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    150 ans plus tard…

    Le Canada reste un compromis inachevé

    Brian Myles
    1 juillet 2017 |Brian Myles | Canada | Éditoriaux

    C’est aujourd’hui qu’il faut lancer un « bonne fête » bien senti au Canada, un pays jeune de ses 150 ans…


    Que de couleuvres faut-il avaler pour célébrer dans l’honneur et l’enthousiasme le 150e anniversaire de fondation du Canada. En 1867, les Pères de la Confédération n’ont pas accouché d’un pays, mais d’un projet politique de compromis faisant du Canada un État binational.

     

    Aussi vrai que Rome a précédé l’Italie, le Canada est né bien avant, sur les berges du Saint-Laurent, en 1608, avec l’établissement de la première colonie permanente par Samuel de Champlain, à Québec.

     

    Ce « Canada 150 » est un bel anachronisme, une occasion de réécrire l’histoire pour un gouvernement libéral épris de nation building sur le socle du multiculturalisme. Il est assez ironique de fêter le 150e anniversaire du Canada en même temps que le 409e anniversaire de Québec, ou encore le 225e anniversaire du Parlement du Bas-Canada, souligné à l’Assemblée nationale, mais passons.

     

    L’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 reconnaissait la nationalité canadienne-française, « distincte et séparée », pour citer George-Étienne Cartier, un des pères de la Confédération. Il voyait dans cette entente l’émergence « d’un État dans l’État, avec la pleine jouissance de nos droits, la reconnaissance formelle de notre indépendance nationale ».

     

    Cette pièce maîtresse est cruellement absente de l’ensemble canadien contemporain, comme en témoigne l’enterrement de première classe réservé par le premier ministre Justin Trudeau à la politique d’affirmation du Québec et de relations canadiennes (Québécois. Notre façon d’être Canadiens), rendue publique par le gouvernement Couillard à quelques semaines des célébrations du 150e. « Au Québec, on adhère toujours à l’idée que le Canada est le fruit d’un compromis fédératif visant à préserver la spécificité de la Nation québécoise, alors que le reste du Canada s’éloigne graduellement de cette perspective », constate avec lucidité cette politique. Ce document, un cours d’histoire en accéléré, rappelle la nation québécoise au souvenir de sa ténacité dans l’affirmation de son identité propre et dans la poursuite d’une trajectoire singulière, en français, dans l’ensemble nord-américain.

     

    Soyons honnêtes. C’est l’esprit du rapatriement unilatéral de la Constitution de 1982 sans l’accord du Québec, par Trudeau père, que nous célébrons aujourd’hui. Ce 150e anniversaire aurait pu servir de prétexte pour relancer les discussions sur la modernisation de la Confédération. Il mène au contraire à la sacralisation de la politique du verrou constitutionnel qui brime non seulement les aspirations de la nation québécoise, mais aussi celles des Premières Nations et des francophones hors Québec, complètement évacués de l’Acte de 1867.

     

    Le Canada n’est pas le goulag, pour paraphraser René Lévesque. Dans la longue marche de l’histoire, en alternant entre un pas de côté, un pas en avant, le Québec a amélioré son sort dans la Confédération.

     

    Des revendications traditionnelles affirmées dans l’accord du lac Meech ont trouvé leur application en tout ou en partie : reconnaissance du Québec comme une société distincte par la Cour suprême, reconnaissance de la nation québécoise par la Chambre des communes, présence de trois juges du Québec à la Cour suprême (quoiqu’il n’y ait pas de mécanisme de participation officielle du gouvernement du Québec dans la nomination), entente bilatérale sur l’immigration et retrait avec compensation financière de programmes fédéraux (formation de la main-d’oeuvre et congés parentaux).

     

    Ces gains ne changent rien au sentiment d’exil intérieur de ceux et celles qui auraient souhaité que la Constitution reflète les préoccupations et les aspirations du Québec en matière de langue, de culture et d’institutions distinctes.

     

    Puisqu’il n’y a plus d’appétit pour le débat constitutionnel, même au sein de la population québécoise, et puisque la menace de la souveraineté ne trouble plus la quiétude du reste du Canada, les perspectives de réforme sont hélas très minces.

     

    Le Canada n’est ni le goulag ni le meilleur pays au monde. Il s’agit d’un compromis politique inachevé, de moins en moins réformable avec le passage du temps, au sein duquel les batailles au cas pas cas se substituent à une vision d’avenir.













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