Rapport de la vérificatrice générale - La lutte contre le terrorisme souffre de graves lacunes
Le gouvernement n'a pas tiré les leçons des attentats du 11 septembre
31 mars 2004
Canada
Ottawa - Tous les efforts récents d'Ottawa pour se débarrasser de son image de pays prenant à la légère les questions de sécurité risquent d'être balayés avec la publication du rapport de la vérificatrice générale soulignant de grands trous dans le partage d'informations de sécurité cruciales, l'absence de suivi dans les passeports perdus ou volés et le manque de vérifications des antécédents ou des liens criminels du personnel des aéroports.
Dans l'ensemble, le rapport de la vérificatrice générale Sheila Fraser, déposé hier aux Communes, brosse le tableau d'un gouvernement qui n'a pas su tirer les leçons des événements terroristes des dernières années afin d'améliorer les systèmes en place pour assurer la sécurité du pays.
«Le gouvernement n'a pas bien évalué les enseignements à tirer, en matière de renseignement, d'incidents critiques tels que les attentats du 11 septembre», peut-on lire dans le chapitre consacré à la sécurité.
Pourtant, Ottawa consacrait, dans son budget de décembre 2001, plus de 7,7 milliards supplémentaires pour lutter contre le terrorisme. Cet argent visait à renforcer les mesures en place et à en développer de nouvelles, notamment en ce qui a trait à la sécurité de la frontière avec les États-Unis.
Mauvaises cibles
Malgré ces investissements massifs, le fédéral aurait mal ciblé ses choix, décidant de financer des initiatives sans d'abord procéder à «l'évaluation des menaces et des risques nationaux». La lacune principale, qui sous-tend la plupart des problèmes, vient de la faiblesse des échanges d'information. En d'autres mots, plusieurs ministères et organismes disposent d'outils et de listes de surveillance, mais les renseignements sont rarement échangés.
Ainsi, l'enquête des vérificateurs a permis de constater que les quelque 25 000 passeports canadiens rapportés volés ou perdus chaque année ne sont pas répertoriés dans les listes de surveillance à la frontière.
«La GRC juge que ces passeports posent un problème de sécurité nationale puisque les terroristes ou d'autres criminels peuvent s'en servir», note-t-on dans le rapport. Bien que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) tente tant bien que mal de mettre à jour régulièrement sa base de données, elle ne la partage pas avec les agents des douanes ou de l'immigration, qui représentent les intervenants de première ligne à l'entrée du pays.
Même constat du côté des listes de surveillance des terroristes qui servent aux autorités à intercepter les personnes faisant l'objet de signalement. La GRC et le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) obtiennent de l'information et des alertes d'Interpol et des organismes américains, mais on constate de grands retards dans la mise à jour des listes et surtout, encore une fois, l'absence de partage de renseignements avec les agents de douane ou d'immigration.
La vérification a même permis de déceler que plusieurs Canadiens recherchés par la police pour des infractions criminelles graves ne se retrouvent pas dans les banques de données utilisées à la frontière.
Aéroports
Les contrôles sont également absents dans les aéroports, où les employés ne sont pas soumis à des vérifications minutieuses de leurs antécédents ou de leurs liens criminels. Dans les cinq grands aéroports du pays (Toronto, Montréal, Vancouver, Calgary et Halifax), 3,5 % des employés ont des casiers judiciaires.
Des enquêtes policières récentes ont aussi permis de déterminer que, dans les aéroports de Toronto, de Montréal et, dans une moindre mesure, de Vancouver, «247 employés détenteurs d'une autorisation d'accès aux zones réglementées étaient associés à des complots criminels».
Et c'est sans compter les 16 entreprises entretenant des liens avec des organisations criminelles, répertoriées par la vérificatrice et oeuvrant dans les
aéroports.
Après un rapport dévastateur sur le programme de commandites, la plus récente enquête de Mme Fraser risque donc d'avoir une portée internationale. Le Canada devra tenter de rassurer ses alliés, plus particulièrement son puissant voisin du Sud, qui est toujours prêt à jeter le blâme sur le Canada lorsqu'il est question de sécurité.
Ce n'est cependant pas la première fois que de telles lacunes en matière de sécurité font l'objet d'un rapport. Un comité du Sénat a déjà souligné à grands traits les principaux trous dans le filet de sécurité déployé par les forces de l'ordre dans un rapport déposé l'an dernier.
Il faut de plus noter que le Canada n'est pas le seul pays à faire face au défi d'améliorer sa sécurité. Des enquêtes similaires sont parvenues aux mêmes conclusions aux États-Unis et dans la plupart des grands pays occidentaux.
Un gruyère
Au Canada, cependant, les efforts pour améliorer la sécurité, à la suite des attentats terroristes du 11 septembre, avaient pour but ultime de mieux s'arrimer à la nouvelle réalité des États-Unis. Considéré par les Américains comme un gruyère et un paradis pour terroristes, le Canada se devait de modifier son image afin de ne pas nuire aux échanges commerciaux avec son voisin. Ces échanges sont vitaux pour l'économie du Canada puisqu'ils correspondent à environ 85 % du total des exportations canadiennes.
