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Paul Martin promet de gouverner en toute honnêteté

Robert Dutrisac   18 mars 2004  Canada
Paul Martin est allé droit vers les 200 étudiants qui l’attendaient à l’Université de Montréal, où il prononçait un discours sur la francophonie. Les manifestants voulaient lui rappeler l’importance d’investir en éducation à moins d’un
Photo : Jacques Nadeau
Paul Martin est allé droit vers les 200 étudiants qui l’attendaient à l’Université de Montréal, où il prononçait un discours sur la francophonie. Les manifestants voulaient lui rappeler l’importance d’investir en éducation à moins d’un
Paul Martin a voulu prononcer un discours important, hier, destiné aux Québécois. Avec lui, le gouvernement fédéral ne sera jamais plus le même: fini le gaspillage, fini le copinage. Bref, Martin n'est pas Chrétien.

Québec — Le premier ministre Paul Martin a promis, hier, de mettre fin «rapidement et pour toujours» au gaspillage et au copinage qui caractérisent le gouvernement à Ottawa depuis des décennies.

Devant les membres de la Chambre de commerce de Québec et des militants libéraux, Paul Martin a prononcé un discours, en français pour l'essentiel, portant presque totalement sur le scandale des commandites et sur le changement de culture qu'il préconise. «Je suis sûr que nous sommes à un point tournant. Le gouvernement ne sera plus jamais pareil», a déclaré le premier ministre.

Paul Martin s'est engagé à procéder à «un changement de culture au gouvernement, où nous avons enclenché une lutte sans merci contre le gaspillage et la mauvaise gestion, et où nous mettrons fin au copinage».

Prenant soin de prendre ses distances du gouvernement libéral de son prédécesseur Jean Chrétien, Paul Martin a rappelé que deux options s'offraient à son gouvernement à la suite du rapport de la vérificatrice générale sur les commandites. «Nous aurions pu balayer tout ça sous le tapis et faire comme si de rien n'était. C'est une approche politique que les gens connaissent», a-t-il dit en évoquant la manière Chrétien. Pas une fois dans son discours M. Martin n'a prononcé le mot «libéral».

En conférence de presse, M. Martin a souligné que le copinage était un système érigé depuis des décennies. Il a promis d'y mettre fin: les nominations se feront au mérite et en fonction de la compétence. Au sujet de ce paradis du copinage que représente le Sénat, M. Martin se dit ouvert à y mettre un terme. Mais il préconise une véritable réforme du Sénat et non pas seulement un changement du mode de nomination des sénateurs par le premier ministre.

En ce qui a trait au témoignage que doit livrer aujourd'hui Alfonso Gagliano devant le comité des Comptes publics, M. Martin a indiqué qu'il ne savait pas l'impact que l'exercice aura sur son gouvernement. L'important, c'est qu'on connaisse les faits, a-t-il dit. Il reste encore des témoignages à entendre avant que la population puisse prendre une décision électorale éclairée, estime M. Martin.

Ce discours à Québec se voulait majeur. Au Québec, le scandale des commandites a permis au Bloc québécois de devancer le Parti libéral de 15 % dans les intentions de vote, un renversement de situation. Alors que dans le reste du Canada le Parti libéral semble vouloir reprendre du poil de la bête, rien ne semble vouloir bouger au Québec. Compte tenu de l'importance de l'événement aux yeux de l'entourage du premier ministre, son secrétaire principal Francis Fox et le communicateur André Morrow accompagnaient le premier ministre.

Dans son discours, Paul Martin a annoncé qu'il déposera lundi prochain, soit plus tôt que prévu, un projet de loi pour protéger les dénonciateurs (whisleblowers) au sein du gouvernement et des sociétés d'État. Quand on lui a demandé pourquoi il n'avait pas agi lui-même comme dénonciateur au sein du gouvernement Chrétien, M. Martin a signalé un discours qu'il a fait il y a un peu moins de deux ans.

Paul Martin a énuméré une série de mesures qu'il a prises depuis sa nomination comme premier ministre afin de changer «la façon dont les choses se font à Ottawa», selon son expression. «Au cours des dernières décennies, le bureau du premier ministre était devenu trop puissant», a-t-il dit. La majorité des votes au Parlement seront des votes libres (en tenant compte, toutefois, des votes sur des motions de l'opposition qui ne portent pas à conséquence). Les parlementaires auront leur mot à dire sur les nominations au gouvernement, y compris à la Cour suprême, a souligné M. Martin, bien que, et cela semble contradictoire, «le seul critère de sélection sera la compétence et non pas le fait que vous étiez un ami du gouvernement».

Par ailleurs, alors que l'Assemblée nationale a adopté, hier, une motion unanime sur le déséquilibre fiscal pour obtenir une amélioration dès le prochain budget fédéral, Paul Martin est resté ferme: il n'y aura pas plus d'argent pour les provinces que les deux milliards déjà promis. Pour le reste, il faudra attendre la rencontre des premiers ministres sur la santé cet été.






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