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    Tenez promesse, dit Malala aux élus canadiens

    L’éducation des filles est un droit partout, rappelle la jeune Nobel de la paix

    13 avril 2017 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Justin Trudeau remet l’unifolié à Malala Yousafzai, citoyenne honorifique du Canada.
    Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Justin Trudeau remet l’unifolié à Malala Yousafzai, citoyenne honorifique du Canada.

    Les larmes ont côtoyé les rires au Parlement fédéral mercredi. La jeune Malala Yousafzai y a livré un discours poignant en venant recevoir sa citoyenneté honorifique à Ottawa, appelant le Canada à montrer l’exemple en faisant de l’éducation des jeunes filles dans le monde une priorité. Un plaidoyer émotif qui a inspiré députés, adjoints politiques et étudiants qui s’étaient réunis pour entendre la lauréate d’un Nobel de la paix.

         

    « Je sais que les politiciens ne peuvent pas tenir toutes leurs promesses. Mais celle-ci, c’est celle vous devez honorer », a-t-elle lancé au parterre d’élus canadiens en leur rappelant que le droit à l’éducation pour tous figure parmi les objectifs de développement durable de l’ONU qu’a appuyés le Canada. Or, 130 millions de filles n’ont toujours pas accès aux bancs d’école dans le monde, a-t-elle noté. Le Canada devrait faire de ce dossier sa priorité lorsqu’il héritera de la présidence du G7 l’an prochain, et récolter les fonds nécessaires parmi ses alliés. La veille, la ministre du Développement international, Marie-Claude Bibeau, promettait des nouvelles à ce sujet lors de ses « prochaines annonces ».

     

    « Je sais que, si le Canada mène le bal, le monde lui emboîtera le pas », a insisté Malala. « Laissons la prochaine génération dire que nous avons été ceux qui se sont tenus debout. Laissons-les dire que nous avons été les premiers à vivre dans un monde où toutes les filles peuvent apprendre et être des leaders, sans avoir peur », a-t-elle lancé, accueillie par une énième ovation. Malala a même invité les convives à faire preuve de retenue, les prévenant que son discours était long et qu’ils allaient rapidement se fatiguer.

     

    Voyez l’allocution de Malala à la Chambre des communes.

     

     

    La militante de 19 ans avait aussi un message pour les jeunes Canadiennes : qu’elles posent elles aussi des gestes au quotidien, si petits soient-ils, en récoltant des fonds, en défendant une amie ou en contestant les prises de position d’un adulte. « La prochaine fois que je serai de passage, j’espère voir davantage d’entre vous remplir ces banquettes au Parlement. » Car Justin Trudeau a beau faire partie des leaders les plus jeunes sur la scène internationale, « vous n’avez pas besoin d’être aussi vieux que le premier ministre pour être un leader ! » a-t-elle blagué.

     

    Les Américains n’étaient pas en reste. « Je prie pour que vous continuiez d’ouvrir vos demeures et vos coeurs aux familles et aux enfants les plus vulnérables de la planète — et je prie pour que vos voisins suivent votre exemple », a argué Mlle Yousafzai.

     

    Malala a quitté le Pakistan après avoir survécu aux balles des talibans, en 2012, lorsqu’elle n’avait que 15 ans. Ses plaidoyers en faveur de l’accès des filles à l’éducation dérangeaient. Les menaces de mort avaient finalement été mises à exécution, mais elle a survécu à l’attentat. Deux ans plus tard, elle se voyait remettre le prix Nobel de la paix. Mercredi, elle est devenue la sixième — et plus jeune — détentrice d’une citoyenneté canadienne honorifique.

     

    Le premier ministre Trudeau s’est rappelé l’histoire de cette « fille téméraire, courageuse de la vallée de Swat qui a tenu tête aux talibans ; une militante engagée de 12 ans, intelligente, qui inspirait d’autres enfants à se faire entendre et donner l’exemple ; une fille dont le plus grand souhait était d’aller à l’école ; une fille qui a refusé d’être muselée ». Et à la suite de l’attaque qui a failli lui coûter la vie, « on s’est rappelé qu’une balle de fusil ne fera jamais le poids face à une idée », lui a lancé M. Trudeau.

     

    Malala attendait sa citoyenneté honorifique depuis trois ans. L’ancien premier ministre Stephen Harper devait la lui remettre le 22 octobre 2014, mais une attaque terroriste au Parlement ce jour-là l’a forcé à annuler.

     

    « L’homme qui a attaqué la colline du Parlement se disait musulman, mais il ne partageait pas ma foi. Il ne partageait pas la foi d’un milliard et demi de musulmans qui vivent dans la paix », a-t-elle souligné. Cet homme partageait plutôt la haine de celui qui a attaqué la mosquée de Québec ou des civils à Londres le mois dernier. « La même haine que l’homme qui m’a tiré dessus et sur mes deux amies d’école. »

     

    Un récit difficile

     

    Malala Yousafzai aura aussi fait pleurer sa mère, en se remémorant les moments éprouvants de la famille au Pakistan. Lorsque sa mère mettait une échelle à l’arrière de la maison, au cas où ils auraient à fuir en pleine nuit ; la lecture d’un verset du Coran le soir pour protéger la famille et les proches ; la peur d’aller à l’école et d’en payer le prix, cachant du coup ses livres sous son voile pour ne pas être repérée. Très émue, sa mère essuyait ses larmes. Plusieurs députés aussi.

     

    La jeune femme a également souligné, lors d’un événement en matinée, le rôle important que peuvent jouer les hommes dans la vie des femmes. Comme son père, qui lui a permis d’aller à l’école et de revendiquer ce droit, alors que ses concitoyennes, elles, ont été invitées, lorsqu’elles ont eu 13 ou 14 ans, à rester au foyer et ne plus montrer leur visage.

     

    Un souvenir partagé par la ministre Maryam Monsef, qui a quitté l’Afghanistan alors qu’elle était enfant avec sa mère et ses deux soeurs. Réfugiée, veuve, sa mère était désemparée avant d’immigrer au Canada et aurait très bien pu accepter la demande en mariage offerte pour sa fille Maryam, qui avait alors dix ans, s’est rappelée la ministre. « Mais ma mère avait été portée à croire profondément [grâce à son propre père, qui aurait voulu qu’elle devienne la première femme médecin de leur famille] qu’il y a davantage de choix et d’options pour les femmes que ce que l’on pense. »

     

    Le discours de Malala a aussi donné lieu à quelques moments cocasses, notamment lorsqu’elle s’est mise à louanger Justin Trudeau. « Les gens disent toujours à quel point il est jeune. Il fait du yoga. Il a des tatouages. […] Les gens étaient tellement excités que je rencontre le premier ministre Trudeau. Je pense que la citoyenneté honorifique n’intéressait personne », a-t-elle rigolé, devant son père, qui se cachait le visage, mal à l’aise.

     

    La jeune Pakistanaise a en outre fait remarquer au premier ministre et au ministre de la Citoyenneté, Ahmed Hussen, qui venait de lui remettre sa citoyenneté honorifique, qu’elle avait néanmoins encore besoin d’un visa pour entrer au Canada. Un autre échange qui a fait rigoler les Communes, et du coup apaisé brièvement l’atmosphère lourde d’émotion.

     

    Malala Yousafzai est l’un des rares dignitaires étrangers à avoir été invité à s’adresser au Parlement sans être chef d’État. Elle suit notamment l’Aga Khan, Kofi Annan et Nelson Mandela.













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