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    Chronique

    Le Canada du XXIe siècle

    Konrad Yakabuski
    8 novembre 2017 |Konrad Yakabuski | Canada | Chroniques

    Ce n’est pas au Québec que l’opposition à une hausse des seuils d’immigration est la plus élevée au Canada. En fait, une majorité de Québécois trouve que l’on accueille le bon nombre de nouveaux arrivants chaque année, ou alors qu’on n’en accueille pas assez. La proportion de Québécois qui pensent que l’on reçoit trop d’immigrants (soit 37 %) est la même qu’en Ontario, alors qu’elle est de 45 % en Alberta et de 54 % au Manitoba et en Saskatchewan.

     

    Ces données, qui sortent d’un sondage Internet de Léger Marketing préparé en mars dernier pour l’Association d’études canadiennes, et qui portent une marge d’erreur de 2,9 % 19 fois sur 20, pourraient surprendre tous ceux dans le reste du Canada qui pensent que les Québécois sont plus hostiles à l’immigration que les autres Canadiens. La réalité est tout autre.

     

    C’est pourquoi l’annonce du ministre fédéral de l’Immigration, Ahmed Hussen, que le Canada accueillera 340 000 nouveaux arrivants en 2020, soit une hausse de 13 % par rapport à 2017 et de presque 25 % par rapport à 2014, a suscité plus de réactions dans l’Ouest canadien qu’au Québec. Après tout, c’est dans l’Ouest que la nouvelle politique de l’immigration aura le plus de répercussions. C’est normal que tout le monde en parle.

     

    Si le Québec, qui établit ses propres seuils d’immigration, n’augmente pas ses cibles en tandem avec Ottawa, le reste du Canada accueillera inévitablement plus d’immigrants qu’autrement. La région métropolitaine de Toronto, où presque la moitié des résidants sont nés à l’étranger et où 51 % des gens s’identifient comme faisant partie d’une minorité visible, solidifiera sa réputation en tant que ville la plus multiculturelle du monde. L’Alberta, qui reçoit déjà presque autant d’immigrants chaque année que le Québec malgré une population deux fois plus petite, recevra alors beaucoup plus de nouveaux arrivants annuellement que la Belle Province. Calgary, où la proportion de la population née à l’étranger est déjà plus élevée qu’à Montréal, deviendra encore plus multiculturelle, voire cosmopolite, que la métropole québécoise. Le poids du Québec au sein de la population canadienne diminuera encore plus rapidement qu’il ne le fait actuellement. Et le poids politique du pays se déplacera encore plus rapidement vers l’Ouest. Voilà où s’en va le Canada du XXIe siècle.

     

    Certains y verront une tentative du gouvernement libéral de Justin Trudeau de marginaliser la nation québécoise et d’imposer sa vision d’un Canada « postnational » d’un océan à l’autre. Sans aller aussi loin que cela, il faut admettre que les répercussions de cette nouvelle politique d’immigration sur le Québec ne faisaient pas partie des premières considérations du gouvernement Trudeau. Ce dernier a plutôt été guidé dans ses choix par les leaders économiques, qui réclamaient une hausse encore plus importante des seuils d’immigration, et sa propre base politique, pour qui la diversité est devenue la marque de commerce du Canada.

     

    Face à un nouveau chef néodémocrate, Jagmeet Singh, issu de la communauté sikhe et fils d’immigrants, les libéraux chercheraient à préserver leur dominance politique au sein des grandes villes et des banlieues multiculturelles de Toronto et de Vancouver.

     

    Au lieu d’exprimer des réserves sur l’augmentation du nombre d’immigrants, la critique néodémocrate en matière d’immigration, Jenny Kwan, aurait souhaité que le Canada mette plus l’accent sur les travailleurs non qualifiés par rapport aux travailleurs qualifiés. Elle a fait remarquer que les entreprises ont trop recours au Programme des travailleurs étrangers temporaires pour pourvoir les emplois peu payants que les Canadiens et les immigrants plus qualifiés ne veulent pas accepter.

     

    La position du Nouveau Parti démocrate sert à contredire la thèse selon laquelle l’immigration nuit aux travailleurs à bas revenus en faisant une pression à la baisse sur les salaires. En fait, le taux de chômage plus élevé chez les immigrants récents tiendrait plus au fait qu’ils sont surqualifiés pour les emplois disponibles ou qu’ils font l’objet de discrimination de la part des employeurs.

     

    Et c’est au Québec que le problème est le plus grave. Le taux de chômage parmi les immigrants reçus pendant les cinq dernières années s’y établit à 16,7 %, selon Statistique Canada, alors que la province dans son ensemble frôle le plein-emploi, avec un taux de chômage de 6,1 %. En Ontario, l’écart entre les immigrants récents et l’ensemble des travailleurs en ce qui concerne le taux de chômage n’est que de 3,2 %, soit 9,1 % contre 5,9 %.

     

    C’est ainsi que M. Hussen a pu livrer son discours annonçant ses nouvelles cibles d’immigration sans une fois prononcer le mot « Québec ». Il a plutôt mis l’accent sur les bénéfices économiques de l’immigration alors que la population canadienne vieillit et sur l’ouverture des Canadiens à la diversité, en disant : « Il y a de plus en plus de pays qui ferment leurs portes aux gens, ils ferment leurs portes aux talents, aux compétences […] Nous avons résolument et sans réserve adopté l’approche contraire. »













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