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    Un chef du NPD élu sans le Québec?

    Plusieurs sont perplexes à la suite du retrait de la course de Peter Julian

    7 juillet 2017 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    <p>Peter Julian avait été le premier à se lancer dans la course à la direction en février.</p>
    Photo: Graham Hughes Archives La Presse canadienne

    Peter Julian avait été le premier à se lancer dans la course à la direction en février.

    Il était le chouchou du caucus québécois, mais Peter Julian jette l’éponge. Le député de Colombie-Britannique ne tentera pas de succéder à Thomas Mulcair à la tête du Nouveau Parti démocratique (NPD), ce qui en amène plusieurs à se demander quelle place sera faite au Québec dans cette course à la chefferie.

     

    Le désistement s’explique semble-t-il en un mot : l’argent. « Les militants s’expriment de plusieurs façons différentes. Une de ces façons de s’exprimer est par les dons et le financement. Malheureusement, pour le deuxième trimestre, le niveau de financement était inadéquat pour continuer la campagne », a expliqué M. Julian en conférence de presse. En huit mois de campagne, il n’avait amassé que 80 000 $. « C’est très bon pour une circonscription […], mais pour une campagne nationale, ça prend plus », a-t-il laissé tomber.

     

    M. Julian a indiqué qu’il se devait d’être « honnête avec [lui]-même ». « Le risque pour mes finances personnelles était trop élevé. Le cimetière est rempli de politiciens qui ont investi leur argent personnel parce qu’ils pensaient qu’ils pourraient renverser la vapeur et qui payent encore d’importantes dettes. »

     

    Les quatre autres candidats de la course ont refusé de dévoiler leurs chiffres (qui seront rendus publics dans un mois). En date du 31 mars dernier, Charlie Angus avait amassé 110 765 $, Niki Ashton 65 521 $ et Guy Caron 57 235 $. Les deux derniers totaux incluent chacun un montant de 25 000 $ que les candidats se sont versés à eux-mêmes. Les chiffres de Jagmeet Singh ne sont pas connus, car il est entré dans la course après le 31 mars. Certains susurrent qu’il aurait fait un tabac et qu’il aurait pris la tête de ce palmarès financier.

     

    Peter Julian était celui des cinq candidats dans la course qui avait récolté le plus grand nombre d’appuis au sein du caucus. Cinq députés du Québec l’avaient soutenu, soit Alexandre Boulerice, Pierre-Luc Dusseault, Robert Aubin, Brigitte Sansoucy et François Choquette. Cinq anciens élus du Québec avaient fait de même. En coulisses, plusieurs Québécois bien branchés au NPD s’interrogent sur ce que ce revirement signifie pour l’influence du Québec au sein du parti.

     

    Un ancien député confie au Devoir qu’il « a peur » que le prochain chef puisse être choisi sans un apport significatif du Québec. Contrairement au Parti conservateur, qui a recours à une pondération géographique, le NPD élit son chef en vertu du principe d’un membre, un vote. Or, le Québec ne compte qu’environ 2000 détenteurs d’une carte de membre du NPD sur un total estimé de 50 000, soit 4 %. « Il faut que le prochain chef puisse prétendre avoir des soutiens partout au Canada, ce qui inclut le Québec », explique cet ancien élu.

     

    La Colombie-Britannique compte pour sa part environ 15 000 membres et abrite une importante communauté sikhe susceptible d’appuyer M. Singh. La crainte de plusieurs Québécois interrogés se focalise sur le turban et le kirpan que porte Jagmeet Singh, considéré comme l’étoile montante de cette course. Ils s’interrogent à propos de l’élection de 2019. Dans un Québec qui a songé à interdire le port de signes religieux dans la fonction publique et qui a tourné le dos au NPD en 2015 parce que Thomas Mulcair a défendu le port du niqab lors des cérémonies de citoyenneté, les électeurs appuieraient-ils un aspirant premier ministre qui affiche de façon aussi ostentatoire ses convictions religieuses ?

     

    « C’est au minimum une incertitude », indique un ex-travailleur parlementaire. Un autre est plus catégorique. « Quand Jean-François Lisée a renoncé à devenir chef du Parti québécois la première fois, il avait dit : “Les membres du PQ veulent leur moment Péladeau.” Peut-être que nos membres veulent leur moment Singh. » Le sarcasme — car le passage de PKP à la tête du PQ aura été tout sauf un succès retentissant — est intentionnel. « La bibitte NPD et celle du PQ sont semblables. Ce sont des partis d’idées, pas nécessairement de pouvoir. » Il se pourrait, continue cette personne, que les militants se donnent un chef qui leur fait plaisir sans se soucier de savoir si ce chef fera plaisir à l’électorat.

     

    Cette analyse est partagée par une quatrième source, qui rappelle que, si le Québec ne fournit que 4 % de ses membres au NPD, il lui a donné en 2015 le tiers de sa députation (16 sur 44). Le Québec, insiste cette personne, doit faire partie de l’équation si le NPD aspire à former le gouvernement en 2019.

     

    Karl Bélanger, un ancien proche conseiller de Jack Layton, a écrit dans L’Actualité un billet mettant en garde contre les périls qui attendent M. Singh en terre québécoise. Mais il note que sa campagne a diffusé une vidéo dans laquelle on le voit plaçant son turban tandis qu’il explique avoir appris le français en solidarité pour la minorité linguistique québécoise autrefois bafouée. « Il y a une tentative de la campagne de répondre à ces questions », note-t-il en entrevue.













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