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    La lutte contre l’islamophobie tourne à la guerre des motions à Ottawa

    Le texte qu’opposent les conservateurs à celui des libéraux a une portée plus générale

    17 février 2017 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Dans les jours qui ont suivi l’attentat meurtrier à la grande mosquée de Québec, des citoyens de plusieurs villes au pays se sont réunis en différents lieux, comme ici devant le parlement fédéral à Ottawa, pour manifester leur soutien à la communauté musulmane et leur rejet de l’islamophobie. Depuis, les députés fédéraux se disputent sur l’adoption d’une motion — déposée avant le triste événement — condamnant justement l’islamophobie.
    Photo: Justin Tang La Presse canadienne Dans les jours qui ont suivi l’attentat meurtrier à la grande mosquée de Québec, des citoyens de plusieurs villes au pays se sont réunis en différents lieux, comme ici devant le parlement fédéral à Ottawa, pour manifester leur soutien à la communauté musulmane et leur rejet de l’islamophobie. Depuis, les députés fédéraux se disputent sur l’adoption d’une motion — déposée avant le triste événement — condamnant justement l’islamophobie.

    Les députés fédéraux ont continué à se déchirer jeudi sur la pertinence de dénoncer nommément l’islamophobie dans la foulée de l’attentat à la mosquée de Québec. Les conservateurs ont répliqué à la motion libérale, qu’ils contestent, par une motion de leur cru dénonçant toutes les discriminations religieuses. Les libéraux les accusent de tourner autour du pot.

     

    Ainsi, là où la motion de la libérale Iqra Khalid dit qu’il faut « endiguer le climat de haine et de peur qui s’installe dans la population », celle du conservateur David Anderson dit que le Canada « n’est pas à l’abri du climat de haine et de peur que peuvent entraîner des événements comme les récents actes » survenus à Québec. En d’autres mots, les libéraux estiment que la fusillade découle d’un climat toxique, alors que les conservateurs pensent que la fusillade crée ce climat.

     

    Surtout, la motion conservatrice évite d’utiliser le terme « islamophobie » en exhortant le Parlement à condamner « toutes formes de racisme systémique, d’intolérance religieuse et de discrimination à l’égard des musulmans, des juifs, des chrétiens, des sikhs, des hindous et des autres communautés religieuses ». Le reste est identique à la motion libérale.

     

    Qu’importe : les libéraux ont annoncé qu’ils voteront contre mardi prochain. « La motion conservatrice est une tentative cynique de servir des objectifs politiques et d’éviter de parler du vrai problème d’islamophobie, a déploré la ministre du Patrimoine, Mélanie Joly. On a une obligation : chaque fois qu’une communauté est ciblée, on doit le dénoncer. Chaque fois qu’on voit des gens [favoriser leurs intérêts] politiques sur le dos des communautés, on doit aussi le dénoncer. »

     

    Le débat à la Chambre des communes a donné lieu à des échanges musclés et substantiels. Le conservateur albertain Garnett Genuis a rappelé l’étymologie du mot « islamophobie » pour illustrer qu’il désigne la peur de l’islam, et non la peur des musulmans. « Je crois que la liberté religieuse est une liberté individuelle. Aussi, je m’inquiète d’une terminologie qui condamne l’antipathie ou la peur d’une doctrine plutôt que l’antipathie ou la peur d’individus, a expliqué M. Genuis. Une doctrine religieuse n’a pas de droits. Haïr une personne est mal, et lui faire subir de la discrimination est illégal, mais haïr une doctrine ou une idée, ou traiter différemment une idée, peut tout à fait être raisonnable et approprié. »

     

    Les conservateurs craignent qu’en dénonçant l’islamophobie, il devienne illégal à terme de critiquer certains aspects de l’islam. Ils se disent aussi mal à l’aise avec le fait de ne mentionner que l’islam.

     

    À cela, le libéral Randy Boissonnault a rétorqué que la motion adverse était « loin d’être exhaustive ». « Je n’y vois aucune référence aux Druzes, aux mormons, aux bouddhistes ou aux enseignements spirituels des peuples autochtones. Je ne vois pas en quoi isoler cinq religions est mieux que de mettre l’accent sur une seule. » M. Boissonnault trouve aussi « curieux » qu’aucun député conservateur n’ait exprimé de réserves similaires en février 2015, quand la Chambre des communes a appuyé une motion de l’ancien ministre Irwin Cotler offrant une « condamnation catégorique de l’antisémitisme ».

     

    Le débat a frôlé le dérapage lorsque le député libéral ontarien Omar Alghabra a insinué que Gérard Deltell avait une part de responsabilité dans l’attentat à la mosquée de Québec. « Je sais que le député [Deltell] condamne l’attaque à la mosquée, mais a-t-il pris le temps de réfléchir ? Il a été un invité prolifique des émissions de radio de Québec. A-t-il réfléchi aux mots qu’il a utilisés au cours des dernières années ? A-t-il accepté une part de responsabilité pour le type de rhétorique qui a eu cours là-bas ? » Notons que M. Alghabra ne parle pas français et ne peut avoir écouté lui-même les interventions dénoncées.

     

    Piqué, M. Deltell a rétorqué que « le député est sur une glace très mince » puisque « tout démontre que [le tireur] n’avait strictement aucun lien avec les émissions de radio dont il parle ». « La question est très tendancieuse ». « Que ce type-là ose dire des choses semblables sans même avoir vérifié ce que moi j’ai pu dire, je ne le prends pas », a ensuite déclaré M. Deltell aux journalistes.

     

    La chef du Parti vert, Elizabeth May, a dénoncé la tenue même de ce débat, qu’elle a qualifié de « lamentable ». La motion libérale n’ouvrirait pas la porte à la charia au Canada, a-t-elle illustré, pas plus qu’à sa face même, la motion conservatrice est dérangeante. Elle ne voit pas de raison de s’opposer à l’une ou l’autre, si ce n’est par calcul politique.

     

    La position est la même du côté du Nouveau Parti démocratique, qui appuie aussi les deux motions. « Je ne suis pas très fier de voir qu’on fait du millage partisan sur un sujet aussi dramatique et important », a lancé Pierre Nantel. Le Bloc québécois se dit quant à lui satisfait que la motion conservatrice ne dise pas qu’il existe déjà un climat de haine et de peur et votera donc pour.













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