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    Stéphane Dion tire sa révérence… à reculons

    Le ministre de la clarté référendaire tire un trait sur une carrière politique de 21 ans

    11 janvier 2017 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Stéphane Dion
    Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Stéphane Dion

    Son départ aura été à l’image du personnage buté qu’il était. En n’acceptant pas d’emblée le poste d’ambassadeur que lui offrait Justin Trudeau en guise de consolation pour avoir perdu son siège de ministre, Stéphane Dion a illustré une dernière fois à quel point il pouvait être inflexible et imperméable aux tractations et compromissions si courantes en politique.

     

    C’est donc un trait sur une longue carrière — 21 ans — de politicien atypique que tire le député de Saint-Laurent. L’histoire retient qu’il a été découvert par Aline Chrétien, l’épouse du premier ministre de l’époque, pendant la campagne référendaire québécoise de 1995. M. Dion, alors professeur de sciences politiques à l’Université de Montréal, donnait la réplique — incisive et implacable de rationalité — au camp souverainiste.

     

    Après la quasi-défaite du camp du Non, Jean Chrétien veut faire une place plus grande au Québec dans son cabinet en guise d’apaisement. Il le recrute donc en janvier 1996 à titre de ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes en même temps que Pierre Pettigrew. Certains comparent alors le geste à la venue des « trois colombes » québécoises qu’étaient Jean Marchand, Pierre Elliott Trudeau et Gérard Pelletier à Ottawa en 1965. MM. Dion et Pettigrew se font élire à la Chambre des communes plus tard, lors d’élections partielles tenues en mars 1996. M. Dion a été réélu à sept reprises dans sa circonscription montréalaise.

    M. Dion a servi de façon extraordinaire son pays depuis des années. Il va continuer de servir son pays.
    Justin Trudeau, en conférence de presse après la cérémonie d'assermentation des nouveaux ministres, mardi
     

    M. Dion s’impose comme le ministre de la « clarté référendaire », celui de la ligne dure envers le Québec, du « plan B ». Ce rôle de père Fouettard en fait la cible de prédilection des caricaturistes, en particulier de Serge Chapleau, qui l’immortalise en rat. Et lorsqu’il est entarté en 1999, un phénomène à la mode à l’époque, son visage couvert de crème se retrouve à la une des quotidiens. M. Dion avait démontré son inflexibilité — et son absence de sens de l’humour, avaient dit d’autres — en intentant une poursuite judiciaire contre les entarteurs, qui sont condamnés à des travaux communautaires.

     

    Dion 2.0

     

    L’arrivée de Paul Martin comme premier ministre permet le lancement d’un Stéphane Dion 2.0, rassembleur dans son nouveau rôle de ministre de l’Environnement.

     

    En 2006, c’est grâce à ce cheval de bataille environnemental qu’il devient chef du Parti libéral, coiffant au fil d’arrivée — et à la surprise générale — Bob Rae et Michael Ignatieff. Ce « tournant vert » ne passera pas la rampe lors de l’élection suivante en 2008 et le Parti libéral perdra encore plus de plumes, passant de 103 sièges à 77.

     

    À titre de chef, il ne comprenait pas la joute politique, faite de conseillers parlant « anonymement » aux journalistes pour expliquer un message. En campagne, c’est avec une candeur déconcertante qu’il avait demandé à une poignée de journalistes qui étaient tous ces « stratèges » libéraux qu’ils citaient sans cesse.

     

    Il quittera son siège de chef, au profit de Michael Ignatieff, en décembre 2008, dans des circonstances exceptionnelles. Au détour d’une mise à jour économique ne proposant aucun plan de relance, Parti libéral, NPD et Bloc québécois s’étaient ligués contre le gouvernement conservateur minoritaire pour tenter de le renverser. Le scénario prend du plomb dans l’aile quand Stephen Harper martèle que Stéphane Dion ne mérite pas de devenir premier ministre, message livré au cours d’une adresse à la nation télévisée. La réplique de M. Dion, qui devait immédiatement suivre celle de M. Harper, se fait attendre plus d’une heure. La vidéo, floue, mal cadrée, aux teintes rouges et débutant sans aucune forme d’introduction, finit de discréditer M. Dion et ses troupes comme étant prêtes à prendre le pouvoir.

     

    Stéphane Dion a été en tant que chef attaqué parce qu’il possédait la double nationalité française, obtenue de sa mère née en France. Il s’était engagé à y renoncer si, en devenant premier ministre, les électeurs estimaient que cela le plaçait en conflit de loyauté. Mais il avait répété qu’il ne voyait pas où était le problème, étant donné que John Turner avait été premier ministre tout en possédant la nationalité britannique.

    Les autres nominations Ahmed Hussen

    L’avocat torontois, qui est arrivé au Canada en tant que réfugié somalien, prendra la relève comme ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté. Un des dossiers qui l’attend est celui de la révocation de citoyenneté. À l’heure actuelle, le ministre a le pouvoir discrétionnaire de révoquer une citoyenneté canadienne s’il est convaincu qu’elle a été obtenue par fraude ou après une fausse déclaration. Le citoyen n’a pas de droit d’appel. Environ 700 personnes par année font l’objet d’une révocation. Le sujet a fait grand bruit quand il a été su que la ministre Maryam Monsef pourrait être visée par une telle démarche, elle qui n’a appris que récemment qu’elle était née en Iran et non en Afghanistan, comme sa mère le lui avait toujours dit.

    Karina Gould

    La jeune députée ontarienne de 29 ans hérite de l’épineux dossier de la réforme électorale sur lequel Maryam Monsef s’est cassé les dents. La ministre des Institutions démocratiques doit présenter ce printemps le nouveau mode de scrutin qu’elle a en tête pour l’élection de 2019. Sera-ce la réforme en profondeur (la proportionnelle) que réclame l’opposition mais que refusait Mme Monsef ? Ou se contentera-t-elle d’une réforme plus légère (le vote préférentiel) déjà décriée de toutes parts parce que favorisant les libéraux et les conservateurs ?

    Patty Hajdu

    La ministre ontarienne prend du galon en passant de la Condition féminine au ministère de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et du Travail, délaissé par l’ancienne ministre provinciale manitobaine MaryAnn Mihychuk. La lettre de mandat pour le titulaire de cette charge est longue et touffue, allant de l’augmentation des emplois pour les jeunes et les autochtones à la lutte contre la pauvreté, en passant par la réduction du coût des études postsecondaires. Mme Hajdu devra notamment mettre en place le mécanisme, promis en campagne électorale, permettant aux travailleurs de demander à leur employeur des horaires souples pour concilier travail et famille.

    Maryam Monsef

    La ministre, qu’on présentait comme l’étoile montante du premier cabinet Trudeau, subit une pénible rétrogradation. Elle abandonne la Réforme électorale pour aller au discret ministère de la Condition féminine. Un des mandats de ce ministère est de concocter une stratégie fédérale de lutte contre la violence sexuelle. La ministre de la Condition féminine s’implique aussi dans l’enquête sur les femmes autochtones disparues ou assassinées.
    Hélène Buzzetti













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