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    Les États-Unis rassurent le Canada sur le libre-échange

    La relation entre les deux pays est «un modèle», assure un conseiller du président

    24 janvier 2017 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Stephen Schwarzman, conseiller du président américain Donald Trump, a rencontré le premier ministre Justin Trudeau et les membres de son cabinet et tenté de les rassurer sur les intentions de son patron à l’égard du Canada.
    Photo: Todd Korol La Presse canadienne Stephen Schwarzman, conseiller du président américain Donald Trump, a rencontré le premier ministre Justin Trudeau et les membres de son cabinet et tenté de les rassurer sur les intentions de son patron à l’égard du Canada.

    Aux lendemains de l’entrée en fonction officielle de Donald Trump à la tête des États-Unis, l’un de ses conseillers est venu rassurer le gouvernement de Justin Trudeau quant au sort de l’ALENA. Le Canada n’a pas à trop s’inquiéter, a fait valoir un proche conseiller du président Trump, en laissant entendre que ce serait surtout le Mexique qui subirait les contrecoups d’une éventuelle renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain.

     

    Le sujet était sur toutes les lèvres, à l’ouverture de la rencontre du Conseil des ministres du gouvernement Trudeau à Calgary lundi. Et pour cause : la veille, Donald Trump réitérait qu’il allait « commencer des négociations liées à l’ALENA ».

     

    Pas de panique, est venu dire l’un de ses conseillers économiques aux ministres libéraux. Le premier ministre Trudeau « n’a pas à être extrêmement préoccupé », a fait valoir lundi Stephen Schwarzman, qui s’était rendu à Calgary pour s’entretenir avec M. Trudeau et ses ministres. « Il y aura peut-être des changements. Mais les choses devraient bien se passer pour le Canada, en matière de discussions avec les États-Unis », a insisté celui qui a été nommé par Donald Trump en décembre à la tête d’un comité qui le conseillera en matière de stratégie et de politiques. Les échanges commerciaux entre les États-Unis et le Canada sont « bien équilibrés » et la relation commerciale entre les deux pays « est un modèle », a argué M. Schwarzman.

     

    Le nouveau président américain en aurait surtout contre le Mexique et la Chine, qui présentent des déficits commerciaux.

     

    L’ambassadeur du Canada aux États-Unis, David MacNaughton, semblait avoir eu droit au cours des dernières semaines au même discours rassurant que celui qu’était venu livrer M. Schwarzman lundi. « Je ne crois pas du tout que le Canada soit la cible principale, mais je crois qu’on fait partie du tout », affirmait l’ambassadeur à son arrivée à Calgary dimanche soir. « C’est de cela qu’on doit s’inquiéter — si l’on subit les dommages collatéraux », expliquait-il.

     

    Une inquiétude qu’a encore là tenté de calmer Stephen Shwarzman lundi. « Le Canada est très bien positionné en vue de discussions avec les États-Unis. » Le risque de « dommages collatéraux » pour le Canada « est très bas », a-t-il avancé.

     

    Tant pis pour le Mexique ?

     

    En tentant d’apaiser les craintes soulevées par le discours protectionniste de Donald Trump, l’ambassadeur canadien David MacNaughton a toutefois semblé suggérer que le Canada serait prêt à sacrifier le Mexique au profit de sa relation avec les États-Unis. « Nous allons collaborer sur des enjeux trilatéraux lorsque c’est dans notre intérêt, et nous considérerons faire des choses qui sont dans notre intérêt bilatéral. Certaines d’entre elles pourraient s’inscrire dans l’ALENA et d’autres non », commentait M. MacNaughton dimanche.

     

    Lundi matin, la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland — qui est aussi responsable de la relation commerciale d’Ottawa avec les États-Unis —, a évité de réagir à ces propos. Mais elle a à son tour laissé entendre que la relation du Canada avec les États-Unis aurait préséance. « Nous sommes très heureux d’être membres de ce partenariat mutuellement bénéfique qu’est l’ALENA. Mais évidemment, notre relation avec les États-Unis est d’abord une relation bilatérale, et je crois que les Canadiens le savent et le comprennent », a-t-elle tranché.

