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    Un ajustement nécessaire

    Denis Ferland
    11 janvier 2017 |Denis Ferland | Canada | Chroniques

    Un remaniement ministériel avant la rentrée du congé des Fêtes, assez typique en politique canadienne. Stephen Harper l’a fait à peine onze mois après son élection en mutant une jeune ministre de l’Environnement, Rona Ambrose, enfermée, comme Maryam Monsef avec sa réforme électorale, dans un cul-de-sac créé par le gouvernement lui-même.

    La nomination à retenir, celle de Chrystia Freeland aux Affaires étrangères à la place de Stéphane Dion afin de mieux équiper le gouvernement Trudeau après le résultat de la présidentielle américaine. Outre les compétences acquises durant son parcours de journaliste et d’auteure en Ukraine, à Moscou, Londres et New York, Mme Freeland a cette particularité d’être une spécialiste de la Russie au moment où ce pays retient l’attention, à Washington notamment. Elle l’est aussi à un autre égard.

    La réponse sobre de Justin Trudeau à l’élection de Donald Trump, son offre rapide de rouvrir l’ALENA entre autres, lui ont attiré des critiques des deux côtés. Autant de ceux qui l’auraient voulue plus ferme que ceux qui estimaient qu’il s’empressait trop et nuisait à sa position de négociation. Le gouvernement Trudeau a sagement choisi le travail de terrain avec l’ambassadeur MacNaughton sur la ligne de front, les discussions directes entre des conseillers du premier ministre et des membres de l’équipe de transition et le recours à des Canadiens branchés, dont l’ex-premier ministre Brian Mulroney.

    Mme Freeland, par sa seule présence, fait partie du message plus subtil envoyé à la future administration Trump. Femme, issue de ces élites new-yorkaises décriées par le président désigné, négociatrice passionnée encore tout récemment de l’entente commerciale (et bien plus vaste en fait) avec l’Europe, polyglotte, auteure d’un livre remarqué à travers le monde en 2013 sur l’émergence de ceux qu’elle qualifie de ploutocrates, les « super-riches » qui détiennent le pouvoir politique. Les ingrédients d’une affirmation discrète mais qui dure bien plus longtemps qu’une ou deux remarques lapidaires dans un communiqué… ou qu’une sortie passionnée aux Golden Globes !

    Ajoutez à cela un court paragraphe glissé dans le message du Nouvel An de M. Trudeau : « En tant que premier ministre, je vais toujours m’opposer à la politique de la peur ou de la division et me concentrer plutôt sur ce qui nous rassemble. Il s’agit de la résolution du Nouvel An que je prends devant vous. » Trois lignes qui visent probablement autant Donald Trump que ses émules conservateurs au Canada.

    Cet ajustement à la nouvelle réalité à Washington permet aussi de joindre l’utile au désagréable, gérer les irritants, et d’en détourner l’attention. Les exclusions du cabinet de MaryAnn Mihychuk et de Stéphane Dion en font partie. M. Trudeau va plus loin que messieurs Harper et Chrétien, qui créaient de nouveaux postes de ministres « juniors » plutôt que d’exclure un ministre décevant. Il ne pouvait pas aller aussi loin avec Mme Monsef, une nouvelle venue plongée dans un dossier chaud, téléguidée par son propre bureau, et qui a joué au bon soldat comme elle le pouvait compte tenu de son manque d’expérience, sinon de compétence.

    Quel message aurait envoyé son exclusion aux trois recrues qui se joignent justement au cabinet ? Au Commerce international, une de ces recrues, François-Philippe Champagne, occupe d’ailleurs le plus important ministère chez les Québécois, une quasi-égalité avec Marc Garneau aux Transports, pas les ligues majeures au fédéral, il faut en convenir.

    Le remaniement rafraîchit et focalise l’attention de l’équipe Trudeau avant la retraite du cabinet de la fin janvier à Calgary. Une retraite qui arrive en pleine tournée « quasi électorale » annoncée au moment où on apprenait que M. Trudeau renonçait à se rendre au Forum économique mondial de Davos.

    Fraîchement élu, M. Trudeau y avait obtenu un franc succès l’an dernier et on justifie son absence cette année en indiquant que des ministres importants y seront.
    On nous assure que la controverse persistante autour des rencontres restreintes à 1500 $ par personne et les cachotteries autour de ses vacances des Fêtes aux Bahamas chez l’Aga Khan, ami de la famille dont les bonnes œuvres sont soutenues à hauteur de dizaines de millions de dollars par le gouvernement du Canada, ne sont pour rien dans la décision.

    On ne peut s’empêcher de se demander si le premier ministre et ses conseillers n’ont pas réagi un peu excessivement en annulant la visite à Davos. M. Trudeau y aurait certes savouré champagne et petits fours aux côtés du gratin de l’entrepreneuriat mondial, nourrissant la trame sur les élites. Il y avait cependant fait en 2016 des rencontres qui ont été suivies d’importants investissements au Canada. Presque seul en scène de son côté de l’échiquier politique cette année, M. Trudeau était vu par plusieurs comme le porte-étendard, à ce moment précis, de l’ouverture, de la diversité et de la libéralisation des échanges. Occasion ratée.

    S’ils voulaient régler le problème d’image qui découle de ces rencontres avec les happy few, les libéraux auraient dû commencer par assainir leurs pratiques de financement plutôt que de renoncer à Davos.













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