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    Les hauts et les bas de l’amitié canado-américaine… au sommet

    13 février 2017 |Jean Dion | Canada
    Bill Clinton et Jean Chrétien entretenaient une relation cordiale, se réunissant pour jouer au golf à l’occasion. Sur cette photo, les dirigeants sur un parcours à Halifax après le sommet du G7 en 1995.
    Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Bill Clinton et Jean Chrétien entretenaient une relation cordiale, se réunissant pour jouer au golf à l’occasion. Sur cette photo, les dirigeants sur un parcours à Halifax après le sommet du G7 en 1995.

    La scène est passée à la postérité. Québec, 17 mars 1985, jour de la Saint-Patrick. Brian Mulroney, élu quelques mois plus tôt, reçoit Ronald Reagan, en poste depuis 1981. En soirée, les deux hommes se trouvent devant un parterre d’invités triés sur le volet à la Citadelle. Les caméras de télévision tournent. Accompagnés de leur épouse respective, Mila et Nancy, les deux hommes chantent une vieille chanson du répertoire irlandais, When Irish Eyes Are Smiling. Le tout est fait dans la bonne humeur. De toute évidence, le courant passe entre eux.

     

    Des années plus tard, des documents déclassifiés montreront à quel point la rencontre entre le premier ministre du Canada et le président des États-Unis était, malgré ses allures théâtrales, importante aux yeux des dirigeants américains. Le long règne de Pierre Elliott Trudeau (notamment ami de Fidel Castro) venait de prendre fin, et on tenait enfin un interlocuteur plus ouvert à discuter avec son imposant voisin. À l’époque, on s’intéresse notamment à l’armement nucléaire et aux pluies acides. Brian Mulroney, lui, tient à un traité de libre-échange entre les deux pays. Toutes choses qui trouveront une résolution.

     

    De fait, quelques semaines après ce qui a été baptisé le « Sommet Shamrock » — le trèfle irlandais rappelant les origines communes des deux chefs —, des négociations s’amorceront et se concluront fructueusement. L’Accord de libre-échange canado-américain entrera en vigueur début 1988.

     

    « La rencontre de Québec marque le début d’un âge d’or en matière de relations entre le premier ministre et le président », note Christophe Cloutier-Roy, chercheur à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand. L’ère de bonne entente s’est en effet poursuivie sous George Bush père, pendant le mandat duquel a été ratifié l’Accord de libre-échange nord-américain. Et on sait les relations cordiales qu’entretenaient Jean Chrétien et Bill Clinton, partenaires de golf occasionnels.

     

    Selon le chercheur, la période faste a commencé à prendre fin le 11 septembre 2001. « Car si, dans la foulée des attentats, le Canada a accepté de faire partie de la mission en Afghanistan, il a refusé de s’engager en Irak. »

     

    En ce lundi, Justin Trudeau rend visite à Donald Trump à Washington, et bien malin qui pourrait prédire l’atmosphère qui régnera entre les deux au cours des prochaines années. « Très difficile à dire, poursuit Christophe Cloutier-Roy. Mais on peut avancer que ça n’augure pas très bien. »

       

    Liens inextricables

     

    En examinant les liens unissant premier ministre et président au fil de l’histoire, on constate deux éléments qui vont de soi : plus ils ont des origines semblables, plus ils font bon ménage. De même, un libéral a tendance à mieux s’harmoniser avec un démocrate et un conservateur avec un républicain. Et parfois, des événements extérieurs viennent soit adoucir la situation, soit créer des tensions.

     

    Mais peu importe la nature des relations, celles-ci doivent exister, les deux pays étant inextricablement liés. Pour reprendre l’expression utilisée par John F. Kennedy lors d’une visite à Ottawa en mai 1961 : « La géographie a fait de nous des voisins. L’histoire a fait de nous des amis. L’économie a fait de nous des partenaires. Et la nécessité a fait de nous des alliés. »

     

    Déjà, en août 1943, Franklin D. Roosevelt s’était rendu à Québec où, en compagnie de Winston Churchill et de leur hôte William Lyon Mackenzie King, on allait à l’occasion d’une première conférence dans la Vieille Capitale discuter dans le plus grand secret d’un débarquement en France, l’opération Overlord. Tout de suite après, Roosevelt avait prononcé un discours à Ottawa dans lequel il avait parlé de King comme « mon vieil ami. Votre parcours et le mien ont été si proches et ont généré tant d’affection pendant ces longues années que cette rencontre ajoute un maillon à la chaîne. Je me suis toujours senti chez moi au Canada et, je pense, vous vous êtes toujours senti chez vous aux États-Unis ». Les deux hommes avaient en commun d’avoir été au pouvoir depuis un bon bout de temps et d’avoir fréquenté l’Université Harvard.

      

    Du côté de Dwight Eisenhower et Louis Saint-Laurent dans les années 1950, on ne peut pas parler d’amitié — quoiqu’ils aient joué une ronde de golf ensemble au prestigieux club Augusta National en 1956 —, mais de relations courtoises. Ils avaient en commun d’être venus à la politique tard dans leur vie, et c’est sous leur règne que s’est amorcé l’aménagement de la Voie maritime du Saint-Laurent.

      

    Tumulte

     

    Si John Diefenbaker, le successeur de Saint-Laurent à partir de 1957, disait s’entendre à merveille avec Eisenhower, les choses allaient se gâter avec l’arrivée de John F. Kennedy en 1961. Voici deux hommes à la personnalité diamétralement opposée, membres de générations différentes, qui ont tout pour avoir du mal à s’endurer : le populaire golden boy de la côte est issu d’un clan puissant et richissime et le fils austère d’une famille modeste de la Saskatchewan. Il suffirait que Kennedy, à Ottawa, fasse une blague sur le français laborieux de son interlocuteur et oublie une note portant la mention « SOB » (fils de p…) — une insulte que Diefenbaker lui renverrait sans le lui dire — pour que la tension atteigne son paroxysme, avant même que survienne la crise des missiles de Cuba (1962) et qu’on se chamaille sur la présence d’armement nucléaire en sol canadien.

     

    Pour leur part, Lester B. Pearson et Lyndon B. Johnson verraient surtout leurs liens mis à l’épreuve par la guerre du Vietnam, à laquelle les États-Unis souhaitaient que le Canada participe au milieu des années 1960. En 1965, Pearson s’était rendu à l’Université Temple pour y recevoir un prix et dans son discours, il avait déclaré non seulement que le Canada n’entendait pas envoyer de soldats en Asie du Sud-Est, mais aussi que les États-Unis devraient s’en retirer. Cela lui avait valu une invitation à Camp David, où Johnson l’aurait pris par le collet et lui aurait dit, dans une sortie typique du « Johnson Treatment » : « Ne viens pas dans mon salon pisser sur mon tapis. »

     

    Il revient ensuite à Richard Nixon de traiter Trudeau de « trou de c… » sur les bandes magnétiques de la Maison-Blanche (et d’autres termes plus ou moins flatteurs), à Trudeau de développer une certaine complicité avec Jimmy Carter, et à Reagan de trouver que Trudeau n’était pas assez anticommuniste à son goût. L’âge d’or pouvait ensuite commencer. On est sans doute loin d’un autre.













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