Il n’en voulait pas dans ses rangs, les voyait comme des déviants et une menace à la sécurité.

     

    Même après la décriminalisation de l’homosexualité en 1969, des serviteurs de l’État soupçonnés d’être gais ou lesbiennes ont été espionnés au travail, chez eux et dans des lieux publics. Ils ont été branchés à des polygraphes, soumis à des interrogatoires sur les aspects les plus intimes de leur vie. Avec une machine commandée à cette fin, on disait mesurer leur excitation sexuelle devant des photos d’une personne de même sexe nue. Certains ont subi des agressions sexuelles. Et le seul chantage que ces employés ont connu a été celui de leur propre gouvernement, qui promettait à certains leur maintien en emploi contre la dénonciation de collègues homosexuels.

     

    Comme l’a bien dit M. Trudeau, « c’est arrivé de façon systématique ici, au Canada, plus récemment que nous ne voudrions l’admettre. […] Il n’y a pas si longtemps, l’État a orchestré une culture de stigmatisation et de peur autour des communautés LGBTQ2 et a ainsi détruit des vies ».

     

    Il a toutefois fallu la lutte acharnée des victimes pour que le voile soit levé. Elles y sont parvenues en lançant, entre autres choses, une action collective qu’Ottawa ne pouvait ignorer. Le gouvernement Trudeau aurait pu tergiverser et se lancer dans une longue bagarre judiciaire. Il a préféré être cohérent avec lui- même et avoir la décence de négocier un accord assurant une compensation financière aux victimes. Il a aussi accepté de faire des excuses officielles et, élément fondamental, de présenter un projet de loi « sur la radiation de condamnations constituant des injustices historiques », le projet C-66.

     

    On parle bien de radiation et non de pardon, et avec raison. Ces personnes n’ont rien à se faire pardonner, elles ont simplement été elles-mêmes. C’était vraiment au gouvernement de demander pardon. Ces condamnations et ces casiers judiciaires doivent être effacés. Et pas dans la semaine des quatre jeudis !

     

    Ce gouvernement empreint de bons sentiments souffre malheureusement de procrastination chronique quand vient le temps de faire adopter certains projets de loi dont il s’est pourtant bruyamment vanté. C’est le cas du projet de loi C-32 abrogeant l’article 159 du Code criminel qui criminalise les relations sexuelles anales. Ce projet présenté il y a plus d’un an n’a encore jamais été débattu, ce qui est inadmissible. Le gouvernement doit s’engager à ce que le projet C-66 ne connaisse pas le même sort.

     

    Le traitement réservé aux fonctionnaires, policiers et militaires homosexuels a longtemps été le reflet de ce qui se passait dans la société. Heureusement, celle-ci a évolué et le gouvernement aussi. Il reste toutefois beaucoup à faire pour mettre fin à la stigmatisation, à la violence, à la discrimination et à l’intimidation. Et pour y arriver, la balle ne peut rester uniquement dans le camp du gouvernement, elle est aussi dans le nôtre…













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