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    Trudeau et Ottawa unilingue

    Bave révélatrice

    Antoine Robitaille
    22 décembre 2016 |Antoine Robitaille | Canada | Éditoriaux

    Coincé par une question du journaliste Patrice Roy sur le Mouvement pour une capitale du Canada officiellement bilingue, Justin Trudeau a tenté jeudi de s’en tirer avec une pirouette (tradition familiale…), rétorquant : « Est-ce que la ville de Gatineau serait ouverte à devenir une ville bilingue, elle ? » Quelle ânerie ! Le lendemain, il a d’ailleurs tenté de se dédire, avouant au passage avoir été « baveux ». Au fait, que nous révèle le « bavage » initial ?


    Par sa boutade de jeudi, Justin Trudeau a dévoilé une surprenante ignorance du dossier, pourtant crucial pour le Dominion, des langues officielles. Pourquoi, si Ottawa était déclarée officiellement bilingue, faudrait-il que Gatineau lui emboîte le pas ? D’où est venue cette idée saugrenue ? Le territoire de la capitale est évidemment Ottawa ; les deux villes font partie de la région de la capitale fédérale, a rétorqué le premier ministre. Mais elles n’ont évidemment pas été fusionnées, faisant partie de deux provinces différentes !

     

    En plus, au Québec, en vertu de la loi 101, les municipalités peuvent être reconnues bilingues uniquement lorsque plus de la moitié de leurs résidants sont de langue maternelle anglaise (La Presse canadienne le rappelait mercredi). Or, la ville de Gatineau ne compte que 11 % de résidants ayant déclaré l’anglais comme langue maternelle. Notons qu’en 2013, le gouvernement Marois avait déterminé que la moitié des 80 municipalités jouissant d’un statut bilingue au Québec ne devraient techniquement plus y avoir droit, en raison des mutations démographiques. Le constat avait suscité un tollé chez certains maires anglophones. Anthony Housefather, aujourd’hui député libéral à Ottawa, avait en leur nom plaidé pour le respect des droits acquis des anglophones « peu importe leur nombre ».

     

    Nombre de villes au Québec offrent donc des services bilingues même si elles n’y sont pas obligées ; d’autres, au premier chef Montréal, sont censées être françaises, mais se bilinguisent à vitesse grand V. On ne voit pas pourquoi la capitale d’un Dominion se proclamant bilingue ne donnerait pas un coup de pouce à la langue officielle défavorisée en son sein, et sur ce continent. Mais ce type de coup de pouce est évidemment une hérésie dans la logique symétrique dans laquelle est coulée la Loi sur les langues officielles, issue de l’époque et de la philosophie de Trudeau père ; que Trudeau fils a eu le réflexe de reprendre dans son épisode de « bavage ».

     

    Qu’aurait coûté au premier ministre du Canada d’offrir au moins un appui moral au Mouvement pour une capitale du Canada officiellement bilingue, qui se bute au « no way » du maire d’Ottawa, Jim Watson ? Les militants de ce mouvement ne sont pas des méchants séparatistes envers qui les Trudeau aiment tant se montrer baveux, mais des valeureux défenseurs des droits des francophones hors Québec. Et ils réclament le statut bilingue à l’occasion du 150e de la Confédération (laquelle, pourtant, a la plupart du temps voulu les assimiler ou les forcer à vivre dans la survivance). Les membres du Mouvement ont d’ailleurs été insultés par l’attitude de baveux du premier ministre.

     

    Selon le Dictionnaire québécois-français de Lionel Meney (Guérin, 2003), les multiples sens de (l’efficace) québécisme « baveux » n’ont rien de flatteur : prétentieux, insupportable, suffisant, péteux, morveux, merdeux, arrogant, puant, imbuvable. Les Franco-Ontariens ne méritaient vraiment pas une telle attitude de la part du premier ministre. Il y avait tant d’autres cibles disponibles : les castristes ? Les Saoudiens ? Oh, pourquoi pas le candidat potentiel à la direction du Parti conservateur, Kevin O’Leary, pour qui il n’est pas nécessaire d’apprendre le français puisque « les Québécois de 18 à 35 ans sont presque tous bilingues » ? Allez, M. Trudeau, bavez donc.













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