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    Les primes au bilinguisme dans la fonction publique fédérale compromises?

    20 septembre 2017 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Un rapport suggère d'abolir la prime de bilinguisme versée aux fonctionnaires fédéraux et de financer avec l’argent économisé un programme de perfectionnement linguistique.
    Photo: iStock Un rapport suggère d'abolir la prime de bilinguisme versée aux fonctionnaires fédéraux et de financer avec l’argent économisé un programme de perfectionnement linguistique.

    Le Bloc québécois et le Nouveau Parti démocratique s’insurgent contre le fait que la prime au bilinguisme de 800 $ versée aux fonctionnaires fédéraux est remise en question par un récent rapport gouvernemental. Selon les deux partis d’opposition, l’abolir mettrait encore davantage en péril une langue française déjà bien malmenée dans la fonction publique canadienne.

     

    « C’est une manière d’enterrer tout effort réel d’avoir une place réelle pour le français dans la fonction publique, et c’est le français qui va écoper avec un rapport comme celui-là », a lancé Thomas Mulcair, le chef du NPD.

     

    « Il faut renforcer les services en français à l’extérieur du Québec. La prime au bilinguisme était déjà un incitatif minimal, insuffisant, alors on va vraiment dans la mauvaise direction », a déclaré pour sa part le député bloquiste Mario Beaulieu.

     

    Le perfectionnement linguistique

     

    Leurs craintes s’expliquent par les recommandations d’un rapport sur la dualité linguistique au sein de la fonction publique fédérale rendu public la semaine dernière. Commandé par le greffier du Conseil privé, Michael Wernick, le rapport, intitulé Le prochain niveau, en arrive à la conclusion qu’il faut faire les choses différemment afin de favoriser une réelle utilisation de l’anglais et du français chez les fonctionnaires. Une des suggestions est d’abolir la prime et de financer avec l’argent économisé un programme de perfectionnement linguistique.

     

    La prime existe depuis 1977 et son montant de 800 $ n’a jamais été modifié. Elle n’est pas versée à tous les fonctionnaires bilingues, mais seulement à ceux qui occupent un poste désigné bilingue. Les membres de la direction n’y ont pas droit. Selon le Conseil du Trésor, les primes versées en 2016-2017 ont coûté 66,3 millions de dollars.

     

    Au cabinet du ministre responsable du Conseil du Trésor, Scott Brison, on indique que le rapport sera étudié avant de décider d’en mettre ou non les recommandations en application. On note toutefois que, cette prime faisant partie des conditions de travail des fonctionnaires, il ne serait pas possible pour le gouvernement de la modifier sans négociation avec les syndicats. Ni l’Alliance de la fonction publique du Canada ni l’Institut professionnel de la fonction publique du Canada n’ont encore pris position dans ce dossier.

     

    « Passer le test »

     

    Le rapport souligne les failles de la prime, qui « est complètement détachée de l’utilisation des langues officielles ». « La prime au bilinguisme est accordée aux employés […] qui satisfont aux exigences linguistiques associées à leur poste, peu importe qu’ils utilisent ou non les deux langues officielles dans le cadre de leurs fonctions. Cela a consolidé la culture “passer le test”  ». Les fonctionnaires, explique le rapport, étudient en vue d’obtenir la cote requise pour toucher la prime, mais au quotidien, ils n’utilisent pas davantage la langue seconde — le français le plus souvent.

     

    De manière générale, le rapport conclut que « l’anglais est la langue dominante pour la plupart des activités quotidiennes et les employés francophones ne ressentent pas toujours qu’ils peuvent travailler dans la langue de leur choix ».

     

    Certains anglophones unilingues interrogés dans le cadre de l’étude ont déploré le fait qu’il leur était difficile d’apprendre le français une fois embauchés et que cela pourrait limiter leurs promotions.

     

    En 2016, 50 % de tous les postes de la fonction publique fédérale exigeaient uniquement la maîtrise de l’anglais, contre 4 % pour le français uniquement. 43 % étaient désignés bilingues.













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