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    Idées

    Le retour manqué du Canada?

    3 mai 2017 | Bruno Charbonneau - Professeur agrégé de science politique à l’Université Laurentienne et directeur du Centre FrancoPaix de la Chaire Raoul-Dandurand à l’UQAM | Canada
    Un Casque bleu déployé au Mali. Selon l'auteur, c'est dans ce pays africain que le Canada devrait opérer son retour au sein de ces missions de l'ONU. 
    Photo: Souleymane Ag Anara Agence France-Presse Un Casque bleu déployé au Mali. Selon l'auteur, c'est dans ce pays africain que le Canada devrait opérer son retour au sein de ces missions de l'ONU. 

    La victoire du Parti libéral du Canada aux dernières élections fédérales est venue avec un slogan percutant : « Le Canada est de retour » ! S’il n’est toujours pas clair d’où le Canada revenait, la valeur symbolique et les visées électoralistes de la formule sont sans équivoques.

     

    Le gouvernement de Justin Trudeau visait à se distinguer de la politique étrangère de Stephen Harper. Ce dernier avait critiqué « l’internationalisme libéral » et développé la version canadienne d’un « néoconservatisme » moral où le bien et le mal s’opposent sur la scène internationale.

     

    Ainsi, pour les libéraux, le « retour du Canada » signifie la fin de l’interlude conservatrice et le retour de la tradition internationaliste libérale, elle-même associée à un imaginaire du Canada en tant que puissance moyenne et « bon citoyen » du monde.

     

    Dans cette vision du rôle du Canada, l’Organisation des Nations unies représente le coeur de l’approche libérale, et les opérations de maintien de la paix une contribution canadienne importante. Le gouvernement Trudeau a ainsi promis un réengagement des Casques bleus canadiens dans les missions onusiennes, notamment dans le but inavoué d’obtenir un siège au Conseil de sécurité que son prédécesseur n’avait pas su remporter en 2010.

     

    Aujourd’hui, on peut se demander si le Canada n’a pas raté son retour.

     

    Le cas du Mali

     

    En 2016, il fallait choisir une mission. Tout indiquait, et tout indique toujours, que le Mali était l’endroit désigné. Les analystes du gouvernement fédéral, les universitaires et les experts s’entendent très largement sur la question.

     

    La mission de l’ONU au Mali (la MINUSMA) est en expansion. Plusieurs de ses troupes sont mal équipées et formées et souffrent d’un manque de mobilité. Elle fonctionne dans un environnement instable où des attaques terroristes sont fréquentes, bien que visant rarement la MINUSMA, à l’exception des engins explosifs improvisés. Elle a un mandat robuste de stabilisation. Elle fonctionne en parallèle avec un dispositif contre-terroriste français au Sahel, l’opération Barkhane.

     

    Bref, du point de vue militaire, la contribution canadienne aurait un impact immédiat sur la situation sécuritaire, de par les capacités et l’expérience de son armée. À moyen terme, un effet sur le processus de paix est fort plausible, surtout si le Canada avait obtenu le commandement de la mission comme plusieurs le prévoyaient.

     

    De plus, la mission au Mali représente de multiples avantages diplomatiques pour le Canada, car elle permet de jouer sur plusieurs tableaux. L’ONU manque toujours de troupes de qualité. Une participation canadienne plaisait aux partenaires africains (dont le Mali), qui perçoivent le Canada comme un pays respectueux et largement impartial. Les alliés européens engagés au Mali applaudissaient un appui canadien à leurs efforts. Les Français et les Américains y voyaient aussi une contribution significative aux efforts contre-terroristes au Sahel.

     

    Rendez-vous manqué ?

     

    Après plus d’un an d’analyses sur les options de mission, Ottawa a — pour l’instant — déçu tout ce monde en ne prenant aucune décision.

     

    En plus des promesses faites, l’armée canadienne a déployé plusieurs missions de reconnaissance en Afrique pendant l’été et l’automne 2016, surtout au Mali. Les ministres Dion et Sajjan y ont fait plusieurs visites. Une enveloppe budgétaire de 450 millions a été votée pour le programme de promotion de la paix et la stabilisation. Les dossiers et les recommandations pour un déploiement ont été déposés au bureau du premier ministre en octobre dernier.

     

    Tout était prêt. Seul le choix de la mission devait être fait.

     

    Certains diront qu’il s’agit de « l’effet Trump », mais la décision aurait pu être prise bien avant l’élection américaine, sans compter que le nouveau président ne s’est pas opposé à une contribution canadienne au Mali, bien au contraire.

     

    Le commandement de la MINUSMA aurait sans doute été offert à un officier des forces canadiennes, dit-on à New York, mais puisqu’on ne pouvait plus attendre, on l’a trouvé ailleurs. Certains pays européens attendaient la décision canadienne avant de revoir leurs propres déploiements au Mali. À Bamako, Paris et New York, je n’ai pu que constater les déceptions causées par des promesses non tenues.

     

    Il n’est pas impossible, bien entendu, que le gouvernement Trudeau fasse une annonce dans les prochains mois. Il le faudrait, car le Canada doit accueillir la prochaine conférence internationale ministérielle sur le maintien de la paix, à l’automne 2017, à la suite de celle tenue à Londres en novembre dernier. Pour le Canada, la question en est une de crédibilité internationale.

    La Chaire Raoul-Dandurand à l’UQAM tiendra un colloque sur les conflits ouest-africains les 4 et 5 mai.













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