     

    Québec se prépare

     

    Au Québec, la ministre de l’Économie s’est gardée de célébrer après les commentaires de M. Schwarzman. « La raison pour laquelle le Québec performe, pour laquelle il s’est fait remarquer à Davos, pour laquelle il obtient de bons résultats, c’est parce que nous avons été capables d’innover. Ce volet-là, il ne faut pas le perdre de vue », a déclaré Dominique Anglade lors d’un entretien téléphonique. À son avis, le Québec continuera à se démarquer sur les marchés s’il mise sur le travail de terrain et s’il adopte des stratégies innovantes, conçues pour le long terme.

     

    Mme Anglade avait justement passé la journée de lundi à discuter avec des PME, avec une quinzaine d’entreprises faisant partie des 100 plus grandes entreprises exportatrices du Québec de même qu’avec la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. « C’est l’incertitude qui est sur les lèvres, mais c’est aussi le constat qu’ils sont quand même confiants », a-t-elle remarqué.

     

    Si renégociations il y a, le Québec sera présent, a promis la ministre. Entre-temps, elle discute régulièrement avec Ottawa, a-t-elle assuré. À Ottawa, le bureau de la ministre Freeland s’est contenté d’indiquer que cette dernière collabore avec « tous les niveaux » de gouvernement.

     

    L’ancien premier ministre Jean Charest notait lui-même, sur les ondes de Radio-Canada, que le Canada ne devrait pas qu’être « défensif » et qu’il devrait préparer le terrain de concert avec les provinces. « Il faut que le Canada décide ce que lui veut aller chercher », a-t-il dit en citant notamment le marché de l’énergie, qui pourrait à son avis être plus ouvert, en particulier pour l’hydroélectricité. « Et il faut [qu’Ottawa] se concerte avec les provinces pour une raison fort simple. La plupart des enjeux qui vont toucher la négociation sont probablement de compétence provinciale, comme le Buy America, les questions d’achat, ce qu’on appelle le “procurement”, les marchés publics. Alors, il faut que le gouvernement fédéral nous dise aussi de quelle façon il entend mettre les provinces dans le coup. »

     

    Justin Trudeau s’est entretenu avec ses homologues provinciaux cette fin de semaine. « Ils ont réitéré l’importance de la relation entre le Canada et les É.-U. et discuté des occasions présentées par le nouveau gouvernement », notait succinctement le communiqué de presse du bureau du premier ministre.

     

    Le président Trump n’a pas encore donné d’avis officiel entraînant la renégociation de l’ALENA. Lundi, il signait le retrait des États-Unis du Partenariat transpacifique. D’autres annonces commerciales devraient suivre cette semaine, a indiqué son porte-parole, Sean Spicer, lors d’une séance d’information à la Maison-Blanche. M. Spicer a en outre précisé que la première rencontre entre le président américain et le premier ministre Trudeau devrait se tenir au cours des 30 prochains jours.


    François Legault s’alarme Le chef caquiste, François Legault, presse le chef du gouvernement québécois, Philippe Couillard, de sensibiliser ses homologues des États du nord-est des États-Unis aux « avantages » de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA), notamment pour leur approvisionnement en « ressources premières » provenant du Québec. Le Québec a « plus à perdre [qu’à gagner] » d’une renégociation avec le nouveau locataire de la Maison-Blanche, Donald Trump, de l’entente, selon lui. « Le protectionnisme n’est pas une bonne réponse. Si, demain matin, il y avait un mur entre le Québec et les États-Unis, les grands perdants seraient les Québécois », a-t-il insisté en marge du caucus présessionnel de sa formation politique lundi. À l’heure actuelle, le marché américain absorbe 72 % des exportations québécoises (environ 59 milliards de dollars). « Vous voyez comment on est vulnérables ! » a lancé M. Legault, appelant l’équipe libérale à diversifier les débouchés des marchandises québécoises. À défaut d’une nouvelle « “stratégie” gouvernementale, la vie de tous les jours des familles québécoises [risque d’être] affectée durement ».

    Marco Bélair-Cirino












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