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    Remaniement fédéral

    Ménage hivernal

    Remplacer les maillons faibles pour faire face aux nouveaux défis

    Manon Cornellier
    11 janvier 2017 |Manon Cornellier | Canada | Éditoriaux

    La rumeur voulait que ce soit l’arrivée de Donald Trump qui incite le premier ministre Justin Trudeau à remanier son cabinet. Ce fut un facteur important, mais pas le seul de ce ménage devenu nécessaire pour remettre la machine sur les rails. Si l’exercice touche peu de ministres, il est tout de même révélateur de l’approche et du tempérament de Justin Trudeau.


    À peu près tous les détails du remaniement effectué mardi étaient déjà connus avant la cérémonie d’assermentation : départ de trois ministres, dont Stéphane Dion, rétrogradation d’une quatrième et arrivée de trois recrues.

     

    M. Trudeau a procédé avec fermeté, envoyant un message clair à ses ministres. Ceux qui ne sont pas à la hauteur de ses attentes n’auront pas la vie longue, peu importe leur statut. Le départ de l’ancien chef Stéphane Dion, qu’on devinait blessé à la lecture de sa déclaration transmise aux médias, en témoigne, tout comme le renvoi de MaryAnn Mihychuk, une ancienne ministre manitobaine qui occupait le poste de ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’oeuvre et du Travail. (John McCallum, à l’Immigration, quitte aussi ses fonctions à cause d’une offre qu’il ne pouvait refuser.)

     

    Le remplacement de M. Dion, qui a connu des difficultés dans certains dossiers délicats, dont celui de la vente de véhicules blindés à l’Arabie saoudite, était devenu nécessaire aux yeux de l’équipe Trudeau à la veille de l’arrivée en fonction du président américain Donald Trump. Le programme économique franchement protectionniste de ce dernier, sa remise en question de l’ALENA et ses menaces répétées aux constructeurs automobiles américains vont, au cours de la prochaine année, exiger du Canada un doigté peu commun pour protéger ses intérêts.

     

    Le choix de Chrystia Freeland au poste de ministre des Affaires étrangères est prometteur. Ministre sortante du Commerce international, un poste où elle excellait, elle conserve la responsabilité des relations commerciales avec les États-Unis. Ce mandat très particulier fait craindre toutefois qu’elle soit avant tout la ministre des relations canado-américaines. On convient que ce sera la priorité en 2017, mais les intérêts du Canada dépassent largement cet horizon.

     

    La promotion de Mme Freeland s’inscrit dans une stratégie méthodique et prudente adoptée depuis des mois par le gouvernement Trudeau à l’égard d’un futur gouvernement américain, quel qu’il soit. M. Trudeau a ainsi toujours refusé de commenter les déclarations et les gestes de M. Trump durant la campagne à la présidence, ménageant ainsi la susceptibilité du bouillant candidat.

     

    Son objectif, a-t-il toujours dit, était de protéger les intérêts du Canada en ouvrant la voie à une relation productive avec Washington. Dans cet esprit, des membres de sa garde rapprochée ont, avec l’ambassadeur canadien à Washington, David MacNaughton, et la ministre Freeland, rencontré à plusieurs reprises les plus proches conseillers de M. Trump. M. Trudeau a aussi fait appel à l’ancien premier ministre Brian Mulroney et à l’ancien ambassadeur Derek Burney. Tous ces gestes, comme le choix de Mme Freeland, n’ont rien d’improvisé. Il y a trop en jeu pour le Canada pour qu’il en soit autrement, et ce professionnalisme a quelque chose de rassurant.

     

     

    Mais pour le reste, ce remaniement n’a rien à voir avec la situation aux États-Unis. L’essentiel du jeu de chaises musicales a surtout eu pour but de combler des vides et de corriger des faiblesses sur le front intérieur. On se demande toutefois si cela sera suffisant, en particulier pour sauver la réforme du mode de scrutin à laquelle M. Trudeau dit toujours tenir.

     

    Maryam Monsef a dû céder son poste de ministre des Institutions démocratiques après une performance pitoyable cet automne. Son manque d’expérience politique et parlementaire était trop grand pour gérer un dossier aussi délicat, mais en voulant faire d’elle un symbole en la nommant à ce poste, M. Trudeau lui a nui.

     

    Pour cette raison et pour ne pas céder devant ceux voulant exclure Mme Monsef du cabinet à la suite des révélations sur son lieu de naissance nébuleux, le premier ministre l’a simplement mutée à la Condition féminine et a confié la réforme démocratique à une autre députée élue pour la première fois en 2015, Karina Gould.

     

    On doit donner la chance au coureur, mais le projet de loi promis doit être présenté au printemps, ce qui lui laisse bien peu de temps pour se familiariser avec ce dossier complexe. M. Trudeau veut-il la sacrifier elle aussi ?













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