Mme Fraser se dit notamment «déçue» de constater que plusieurs des brèches décelées auraient dû être colmatées depuis longtemps puisqu'elles sont à la base même des «systèmes de sécurité courants» [qui étaient] déjà en place avec septembre 2001 et auraient dû fonctionner de manière plus efficace au moment de notre vérification.»
Dans l'ensemble, le rapport de la vérificatrice générale Sheila Fraser, déposé hier aux Communes, brosse le tableau d'un gouvernement qui n'a pas su tirer les leçons des événements terroristes des dernières années afin d'améliorer les systèmes en place pour assurer la sécurité du pays.
«Le gouvernement n'a pas bien évalué les enseignements à tirer, en matière de renseignement, d'incidents critiques tels que les attentats du 11 septembre», peut-on lire dans le chapitre consacré à la sécurité.
Pourtant, Ottawa consacrait, dans son budget de décembre 2001, plus de 7,7 milliards supplémentaires pour lutter contre le terrorisme. Cet argent visait à renforcer les mesures en place et à en développer de nouvelles, notamment en ce qui a trait à la sécurité de la frontière avec les États-Unis.
Mauvaises cibles
Malgré ces investissements massifs, le fédéral aurait mal ciblé ses choix, décidant de financer des initiatives sans d'abord procéder à «l'évaluation des menaces et des risques nationaux». La lacune principale, qui sous-tend la plupart des problèmes, vient de la faiblesse des échanges d'information. En d'autres mots, plusieurs ministères et organismes disposent d'outils et de listes de surveillance, mais les renseignements sont rarement échangés.
Ainsi, l'enquête des vérificateurs a permis de constater que les quelque 25 000 passeports canadiens rapportés volés ou perdus chaque année ne sont pas répertoriés dans les listes de surveillance à la frontière.
«La GRC juge que ces passeports posent un problème de sécurité nationale puisque les terroristes ou d'autres criminels peuvent s'en servir», note-t-on dans le rapport. Bien que la Gendarmerie royale du Canada (GRC) tente tant bien que mal de mettre à jour régulièrement sa base de données, elle ne la partage pas avec les agents des douanes ou de l'immigration, qui représentent les intervenants de première ligne à l'entrée du pays.
Même constat du côté des listes de surveillance des terroristes qui servent aux autorités à intercepter les personnes faisant l'objet de signalement. La GRC et le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) obtiennent de l'information et des alertes d'Interpol et des organismes américains, mais on constate de grands retards dans la mise à jour des listes et surtout, encore une fois, l'absence de partage de renseignements avec les agents de douane ou d'immigration.
La vérification a même permis de déceler que plusieurs Canadiens recherchés par la police pour des infractions criminelles graves ne se retrouvent pas dans les banques de données utilisées à la frontière.
Aéroports
Les contrôles sont également absents dans les aéroports, où les employés ne sont pas soumis à des vérifications minutieuses de leurs antécédents ou de leurs liens criminels. Dans les cinq grands aéroports du pays (Toronto, Montréal, Vancouver, Calgary et Halifax), 3,5 % des employés ont des casiers judiciaires.
Des enquêtes policières récentes ont aussi permis de déterminer que, dans les aéroports de Toronto, de Montréal et, dans une moindre mesure, de Vancouver, «247 employés détenteurs d'une autorisation d'accès aux zones réglementées étaient associés à des complots criminels».
Et c'est sans compter les 16 entreprises entretenant des liens avec des organisations criminelles, répertoriées par la vérificatrice et oeuvrant dans les
aéroports.
Après un rapport dévastateur sur le programme de commandites, la plus récente enquête de Mme Fraser risque donc d'avoir une portée internationale. Le Canada devra tenter de rassurer ses alliés, plus particulièrement son puissant voisin du Sud, qui est toujours prêt à jeter le blâme sur le Canada lorsqu'il est question de sécurité.
Ce n'est cependant pas la première fois que de telles lacunes en matière de sécurité font l'objet d'un rapport. Un comité du Sénat a déjà souligné à grands traits les principaux trous dans le filet de sécurité déployé par les forces de l'ordre dans un rapport déposé l'an dernier.
Il faut de plus noter que le Canada n'est pas le seul pays à faire face au défi d'améliorer sa sécurité. Des enquêtes similaires sont parvenues aux mêmes conclusions aux États-Unis et dans la plupart des grands pays occidentaux.
Un gruyère
Au Canada, cependant, les efforts pour améliorer la sécurité, à la suite des attentats terroristes du 11 septembre, avaient pour but ultime de mieux s'arrimer à la nouvelle réalité des États-Unis. Considéré par les Américains comme un gruyère et un paradis pour terroristes, le Canada se devait de modifier son image afin de ne pas nuire aux échanges commerciaux avec son voisin. Ces échanges sont vitaux pour l'économie du Canada puisqu'ils correspondent à environ 85 % du total des exportations canadiennes.
Mme Fraser se dit notamment «déçue» de constater que plusieurs des brèches décelées auraient dû être colmatées depuis longtemps puisqu'elles sont à la base même des «systèmes de sécurité courants» [qui étaient] déjà en place avec septembre 2001 et auraient dû fonctionner de manière plus efficace au moment de notre vérification.»
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