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    L'Assemblée des Premières Nations appelle à une refonte de l’enquête sur les femmes autochtones

    Les commissaires évitent un désaveu complet de la part des chefs

    28 juillet 2017 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a reconnu que les chefs régionaux sont divisés quant au sort de la commission d’enquête.
    Photo: Mark Taylor La Presse canadienne Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a reconnu que les chefs régionaux sont divisés quant au sort de la commission d’enquête.

    La colère et l’impatience des derniers mois sont devenues un appel officiel à une refonte en profondeur de l’enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées. Mais les commissaires auront évité le pire du désaveu puisque l’Assemblée des Premières Nations n’a pas entériné une motion réclamant leur démission.

     

    Réunis à Regina jeudi pour une troisième journée consécutive dans le cadre de leur assemblée générale annuelle, 60 % des chefs de l’APN s’y sont opposés, à la suite d’un long débat témoignant de leurs opinions divergentes.

     

    « Nous ne pouvons pas nous permettre de recommencer et de perdre deux ans de la vie de nos familles », a lancé le chef de la Fédération des nations autochtones souveraines de la Saskatchewan, Bobby Cameron, devant l’assemblée, un argument soulevé par plusieurs de ses confrères.

     

    « Si nous tuons [la commission] maintenant, nous ne l’aurons peut-être pas de nouveau », a-t-il ajouté.

     

    De son côté, le nouveau grand chef de l’Assemblée des chefs du Manitoba, Arlen Dumas, s’est montré ferme, affirmant peu avant le vote ne pas pouvoir revenir sur sa position, « les commissaires doivent être remplacés ».

    Photo: Mark Taylor La Presse canadienne Carson et Regina Poitras font partie des chefs qui ont lancé un plaidoyer pour laisser l’enquête terminer son travail.
     

    La motion ordonnait au chef national de l’APN de rencontrer le premier ministre Justin Trudeau afin de l’informer que les commissaires de l’enquête nationale « doivent être remplacés par de nouveaux commissaires qui respecteront les familles [de femmes autochtones disparues ou assassinées] et les survivantes, qui tiendront compte des traumatismes vécus et qui placeront les familles en priorité ».

     

    La motion réclamant leur destitution réclamait en outre un « processus conçu par et pour les autochtones » de même qu’une sous-commission exclusivement pour le Manitoba.

     

    Présentée à la toute fin de l’assemblée générale à Regina, la résolution aura cependant été débattue et votée par environ la moitié des chefs alors que plusieurs des 320 chefs ou leurs représentants avaient déjà quitté la rencontre.

     

    Au bureau du premier ministre Trudeau, on a renvoyé la balle à la ministre des Affaires autochtones, Carolyn Bennett, qui chapeaute tout le travail de réconciliation, a-t-on indiqué.

     

    En fin de soirée jeudi, le gouvernement libéral n’avait pas encore réagi à la décision prise par l’APN.

     

    Pas de départ pour autant

     

    Malgré les reproches qui se multiplient, la commissaire Michèle Audette n’a pas l’intention de baisser les bras et de céder son poste. « Pas pour le moment », a-t-elle rétorqué au Devoir jeudi, de retour d’une réunion houleuse la veille avec les chefs et les familles autochtones qu’elle était allée rencontrer à Regina.

     

    Mercredi soir, ils s’étaient succédé au micro pour réclamer la démission des commissaires en leur reprochant un manque de communication avec les familles et une structure d’enquête trop coloniale à leur goût. La commissaire en chef Marion Buller a également martelé à la CBC que les commissaires « ne démissionner[ont] pas. C’est aussi simple que ça ».

     

    Toute cette révolte serait l’oeuvre d’un « mouvement » qui veut démanteler la commission d’enquête, selon Michèle Audette, « orchestrée par des gens de l’extérieur » venant du Manitoba, de l’Ontario et en moindre nombre du Québec. « Ce n’est pas une minorité, c’est un mouvement important, reconnaît-elle. On a essayé de parler à plusieurs reprises. L’idée était déjà faite, l’esprit était déjà rendu ailleurs. Je respecte ça. »

     

    Leur avis n’est cependant pas celui de l’entièreté des plus de 600 Premières Nations au pays, insiste Michèle Audette. Et les autres groupes qui rassemblent les peuples inuits et métis appuient encore les commissaires, note-t-elle.

     

    Le chef national de l’Assemblée des Premières Nations, Perry Bellegarde, a reconnu lui aussi que les chefs régionaux sont divisés quant au sort de la commission d’enquête. Certains la soutiennent toujours, tandis que d’autres veulent un renouveau des travaux sans pour autant remplacer les commissaires.

     

    Le chef régional du Manitoba à l’APN, Kevin Hart, qui est notamment responsable du dossier de l’enquête, a cependant lui-même réclamé la démission des commissaires mercredi. « Nous devons être plus unis que jamais. Mais nous ne sommes pas unis en ce moment, nous nous disputons », a-t-il dit à l’assemblée, affirmant se trouver dans une situation très inconfortable et difficile.

     

    Le chef régional du Québec et du Labrador, Ghislain Picard, était à ses côtés. Mais il ne souhaite pas que les commissaires soient remplacés.

     

    « De notre côté, on dit qu’il faut garder le cap avec toutes les imperfections de la démarche, en fonction du mandat qui a été accordé aux commissaires l’année dernière. […] Parce que recommencer à zéro, ça nous reporte beaucoup trop loin pour un dossier qui a déjà souffert d’une longue, longue attente », a-t-il indiqué au Devoir avant la tenue du vote.

     

    Pas assez contre la police

     

    Il faut toutefois corriger le tir, insiste-t-il lui aussi, en faisant plus de place aux familles dans le processus et en réajustant les problèmes de gouvernance.La commission a dû gérer cinq démissions en quelques mois — dont celle d’une commissaire, Marilyn Poitras, il y a deux semaines.

     

    M. Picard fait aussi écho aux reproches des familles, qui en ont contre le mandat de l’enquête, qui scrutera le travail des policiers, mais dont les recommandations ne seront pas contraignantes. Car « de toute évidence », à en croire les témoignages de proches de femmes disparues ou assassinées, la façon d’enquêter de la police, « ça peut désavantager certaines victimes et leur famille », a-t-il déploré.

     

    Une seconde motion portant sur l’enquête nationale a été adoptée pour sommer le gouvernement d’élargir le mandat de la commission afin « d’inclure les pratiques politiques et policières », de même que de bonifier le budget « si nécessaire ».

     

    Michèle Audette, elle, martèle qu’elle persévérera tant qu’elle entendra des familles lui dire — même si c’est plus discrètement — qu’elles tiennent encore à l’enquête nationale.

     

    Les commissaires doivent se rencontrer la semaine prochaine à Vancouver. Ce sera l’occasion de faire le point sur le désaveu des chefs de l’APN. À moins que le gouvernement ne les remercie d’ici là, face à la grogne grandissante ?« Je suis prête à n’importe quoi, admet Mme Audette. L’appui est là. Mais c’est toujours fragile, un appui. »

    Avec Annabelle Caillou













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