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    Éthique

    Le premier ministre critiqué pour ses vacances

    Trudeau n’aurait pas dû accepter l’invitation de l’Aga Khan, dit Andrew Scheer

    10 janvier 2017 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Le premier ministre avait reçu l’Aga Khan à son bureau d’Ottawa en mai dernier.
    Photo: Sean Kilpatrick La Presse canadienne Le premier ministre avait reçu l’Aga Khan à son bureau d’Ottawa en mai dernier.

    Le premier ministre Justin Trudeau aurait-il dû refuser le voyage aux Bahamas offert à lui et sa famille par le richissime imam Karim Al Husseini, Son Altesse Royale Aga Khan IV ? Le député et aspirant chef conservateur Andrew Scheer estime que oui et demande à la Commissaire aux conflits d’intérêts et à l’éthique de se pencher sur la question.

     

    Ce n’est que devant l’insistance des journalistes que le bureau du premier ministre a révélé la semaine dernière que lui, sa famille et des amis ont séjourné pendant le temps des Fêtes aux Bahamas, sur la minuscule île Bells Cay, à l’invitation de l’Aga Khan. Or, la Fondation Aga Khan Canada reçoit d’importantes subventions du gouvernement du Canada pour déployer son aide humanitaire à l’étranger, en particulier en Asie.

     

    Selon Andrew Scheer, cela place potentiellement le premier ministre en conflits d’intérêts et il demande à la commissaire Mary Dawson d’y jeter un oeil. « Nous devons savoir s’il convient que M. Trudeau accepte des cadeaux d’une personne dont la fondation reçoit des fonds du gouvernement du Canada », écrit M. Scheer dans son communiqué de presse.

     

    M. Scheer, qui a été président de la Chambre des communes, cite un passage du Code régissant les conflits d’intérêts des députés stipulant que « le député ou un membre de sa famille ne peut accepter, même indirectement, de cadeaux ou d’autres avantages, sauf s’il s’agit d’une rétribution autorisée par la loi, qu’on pourrait raisonnablement donner à penser qu’ils ont été donnés pour influencer le député dans l’exercice de sa charge de député. »

     

    Comme cela est son habitude, le bureau de la commissaire Mary Dawson n’a pas commenté la demande d’enquête autrement que pour dire « qu’elle considère la demande ».

     

    Le bureau du premier ministre se borne à dire que la famille Trudeau remboursera le coût du vol aller-retour vers Nassau au tarif commercial. (Le premier ministre canadien doit obligatoirement voyager à bord du Challenger gouvernemental.) Bells Cay est située à environ 100 kilomètres au sud-est de Nassau. On présume donc que les Trudeau ont à partir de là voyagé aux frais de l’Aga Khan. Il semble que le séjour sur l’île ait également été assumé par l’hôte royal.

     

    Un ami

     

    Pourquoi un tel cadeau a-t-il été offert au premier ministre ? Le bureau de M. Trudeau se contente de dire que « Son Altesse est un ami de longue date de la famille du premier ministre », sans fournir davantage de détails. La délégation de l’Aga Khan à Ottawa n’a pas rappelé Le Devoir lundi.

     

    L’Aga Khan désigne d’abord un chef spirituel (voir encadré). Mais il est aussi un riche d’homme d’affaires à la tête d’une puissante fondation du même nom qui prodigue de l’aide humanitaire. À ce titre, la Fondation Aga Khan Canada est un partenaire ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement.

     

    La Fondation est inscrite au registre des lobbyistes. Son chef de la direction, Khalil Shariff, a fait des démarches auprès de trois ministres en 2016, dont la ministre responsable du Développement international, Marie-Claude Bibeau.

     

    Selon le site du ministère, la Fondation a reçu depuis 2004 des sommes totalisant 310 millions de dollars. Les sommes ont financé des projets en santé maternelle, en éducation, en santé ou encore en formation professionnelle dans des pays tels que la Tanzanie, le Mali, le Pakistan ou encore le Mozambique. C’est cependant l’Afghanistan qui a récolté la plus large part, avec 140 millions. La dernière dotation faite à la Fondation Aga Khan date de 2015 et s’étalera sur cinq ans. Les 55 millions viseront à bonifier la santé en Afghanistan.

    Qui est l’Aga Khan ? Aga Khan est le titre honorifique décerné à l’imam des ismaéliens nizârites, une branche de l’islam chiite. Il y a environ 15 millions de fidèles dans le monde, dont 100 000 au Canada. Le prince Karim Aga Khan IV est le 49e de la lignée, qu’on dit en descendance directe du prophète Mahomet. Il a été désigné le successeur par testament à la mort de son grand-père en 1957, alors qu’il n’avait que 20 ans. Ce n’est que depuis 1818 que le chef religieux héréditaire porte le titre d’Aga Khan. Le titre d’Altesse Royale a pour sa part été conféré par la reine Élisabeth II. Si l’Aga Khan est d’abord un chef spirituel, il est aussi surtout un richissime homme d’affaires et philanthrope. L’Aga Khan Development Network (AKDN) emploie quelque 80 000 personnes et fait affaire autant dans l’élevage de chevaux de course que dans l’hôtellerie, les télécommunications, l’aviation, l’énergie que la pharmaceutique. Selon Vanity Fair, les revenus du groupe se sont élevés à 2,3 milliards de dollars en 2010. Sa richesse serait estimée, selon le magazine Forbes, à 800 millions de dollars. La vaste majorité des profits générés par l’AKDN sont versés à la Fondation Aga Khan qui finance des projets humanitaires, principalement en Afrique et en Asie.












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