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    Enquête sur les femmes autochtones: les commissaires appellent à la patience

    8 février 2017 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Les commissaires Marion Buller, Michèle Audette et Qajaq Robinson ainsi que l’avocate Susan Vella en conférence de presse à Ottawa, mardi
    Photo: Fred Chartrand La Presse canadienne Les commissaires Marion Buller, Michèle Audette et Qajaq Robinson ainsi que l’avocate Susan Vella en conférence de presse à Ottawa, mardi

    Les attentes étaient énormes. Et les commissaires chargées de mener l’enquête sur la violence faite aux femmes autochtones le savaient. L’impatience des familles de victimes ne les surprend donc pas : les commissaires disent la comprendre, mais elles appellent du même souffle les communautés autochtones à leur accorder encore un peu d’indulgence.

     

    « On la ressent, cette impatience-là des familles et des organisations », a admis d’entrée de jeu Michèle Audette, qui tenait avec ses co-commissaires leur première conférence de presse depuis leur nomination au mois d’août. Depuis, les mois ont passé, la commission s’est mise en branle, mais plusieurs se sont demandé ce qui retardait les travaux. « Nous souhaitons vous indiquer que notre engagement est sincère. Et il est au quotidien. […] Je sollicite encore votre patience », a lancé Mme Audette.

     

    Mise sur pied officiellement début septembre, la commission d’enquête a dû étudier son mandat, embaucher du personnel — légal, psychologique, en communication — et consulter les communautés et les familles afin de voir avec elles de quelle manière elle mènerait ses consultations.

     

    « Je comprends leur frustration, je l’entends, a reconnu à son tour la commissaire en chef, Marion Buller. Mais nous savons aussi que nous devons faire notre travail convenablement. Et cela prend du temps. » Car lancer l’enquête sans s’être assurés d’avoir en place une structure et un processus adéquats « friserait la négligence », a-t-elle fait valoir.

     

    La commission d’enquête promet de tenir ses audiences avec les familles ce printemps, puis celles avec les institutions, gouvernements et experts à l’automne. La directrice générale, Michèle Moreau, indiquait au Devoir, fin janvier, que les audiences seraient probablement menées d’avril à septembre. L’avocate de la commission, Fanny Wylde, n’a pas voulu avancer de dates précises mardi. Le gouvernement attend un rapport intermédiaire en novembre.

     

    À bout de patience

     

    L’échéancier de la commission déçoit les organismes comme Femmes autochtones du Québec. « C’est très, très court », a déploré au Devoir la présidente Viviane Michel, qui somme les commissaires de rencontrer au plus vite les familles afin de les informer de l’évolution de leurs travaux — le début prévu des audiences, les résultats qui peuvent être espérés, quelles familles pourront être rencontrées. « Les familles bouillonnent d’impatience, a-t-elle argué. Ça fait perdre patience et aussi confiance envers cette enquête. » La présidente du Conseil des femmes de l’Assemblée des Premières Nations, Denise Stonefish, émettait les mêmes reproches fin janvier. « Les familles disent que c’est trop long », rapportait-elle alors au Devoir.

     

    Femmes autochtones du Québec appelle les commissaires à demander un prolongement de leur mandat, « parce qu’on sait qu’ils ont perdu trop de temps ».

     

    Mais l’idée a aussitôt été rejetée. « On a l’intention de respecter nos obligations, nos rôles et nos fonctions à l’intérieur de la durée du mandat. Si on a à demander une extension, on verra à ce moment-là. Mais on y va une étape à la fois », a rétorqué Fanny Wylde. Michèle Audette a de son côté noté que « d’autres organisations nous demandent aussi de respecter le délai ».

     

    Éviter les erreurs des tribunaux

     

    La commission promet par ailleurs d’être unique en son genre, en permettant des témoignages par écrit, avec des oeuvres d’art, en groupe à plusieurs familles, à huis clos, sous le couvert d’interdits de publication, ou que les témoins soient assis en cercle avec les commissaires plutôt qu’à l’avant d’une salle. « Ne vous attendez pas à une salle de cour occidentale, a prévenu l’avocate en chef Susan Vella. Nous avons tiré des leçons des décisions des tribunaux au fil des décennies, que les tests de véracité conventionnels du système judiciaire ne rendent pas toujours justice aux femmes qui tentent de raconter leurs expériences de violence sexuelle. »

     

    Une coalition d’hommes et de garçons autochtones a réclamé de faire partie elle aussi de cette vaste étude. Le mandat fédéral prévoit de se pencher sur les causes systémiques de violence faite aux femmes et aux filles, a rappelé Mme Vella. Mais les commissaires sont invités à se pencher sur les causes sociales, économiques, culturelles, institutionnelles et historiques, a-t-elle noté, « ce qui veut dire que l’enquête pourrait bien entendre des hommes et des garçons, afin de comprendre si les circonstances auxquelles ils font face ont contribué aux vulnérabilités dont sont victimes les femmes et les filles autochtones ».

     

    La commission fédérale prévoit dialoguer avec la commission provinciale mise sur pied en décembre, afin de voir à ce que leurs travaux puissent être menés à terme.













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