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    Devant l'ONU, Trudeau livre un grand mea culpa sur la question autochtone

    Pour son second passage au concert des nations, le premier ministre a opté pour l’autocritique

    22 septembre 2017 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Au concert des nations, le premier ministre du Canada a opté pour l’autocritique.
    Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Au concert des nations, le premier ministre du Canada a opté pour l’autocritique.

    La Corée du Nord, les missions de maintien de la paix ou encore les grandes migrations humaines n’auront pas trouvé grâce aux yeux de Justin Trudeau. Pour son second passage au concert des nations, le premier ministre a plutôt opté pour l’autocritique. La quasi-totalité de son discours de 30 minutes aux Nations unies a porté sur le triste sort réservé aux peuples autochtones du Canada et les mesures prises par son gouvernement pour renverser cette tendance qui lui fait « grandement honte ».

     

    « Le Canada n’est pas un pays des merveilles où les difficultés que d’autres connaissent n’existent pas », a commencé M. Trudeau alors qu’il s’adressait à la 72e Assemblée générale de l’ONU jeudi midi. Il a raconté que le Canada s’est bâti « sans la participation significative de ceux qui étaient là en premier ». « Pour les peuples autochtones au Canada, l’expérience en a été principalement une d’humiliation, de négligence et d’abus. »

     

    « L’incapacité des gouvernements canadiens successifs à respecter les droits des autochtones du Canada nous fait grandement honte, a-t-il ajouté. Et pour beaucoup trop d’autochtones, ce non-respect des droits persiste encore aujourd’hui. » Il a évoqué les avis persistants d’ébullition d’eau dans les communautés, le taux de suicide autochtone, les cicatrices laissées par les pensionnats autochtones. « Et même si les écoles résidentielles sont heureusement des reliques du passé, encore trop de jeunes autochtones sont envoyés loin de leurs familles pour obtenir l’éducation de base que la plupart des Canadiens tiennent pour acquise. »

     

    M. Trudeau a exposé les mesures prises par son gouvernement pour rectifier le tir, dont la division du portefeuille autochtone entre deux ministres d’expérience et le démantèlement promis du ministère des Affaires autochtones et du Nord. Il a souligné l’adhésion récente du Canada à la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones et énuméré les mesures prises pour en atteindre les objectifs.

     

    « Mauvaise tribune »

     

    Au total, 8 des 12 pages de son discours ont porté sur les autochtones. Selon Jocelyn Coulon, chercheur au CERIUM et ex-conseiller de Stéphane Dion lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères, « c’est la mauvaise tribune ». « C’est un discours à consommation interne, c’est-à-dire que les médias demain [aujourd’hui] vont dire : “M. Trudeau a dit au monde qu’il s’occupait des autochtones.” Évidemment, le reste du monde écoute, mais je ne suis pas certain que ça les intéresse vraiment. […] La tribune des Nations unies sert justement à dire au monde comment le Canada se positionne sur les enjeux. Et là, on n’a rien eu. »

     

    Le Canada est en campagne de séduction en vue du vote, en juin 2020, pour l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité de l’ONU. Il est en compétition avec la Norvège et l’Irlande. Le Canada avait reçu une rebuffade en 2010, se faisant pour la première fois de son histoire refuser le siège qu’il convoitait.

     

    Jocelyn Coulon estime que M. Trudeau aurait dû profiter de son discours pour convaincre les pays de voter pour le Canada en parlant d’enjeux qui les intéressent. Il pense notamment aux missions de paix. Plus d’un an après la promesse canadienne de s’y rengager, une annonce sur un possible déploiement militaire se fait toujours attendre.

     

    L’an dernier, M. Trudeau avait utilisé la tribune onusienne pour rappeler ses dadas électoraux, soit l’importance d’aider la classe moyenne et d’investir dans les infrastructures publiques. M. Trudeau a justifié ses choix oratoires en point de presse subséquent, jeudi. « Il m’est arrivé à plusieurs reprises au fil des ans, lorsque je suggérais que certains pays devaient faire mieux en matière de droits de la personne […] de me faire répondre : “Qu’en est-il de la crise autochtone au Canada ?” Il est temps qu’on assume la responsabilité des erreurs du passé et qu’on le partage avec l’ONU. »

     

    Les conservateurs à Ottawa ont dénoncé les absences de ce discours. « Il a raté l’occasion d’exprimer l’opinion du Canada devant un auditoire mondial sur les enjeux de l’heure […] : le sort des Rohingyas, la crise des migrants partout dans le monde, la situation en Ukraine, le groupe EI », a déploré le député Erin O’Toole.

     

    Par ailleurs, M. Trudeau a au passage parlé dans son discours des changements climatiques. « Il n’y a aucun pays sur cette planète qui peut échapper à la réalité des changements climatiques », a-t-il lancé dans ce qui a été perçu comme une pique aux États-Unis. Il a été applaudi.













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