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Un milliard plutôt que deux pour la santé

Robert Dutrisac   20 mars 2004  Canada
Le gouvernement Charest s'apprête à diluer la promesse libérale de consacrer 2,2 milliards de dollars de plus à la santé dans le budget 2004-05. Pour arriver au montant promis, il faudra tenir compte de l'investissement exceptionnel de 1,3 milliard de cette année. La véritable hausse du budget de la santé l'an prochain pourrait donc ne pas dépasser le milliard de dollars.

C'est ce qu'a laissé savoir hier le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, au cours du point de presse qui a suivi une interpellation menée à l'Assemblée nationale par la porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Louise Harel.

Lors du dépôt du budget Séguin, le 30 mars, la population pourra voir combien d'argent les libéraux ont ajouté aux dépenses de santé «depuis notre arrivée au pouvoir», a précisé M. Couillard lorsqu'on l'a pressé de questions sur le respect de cette promesse contenue dans le programme électoral du PLQ en santé. C'est donc dire que la hausse promise de 2,2 milliards en un an est répartie sur deux ans. «On verra le discours du budget pour faire le calcul. Ça va être facile à faire, vous prendrez ce qu'on a ajouté en 2003-04, qui est à un niveau record. Il n'y a jamais un gouvernement qui a investi 7,2 % [de plus] en santé et 1,3 milliard. Vous verrez ce qu'on a pu ajouter en 2004-05 et vous en tirerez vos conclusions». a expliqué M. Couillard.

Cette nouvelle interprétation de cet engagement libéral s'impose en raison de «la situation budgétaire difficile» du gouvernement, a indiqué M. Couillard.

La diminution de la péréquation (2,3 milliards de moins par rapport à 2002-03, soit une baisse de

43 %) et l'impasse budgétaire laissée par le gouvernement précédent font mal.

Le ministre a souligné que la hausse de 7,2 % des dépenses de santé cette année tenait compte d'un rattrapage. «Le taux naturel du système de santé sur lequel tout le monde s'entend, c'est autour de 5 %», a-t-il dit. En 2003-04, le gouvernement a consacré 19,5 milliards à la santé. Pour maintenir le même niveau de services (pour couvrir la croissance des coûts de système spécifiques, dans le jargon des fonctionnaires), l'État doit ajouter un peu moins de un milliard de plus dans le prochain budget. Il semble que le gouvernement veuille s'en tenir là.

Il existe un écart de 1,5 % entre ce pourcentage de

5 % et le taux moyen de croissance des revenus de l'État, qui s'élève à 3,5 %, a rappelé le ministre. Pour combler cet écart, «ce n'est pas sorcier, la seule solution, c'est de trouver d'autres sources de financement», a dit M. Couillard, soit du côté du gouvernement fédéral, soit en revenus additionnels. Lors des forums régionaux de ce printemps, le ministre ouvrira la discussion sur la création d'une caisse-santé. Il n'a pas nié que son ministère avait entrepris des études à ce sujet.

Si le gouvernement s'engage dans des consultations publiques sur le financement de la santé, y compris la caisse-santé, il est improbable que la création d'une telle caisse fasse partie du prochain budget Séguin, comme le veulent certaines rumeurs. «Tirez-en les conclusions que vous pourrez», a dit M. Couillard.

À l'endroit du gouvernement fédéral, M. Couillard a déploré qu'Ottawa ne se soit pas engagé d'emblée à rendre récurrente la somme additionnelle de deux milliards, soit 472 millions pour le Québec, versée aux provinces cette année. Il faut que le gouvernement fédéral fasse de la santé sa priorité et s'engage «sur la voie de la pérennité et de la stabilité du financement», a exhorté le ministre. «Il n'est pas normal qu'une organisation qui est une sorte d'actionnaire minoritaire à 16 % [la part du financement de la santé assumée par Ottawa] s'arroge un droit de contrôle et de vérification des systèmes de santé au Canada alors qu'elle ne s'engage pas fermement dans le soutien du financement.»

Philippe Couillard réprouve toute incursion du gouvernement fédéral dans les soins à domicile. Selon le Globe and Mail, le premier budget de Ralph Goodale réserverait 500 millions à un programme de soins à domicile et de santé publique. Il n'est pas question de laisser Ottawa dicter quoi que ce soit dans les services de soins à domicile, a affirmé le ministre.

En revanche, Ottawa a un rôle à jouer en santé publique au regard des épidémies et des pandémies. «Les virus ne connaissent pas les frontières et les "juridictions"», a-t-il fait observer. Le Québec et la Colombie-Britannique sont les deux seules provinces a avoir des systèmes de santé publique «bien organisés», qu'Ottawa ne doit pas dédoubler, a toutefois prévenu M. Couillard.

Du côté de l'opposition officielle, on a fait l'inventaire des promesses libérales qui «brillent par leur absence», notamment les services 24 heures sur 24, sept jours sur sept, l'élimination des listes d'attente, remplacée par la notion de lutte contre «l'attente exagérée», et la gratuité des médicaments pour les assistés sociaux et les aînés. Citant un sondage récent, Louise Harel a signalé que deux Québécois sur trois se disent insatisfaits du gouvernement Charest en matière de services de santé.

Si le gouvernement se limite à la seule augmentation des coûts de système d'environ 5 % dans le prochain budget, il n'y aura pas un seul patient de plus qui sera traité par rapport à cette année, a rappelé Mme Harel.






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  • Bibiane Beauregard
    Abonnée
    jeudi 25 mars 2004 10h07
    Un budget tape-à-l'oeil?
    « Le ou les milliards annoncés réussissent à coup sûr à éblouir la simple citoyenne que je suis. Toutefois, quand le médecin à l' urgence m' a annoncé, en acceptant de renouveller ma prescription... qu' il me faudrait attendre six mois ou plus avant d' envisager la possibilité d' espérer avoir un médecin de famille, j' ai déchanté.

    N' ayez pas le malheur de déménager "en région". Les médecins de familles sont introuvables et les médecins à l' urgence ne peuvent rien à notre désarroi. Quant aux cliniques médicales, elles sont remplies à pleine capacité et les médecins n' acceptent pas de nouveaux patients.

    Sans parler des listes d' attente pour des interventions chirurgicales majeures, n' en dites pas plus, la cour est pleine.

    En dépit de toutes ces lacunes, le personnel médical continue de prodiguer des soins avec une générosité et une humanité sans bornes. Vous avez toute mon admiration! »

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