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    L’avortement revient sur le devant de la scène à Ottawa

    Les conservateurs veulent donner la présidence du Comité sur la condition féminine à une députée pro-vie, au grand dam des libéraux et des néodémocrates

    27 septembre 2017 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Le nouveau chef conservateur, Andrew Scheer, est accusé d’avoir voulu plaire à la frange sociale de la base conservatrice.
    Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le nouveau chef conservateur, Andrew Scheer, est accusé d’avoir voulu plaire à la frange sociale de la base conservatrice.

    Une députée pro-vie peut-elle présider un comité des Communes sur les enjeux de la femme ? Le Parti conservateur estime que oui, mais le Parti libéral et le NPD s’y opposent farouchement et accusent le nouveau chef conservateur, Andrew Scheer, d’avoir voulu plaire à la frange sociale de la base conservatrice.

     

    Ce qui d’ordinaire n’est qu’une formalité qui se fait sans heurt s’est transformé en coup d’éclat mardi. Les députés libéraux du Comité permanent de la condition féminine ont quitté en bloc la rencontre après que les conservateurs ont soumis le nom de leur collègue Rachael Harder pour la présidence. Mme Harder est reconnue pour être une élue pro-vie, ayant notamment promis d’appuyer un projet de loi contre l’avortement. Sa candidature est inacceptable aux yeux des libéraux et des néodémocrates, qui ont mis fin à la réunion après moins d’une minute.

     

    Le Comité de la condition féminine est l’un des rares comités présidés par un élu conservateur, et il revient au parti de proposer une candidature. Or, de l’avis de ses rivaux, le chef conservateur Andrew Scheer aurait délibérément choisi Rachael Harder pour envoyer un « message […] mal avisé ».

     

    « Andrew Scheer aimerait donner l’impression que le nouveau leadership du Parti conservateur est différent de l’ancien, qu’il est plus positif et qu’il fait davantage attention à l’égalité des genres. C’est la deuxième fois qu’on voit que mettre l’accent sur les femmes et les filles, et leurs droits, n’est en fait pas une priorité », a affirmé la ministre de la Condition féminine, Maryam Monsef.

     

    Pourtant, le caucus conservateur compte bon nombre de « femmes très fortes », aux « valeurs conservatrices, bien entendu, mais qui ne sont pas aussi farouchement opposées au libre-choix des femmes », a fait valoir la néodémocrate Sheila Malcolmson. « C’est un réel signal lancé au pays que, de toutes les personnes qui siègent au caucus conservateur, ce soit elle qu’il a choisie comme porte-parole en matière de condition féminine », a-t-elle dénoncé.

     

    Arguant que la directive ne venait pas de lui, le premier ministre Justin Trudeau a néanmoins appuyé la décision de ses députés. « Bien franchement, on pourrait s’attendre à ce que le Comité de la condition féminine soit présidé par quelqu’un qui défend de façon non équivoque les droits des femmes. C’est l’objectif du Comité de la condition féminine », a fait valoir M. Trudeau.

     

    Simple diversion

     

    Les conservateurs n’ont cependant pas l’intention de changer d’idée et somment libéraux et néodémocrates d’accepter leur droit démocratique de nommer la présidente du comité, quelle qu’elle soit.

     

    Le parti a promis maintes fois qu’il ne rouvrirait pas le débat sur l’avortement, a rappelé le chef Andrew Scheer, qui ne voit rien de plus à la sortie libérale qu’une simple tentative de « changer le sujet » de la réforme fiscale pour les petites entreprises. Les libéraux Lawrence MacAulay et John McKay sont eux aussi pro-vie ; ils ont pourtant eu le droit d’être respectivement ministre et secrétaire parlementaire, ont rappelé les conservateurs.

     

    Quant à Rachael Harder, elle a martelé qu’elle saurait faire son travail « avec équité, avec égalité, avec respect ».

     

    Mme Harder affiche un bulletin parfait sur le site de Campaign Life Coalition (CLC), qui dresse le bilan des positions adoptées par les députés fédéraux en matière d’enjeux sociaux. La jeune députée conservatrice s’est opposée à l’aide à mourir, elle s’est abstenue d’interdire la discrimination envers les transgenres et a appuyé un projet de loi visant à criminaliser le fait de blesser ou de tuer un enfant à naître (vu comme une façon de donner une entité juridique au foetus). Elle a également indiqué à la CLC qu’elle appuierait un projet de loi qui accroîtrait le respect et la protection d’une vie humaine à naître.

     

    Le chef Andrew Scheer fait encore mieux, aux yeux de la CLC, avec un bilan « impeccable », puisqu’il s’est opposé à l’avortement, à l’interdiction de discriminer les transgenre et au mariage gai.

     

    La diversité muselée

     

    Selon le député pro-vie et ex-candidat au leadership Brad Trost, la moitié du caucus aurait les mêmes convictions que lui. Ce n’est pas une raison pour leur refuser la présidence d’un comité.

     

    Un avis partagé par le libéral pro-vie John McKay, qui estime que c’est une « pente glissante » que d’exclure les gens à cause de leurs valeurs.

     

    Les conservateurs accusent les libéraux de ne pas tolérer la diversité d’opinions. Un reproche repris par Gwen Landolt, de REAL Women, qui trouve « ironique qu’un comité créé pour se pencher sur la condition féminine soit discriminatoire à l’endroit d’une femme qui n’accepte pas leur idéologie féministe ».













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