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    Course à la chefferie

    Les deux solitudes du NPD

    Robert Dutrisac
    13 juillet 2017 |Robert Dutrisac | Canada | Éditoriaux

    Nombre de militants québécois du Nouveau Parti démocratique tremblent à l’idée que Jagmeet Singh, un sikh pratiquant qui s’affiche ostensiblement comme tel, puisse devenir chef du parti. Ils craignent que sa foi, inspirant certaines de ses prises de position, n’anéantisse ses chances auprès des électeurs québécois qui chérissent la laïcité. Chez les néodémocrates du reste du Canada, ces inquiétudes sont perçues comme une manifestation d’intolérance, voire de racisme.


    Après le retrait du candidat Peter Julian, Jagmeet Singh est un des deux favoris avec Charlie Angus dans la course à la chefferie du NPD. Député à Queen’s Park, M. Singh jouit d’une popularité certaine dans la grande région de Toronto, où il représente la classe urbaine dite branchée. Avec ses forts appuis en Ontario, de même qu’en Colombie-Britannique, le candidat a le vent dans les voiles. Et il possède un avantage indéniable sur Charlie Angus : il parle un excellent français.

     

    Aux yeux de plusieurs militants néodémocrates au Québec, les électeurs québécois hésiteront à appuyer un chef qui affiche de façon ostensible sa foi en arborant un turban, un chef dont les prises de position seraient dictées par sa religion.

     

    À titre de député ontarien, Jagmeet Singh a présenté un projet de loi pour dispenser les sikhs coiffés d’un turban de l’obligation de porter un casque en moto. En outre, l’élu, au grand dam de ses collègues néodémocrates, a émis des réserves sur le contenu du nouveau cours d’éducation sexuelle que contestent des communautés religieuses en Ontario.

     

    Le Manitoba et la Colombie-Britannique permettent déjà aux sikhs enturbannés de circuler en moto sans casque. Nul besoin d’un sondage pour savoir qu’au Québec une telle exemption serait mal reçue ; aucun parlementaire à l’Assemblée nationale n’a d’ailleurs évoqué l’octroi d’un tel accommodement religieux.

     

    S’il est élu et qu’il visite des chantiers au Québec, Jagmeet Singh aura sans doute maille à partir avec la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST). En février dernier, l’entrepreneur général Pomerleau a reçu un avertissement de la CNESST pour avoir laissé le ministre de la Défense, le sikh Harjit Sajjan, se promener sans casque sur le chantier du manège militaire à Québec.

     

    De même, Jagmeet Singh ne peut pas franchir les portes du parlement de Québec à moins de laisser son kirpan au vestiaire. En 2011, invoquant des motifs de sécurité, l’Assemblée nationale avait interdit l’accès au parlement à des sikhs, qui devaient présenter un mémoire relatif au projet de loi 94 sur les accommodements raisonnables, et qui avaient refusé de se départir de leur poignard cérémonial. Le Québec fait bande à part : la Chambre des communes, et d’autres législatures au pays, accueillent les élus et visiteurs munis d’un kirpan. Son port est d’ailleurs autorisé dans les ambassades depuis 2014.

     

    Les néodémocrates québécois, au premier chef les députés qui ont perdu leur siège, gardent un souvenir amer de la sortie de Thomas Mulcair, qui en campagne électorale a défendu le droit d’une femme de porter le niqab lors de sa cérémonie de citoyenneté.

     

    D’une manière générale, les Québécois, qui, pendant des siècles de survivance, ont connu le joug de l’Église catholique, voient d’un mauvais oeil ce qu’ils peuvent percevoir comme un retour de la religion dans les affaires de la cité. Ils sont « réticents » à l’égard de l’intrusion de la foi religieuse en politique, indique une source néodémocrate citée par Le Devoir, qu’il s’agisse d’un sikh ou d’un évangéliste créationniste.

     

    En témoignent les tiraillements au sein du NPD, les Québécois ne sont pas sur la même page que les Canadiens en matière de laïcité, une notion d’ailleurs intraduisible en anglais.

     

    À cet égard, les aspirations d’une majorité de Québécois sont contrecarrées par la Charte canadienne des droits, dont le préambule énonce la « primauté de Dieu », ou du moins par l’interprétation que l’on en donne. Elles le sont également par le gouvernement Couillard, qui dans sa volonté de « recanadianiser » les Québécois rejette la laïcité.

     

    Il ne s’agit pas de racisme : race n’est pas religion. Et nous pouvons avancer qu’il ne s’agit pas non plus d’intolérance, mais bien d’une aspiration légitime de distinguer religion et politique. Au pays, comme au sein du NPD, il existe à ce sujet deux solitudes. Dont l’une est plus seule que l’autre.













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