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    Chronique

    Le Canada n’est pas de retour

    Konrad Yakabuski
    22 novembre 2017 |Konrad Yakabuski | Canada | Chroniques

    Justin Trudeau avait tout ou presque pour rehausser l’influence du Canada sur la scène internationale. Son image jeune et moderne qui attirait l’attention du monde entier sur lui, son désir maintes fois exprimé de jouer un rôle constructif dans les efforts multilatéraux pour résoudre les grands défis de notre époque et son statut de vedette qui savait rejoindre les jeunes de la planète ont fait de lui un leader canadien qui devait faire sa marque dans les forums internationaux. Après Stephen Harper, qui les boudait, le Canada était « de retour ».

     

    Voilà pour les attentes entretenues par le premier ministre depuis qu’il a fait sa maintenant fameuse déclaration le soir de sa victoire électorale en 2015. On pouvait déjà y déceler la prétention et la promotion qui deviendraient les marques de commerce de ce gouvernement. Au-delà des beaux principes, ce gouvernement cherche surtout à minimiser ses propres risques politiques plutôt qu’à changer le monde. Tôt ou tard, les Canadiens s’en rendront compte.

     

    Rien n’illustre autant cet écart entre les discours enlevants et le manque d’action concrète du gouvernement Trudeau que son annonce sur la participation future du Canada — toujours au conditionnel — à des opérations du maintien de la paix des Nations unies. C’était une insulte à l’intelligence des Canadiens et à celle de nos partenaires onusiens que de dire, comme l’a fait M. Trudeau, que la politique qu’il a finalement adoptée après des mois de tergiversations est celle qui saura « maximiser l’impact » du Canada dans de telles missions. Non seulement le premier ministre se dit encore en négociation avec l’ONU pour déterminer où et quand le Canada enverrait ses ressources, un tel saupoudrage des militaires et des équipements canadiens est tellement en deçà des promesses de M. Trudeau qu’il devrait avoir honte de l’appeler « une approche novatrice ». S’il était honnête, il dirait que les Canadiens aiment l’idée de contribuer aux missions de la paix mais que notre expérience en Afghanistan et ailleurs nous a démontré que leur enthousiasme a bien des limites lorsque les missions s’étirent et que les soldats sont tués. Voilà pourquoi le gouvernement recule.

     

    Officiellement, le gouvernement n’a pas abandonné son objectif de gagner un siège pour le Canada au Conseil de sécurité de l’ONU en 2020. Mais force est de constater qu’il ne fait rien pour le mériter. Le gouvernement Harper ne cachait pas son mépris pour l’ONU, et sa politique pro-Israël a contribué au rejet de la candidature du Canada en 2010. Mais au moins M. Harper avait le courage de ses convictions.

     

    Sous M. Trudeau, le Canada se dote d’une politique d’aide internationale dite féministe, qui est en principe louable, mais qui semble surtout viser à impressionner sa base électorale au Canada en promouvant les droits reproductifs des femmes dans les pays en voie de développement, ce que le gouvernement Harper rechignait à faire. Mais tout en voulant améliorer l’accès des filles de ces pays à l’éducation et à la contraception, le gouvernement n’augmente aucunement le budget de l’aide internationale. La part du revenu national brut canadien dédiée à l’aide publique de développement (APD), à 0,26 % en 2016, n’est pas loin de son bas historique de 2001 et demeure environ quatre fois inférieure à ce que la Norvège et la Suède consacrent à l’APD.

     

    La ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a livré un discours phare à la Chambre des communes en juin en se posant cette question : « Le Canada est-il un pays essentiel à ce moment dans la vie de notre planète ? » Au moment où les États-Unis de Donald Trump se désengageaient de la scène internationale, disait-elle, le Canada devait faire plus pour réaffirmer et renforcer l’ordre international de l’après-guerre. Le monde entier devait savoir que le Canada est un partenaire fiable qui collabore pour créer « un monde meilleur, plus sécuritaire, plus juste, plus prospère et durable ».

     

    Mais le gouvernement Trudeau semble à ce point préoccupé de ne pas froisser M. Trump et de sauver l’Accord de libre-échange nord-américain que tout le reste prend le bord. Les discours sont toujours aussi enlevants. Mais le jupon commence à dépasser.

     

    « À Suez, en Corée, au Congo, à Chypre, pendant la première guerre du golfe Persique, dans les Balkans et en Afghanistan, jusqu’à aujourd’hui en Irak et dans bien d’autres endroits, le Canada était présent », a déclaré Mme Freeland en faisant référence aux missions de la paix et militaires auxquelles le Canada avait participé dans le passé, ainsi qu’à celle contre le groupe État islamique, commencée sous M. Harper et dont le gouvernement Trudeau a changé la nature. « Comme le premier ministre l’a souvent dit, c’est ce que les Canadiens font : nous répondons présents. »

     

    Elle devait ajouter : présents, oui, ou peut-être, pour une future mission de la paix, à condition que cela ne cause pas d’ennuis politiques à notre gouvernement et que nous puissions dicter les conditions plutôt que de seulement répondre aux besoins réels de l’ONU.

     

    L’annonce du retour du Canada est grandement exagérée.













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