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    Vente d’armes à l’Arabie saoudite

    Un aveu incontournable

    Manon Cornellier
    19 août 2017 |Manon Cornellier | Canada | Éditoriaux

    Le gouvernement canadien attendait une preuve pour envisager l’annulation du contrat de vente de véhicules militaires à l’Arabie saoudite. Il l’a obtenue cette semaine de nulle autre que l’ambassade saoudienne à Ottawa. Le Canada n’a plus d’excuses, il doit prendre acte des déclarations de Riyad et rompre tout contrat de vente d’armes avec ce régime.


    À la fin de juillet, le Globe and Mail a obtenu des vidéos et des photos montrant des véhicules militaires de fabrication canadienne utilisés pour réprimer des citoyens chiites de la province orientale de l’Arabie saoudite. Riyad s’était pourtant engagé à ne pas utiliser le matériel militaire canadien contre sa propre population ni pour porter atteinte aux droits de la personne. Il s’agissait d’une condition pour que la vente soit autorisée par le Canada.

     

    À la suite de ces reportages, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, a rapidement annoncé une enquête pour vérifier les faits. Elle a aussi promis que, si ceux-ci s’avéraient exacts, elle agirait. Et agir, a-t-on compris, pourrait dire l’annulation du controversé contrat de vente de véhicules blindés conclu par General Dynamics avec l’aide du gouvernement canadien. Ce contrat d’une valeur de 15 milliards signé sous les conservateurs avait besoin de permis supplémentaires pour se concrétiser. Les libéraux les ont accordés en avril 2016, malgré le tollé.

     

    Si des doutes persistaient sur le peu de poids des engagements de Riyad, ils n’ont plus raison d’être. En réponse aux questions du Globe cette semaine, l’ambassade de l’Arabie saoudite au Canada a déclaré que le régime saoudien a le droit « d’utiliser son matériel militaire pour combattre des groupes terroristes d’Awamiyah afin de protéger les civils ». Elle a comparé l’utilisation des armes canadiennes à l’usage de la force par les Canadiens pour mettre fin à l’attentat contre le Parlement canadien en octobre 2014. « Combattre le terrorisme et protéger des civils innocents ne sont pas des violations des droits de la personne », a ajouté la chancellerie saoudienne.

     

    Se servir de l’attentat d’octobre 2014 pour justifier la répression d’une minorité est quelque chose d’indécent. Le village Awamiyah est le centre nerveux de la dissidence chiite. Il est dans la mire du régime depuis des années, et en particulier depuis des émeutes survenues en 2011 dans la foulée du Printemps arabe. En mai dernier, les militaires ont tenté d’expulser par la force une partie de la population dans le but de raser une partie du village. Des affrontements ont suivi et, depuis, le village est assiégé par l’armée et a subi des tirs à l’arme lourde. C’est dans ce contexte que des armes canadiennes auraient été utilisées.

     

    La déclaration de l’ambassade saoudienne élimine toute ambiguïté. Les armes canadiennes servent contre la population civile. L’argument de la lutte contre le terrorisme est trop facile pour être pris au sérieux. On parle ici d’un gouvernement affichant un des pires bilans en matière de respect des droits de la personne et reconnu pour réprimer les dissidents politiques et religieux, en particulier chiites.

     

    Le gouvernement canadien a fait l’autruche trop longtemps, répétant que rien ne laissait croire que les véhicules canadiens avaient servi ou servaient dans des opérations contre les civils. S’il ne réagit pas rapidement et avec fermeté et n’annule pas le ou les contrats de vente d’armes à Riyad, Ottawa nourrira l’impression qu’un volet important de ses contrôles en matière d’exportation de matériel militaire est une farce et que sa défense des droits de la personne est un principe à géométrie variable.













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