Cannabis: le projet de loi adopté aux Communes

<p>La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor</p>
Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne

La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor

Un pas supplémentaire est franchi vers la légalisation du cannabis au Canada. Les députés ont adopté lundi soir en Chambre le projet de loi C-45, renvoyant la balle dans le camp du Sénat, à environ sept mois de l’échéancier fixé par le gouvernement libéral pour légaliser la substance.

 

Le projet de loi a été approuvé par 200 députés contre 82, ralliant l’ensemble des députés libéraux et néodémocrates présents au moment du vote, ainsi que la chef du Parti vert. Dans les banquettes conservatrices et bloquistes, les élus ont dit non — tous, sauf un conservateur qui a rompu la ligne de parti.

 

La ministre fédérale de la Santé, Ginette Petitpas Taylor, affirmait peu avant la mise aux voix de C-45 avoir hâte de « travailler en étroite collaboration » avec les membres de la chambre haute : « S’il y a quelque chose qu’on peut faire, leur offrir des informations, nous sommes prêts. »

 

Son secrétaire parlementaire, Bill Blair, avait abondé dans le même sens, niant au passage que les libéraux agissaient précipitamment dans ce dossier. Il a par ailleurs voulu minimiser la décision d’imposer une limite de temps en Chambre en plaidant qu’il y aurait « toujours des questions ».

 

Le chef conservateur, Andrew Scheer, qui est opposé à la légalisation du cannabis, a récemment prévenu que le caucus sénatorial de son parti userait de « tous les outils démocratiques » afin de ralentir la progression de la mesure législative gouvernementale.

 

« Nous sommes maintenant concentrés sur le but de bloquer ce projet de loi. Notre caucus pense que ce projet de loi a de gros problèmes », a-t-il indiqué en entrevue avec La Presse canadienne, jeudi dernier.

 

Report demandé

 

Les velléités conservatrices ont semblé plaire à la chef bloquiste, Martine Ouellet. Le Sénat « ne devrait pas exister », mais « étant donné qu’il est encore là », les sénateurs devraient « faire un travail pour avoir un report de la mise en application » de C-45, a-t-elle lâché en mêlée de presse.

 

Elle a critiqué l’insistance du gouvernement fédéral à avancer à toute vapeur malgré les doléances exprimées à l’Assemblée nationale, où les élus ont unanimement adopté il y a environ deux semaines une motion exhortant Ottawa à repousser d’un an l’entrée en vigueur de sa loi.

 

Le député néodémocrate Alexandre Boulerice, qui s’est dit « d’accord sur le fond » avec le principe de légaliser le cannabis, reproche lui aussi aux libéraux d’avoir fait la sourde oreille au nom d’un « échéancier artificiel » qui n’a selon lui aucune raison d’être.

 

« La date de juillet 2018 est absolument arbitraire. Il n’y a vraiment aucune raison de précipiter les choses », a-t-il tranché en mêlée de presse, accusant le gouvernement Trudeau d’avoir « empêché les parlementaires de faire le travail » en coupant court au débat en Chambre.

 

« C’est un sujet controversé, c’est un sujet de société sérieux. Je pense qu’on doit bien faire les choses. Là, on pile sur les pieds des provinces, on inquiète les forces policières », a tonné l’élu néodémocrate dans le foyer des Communes peu avant le vote sur C-45.

4 commentaires
  • Yannick Cornet - Abonné 27 novembre 2017 19 h 58

    Accélérer mais correctement

    D'un côté, pourquoi attendre? C'est pas bien compliqué pour quelque chose qui aurait du être fait il y a 50 ans. D'un autre côté, énorméments de revenus sont en jeu, ce serait dommage de partir sur de mauvaises bases (par exemple, de laisser la majorité des profits se perdre dans les mains du privé, ou de seulement quelques bénéficiaires). Il serait intéressant de savoir plus clairement quelles sont les réticences à la nouvelle loi.

    • Jean-Yves Arès - Abonné 28 novembre 2017 11 h 17

      Il n'y a aucune raison que de "gros profits" découle de ce produit qui pousse mieux que de la mauvaise herbe...

      Le prix élevé était en lien direct avec son illégalité. Hors a l'évidence ce n'est pas la légalisation qui intéresse les autorités, c'est de mettre la main sur l'argent du marché illégale. Et pour maintenir, ou même augmenter cette valeur ils rendent le produit illégale, sinon que dans la très étroite chaine de production/distribution.

      On est loin d'une saine légalisation.

  • Christian Montmarquette - Inscrit 27 novembre 2017 22 h 39

    Les bloquistes font tintin avec les Conservateurs

    - Hahaha!!

    Légalisation du cannabis :

    Les bloquistes font tintin avec les Conservateurs .. lol!..

    Mais à quoi s'attendre d'autre de la part d'un parti dont le premier chef était aussi un ancien ministre conservateur?

    Un peu d'histoire...

    "Lors de sa création en 1990, le Bloc québécois était une coalition informelle des membres québécois du Parti progressiste-conservateur du Canada (PC) et du Parti libéral du Canada qui avaient quitté leur parti respectifs en raison du débat sur l'accord du lac Meech." - Wikipédia

    .

  • Pierre Desautels - Abonné 28 novembre 2017 13 h 26

    Désolant.

    "Les velléités conservatrices ont semblé plaire à la chef bloquiste, Martine Ouellet. Le Sénat « ne devrait pas exister », mais « étant donné qu’il est encore là », les sénateurs devraient « faire un travail pour avoir un report de la mise en application » de C-45, a-t-elle lâché en mêlée de presse."

    Oui, c'est désolant de voir le Bloc Québécois, qui était un parti progressiste et qui a déjà fait du très bon travail à Ottawa, s'allier avec les conservateurs et souhaiter que le Sénat bloque le projet de loi. Misère.