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    Pour faire face à la montée du populisme

    Le monde politique doit s’occuper des laissés-pour-compte, et non plus leur mentir, argue Kofi Annan

    17 mai 2017 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    L'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan accorde une entrevue à l'Associated Press le 8 mai dernier.
    Photo: Richard Drew Associated Press L'ancien secrétaire général de l'ONU Kofi Annan accorde une entrevue à l'Associated Press le 8 mai dernier.

    La montée du populisme sur la planète complique la tâche des défenseurs du pluralisme comme le Nobel de la paix Kofi Annan. Mais les politiciens doivent en prendre acte et répondre aux préoccupations des citoyens qui se sentent laissés pour compte, autrement le phénomène continuera de prendre de l’ampleur, prévenait mardi M. Annan, de passage à Ottawa.

     

    L’ancien secrétaire général des Nations unies était dans la capitale fédérale pour participer à la cérémonie d’ouverture du Centre mondial du pluralisme, fondé par l’Aga Khan et le gouvernement canadien.

     

    « Le populisme rend le travail de ceux qui font la promotion du pluralisme un peu plus compliqué. Parce que les populistes se sont retournés sur eux-mêmes et analysent les enjeux en se demandant ce qu’il y a à en tirer pour eux », convenait Kofi Annan mardi, en entrevue avec un petit groupe de médias, dont Le Devoir. Les citoyens du monde qui se sentent lésés par leur gouvernement ou leur société en viennent à ne se préoccuper que des enjeux qui les touchent directement. « Quand les gens se sentent menacés, ils se recentrent sur leur propre communauté, leur propre petit groupe. »


    Pressentiment

     

    Or, ce constat et la montée du populisme dans le monde, Kofi Annan les avait pourtant pressentis il y a vingt ans, lors d’un sommet du Forum économique de Davos.

     

    Kofi Annan avait prévenu l’assemblée que la mondialisation avait ses avantages — « une force positive au développement » sortant des millions de personnes de la pauvreté —, mais que ces bénéfices n’étaient pas répartis équitablement. Un problème qu’il fallait pallier, avait-il alors fait valoir, autrement « tous les “ismes” vont revenir ».

    Quand les gens se sentent menacés, ils se recentrent sur leur propre communauté, leur propre petit groupe
    Kofi Annan, ancien secrétaire général des Nations unies
     

    « C’était en 1999. Et nous y voilà aujourd’hui. Nous sommes aux prises avec ce phénomène. »

     

    Plutôt que de faire croire aux citoyens mécontents qu’ils retrouveront leur emploi relocalisé au Mexique ou en Chine, les dirigeants politiques devraient avoir « le courage » de leur avouer qu’ils devront se recycler. Et les aider à le faire.

     

    « Quand vous ne faites pas ça, et que vous leur mentez, je m’inquiète de voir ce qui se produira la prochaine fois lorsqu’ils réaliseront qu’ils ont été dupés. Vont-ils descendre dans les rues ? Que vont-ils faire ? »

     

    Une menace américaine

     

    Le Centre mondial du pluralisme, un organisme indépendant, a été créé en 2011. Six ans plus tard, le monde a changé, bouleversé par la montée du populisme tant en Europe qu’aux États-Unis. Son conseil d’administration en est bien conscient.

     

    « Nous devons garder un oeil très attentif non seulement sur les pays qui ont un passé d’instabilités politiques, mais aussi sur des endroits comme les États-Unis où l’État de droit est bafoué par le président. Il est terrifiant de voir ça aller, au quotidien », s’est inquiétée l’ancienne gouverneure générale Adrienne Clarkson, qui siège elle aussi au conseil d’administration de l’organisme.

     

    Le pluralisme est en outre la source de bien des maux dans le monde, y compris au Moyen-Orient, où la crise qui secoue la Syrie et l’Irak en est une causée par un refus du pluralisme, a déploré à son tour Marwan Muasher, ancien premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la Jordanie.

     

    Le Centre mondial du pluralisme souhaite s’inspirer de ses études et de l’expertise de ses directeurs pour conseiller des organismes internationaux et la société civile dans divers pays.

     

    Ses représentants sont bien conscients que le défi peut être de taille.

     

    Notamment à l’ère des médias sociaux, qui permettent de joindre des millions de personnes, mais qui « homogénéisent la superficialité », alors que pour comprendre les bienfaits du pluralisme il faut du temps, des échanges, et le partage d’expériences, note Eduardo Stein, ancien vice-président et ex-ministre des Affaires étrangères du Guatemala.

     

    L’organisme a choisi de s’installer au Canada parce que le multiculturalisme y fonctionne, a fait valoir M. Stein, en notant que 20 % de la population canadienne est composée d’immigrants de première génération.

     

    « Et vous n’entendez pas, dans les médias internationaux, que le Canada est constamment en crise politique. Alors il doit y avoir quelque chose que vous faites comme il le faut. »













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