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    Rebel Media

    Flirt empoisonné

    Manon Cornellier
    17 août 2017 |Manon Cornellier | Canada | Éditoriaux

    Samedi, à Charlottesville, en Virginie, une marche de néonazis et de militants d’extrême droite a provoqué une contre-manifestation antiraciste. La rencontre des deux camps a dégénéré en affrontements violents. Alors que les deux groupes étaient finalement séparés, un néonazi a foncé dans la foule des opposants avec son véhicule, tuant une jeune femme et blessant 19 personnes.

     

    Durant les heures qui ont précédé ce drame, les auditeurs du réseau canadien en ligne Rebel Media ont pu suivre les événements en direct, surtout du point de vue des militants d’extrême droite, dont on expliquait les positions sans les critiquer. En revanche, la reporter se lamentait du traitement favorable donné à l’autre camp par les médias traditionnels.

     

    L’idée qu’on puisse avoir un semblant de sympathie pour des néonazis et des suprémacistes blancs a provoqué des remous chez Rebel et dans les rangs conservateurs, où on suit ce média lancé par deux anciens animateurs du défunt réseau SunNews TV. Un des fondateurs, Brian Lilley, et deux collaborateurs ont quitté le navire en début de semaine, même si l’autre fondateur, Ezra Levant, a publié une déclaration affirmant que le réseau n’était ni nazi ni d’extrême droite.

     

    Des politiciens conservateurs ont aussi fait savoir qu’ils n’étaient plus question d’accorder des entrevues à Rebel. Le chef du Parti conservateur (PC), Andrew Scheer, qui a dénoncé dimanche « ces actes de racisme et de haine », a toutefois refusé de prendre un engagement similaire. Il a pourtant des liens étroits avec ce média. Son directeur de campagne était un des administrateurs de Rebel. Durant la course et à la suite de sa victoire, M. Scheer a volontiers accordé des entrevues à Rebel.

     

    La proximité des conservateurs avec ce média n’avait rien d’étonnant au début, mais d’ultraconservateur, ce site est devenu une plateforme où des sympathisants de l’extrême droite et des opposants à l’immigration, en particulier musulmane, ont pu se faire entendre en entrevue ou dans des reportages rarement critiques. Rebel, qui rêve d’être l’équivalent canadien du site américain Breitbart, organise aussi des manifestations auxquelles certains candidats à la direction du PC ont participé. Farouche partisan de Donald Trump, Rebel pourfend de façon soutenue la gauche et le mouvement antiracisme.

     

    Ce site n’est pas anodin. Bien des idées dont il facilite la propagation sont délétères et de plus en plus exprimées sans complexe. Dans ce contexte, il ne peut plus y avoir d’ambiguïté de la part du chef conservateur. S’il désapprouve ces idées, il ne peut cautionner un média qui leur offre une forme de tribune. Sinon, il donnera l’impression que son parti peut s’accommoder de leurs promoteurs.













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