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    Remplacement des chasseurs CF-18

    Procrastiner à fort prix

    8 décembre 2016 | Justin Massie - Professeur de science politique à l’UQAM | Canada
    Ottawa a décidé de remplacer ses chasseurs CF-18.
    Photo: La Presse canadienne Ottawa a décidé de remplacer ses chasseurs CF-18.

    La décision du gouvernement Trudeau de remplacer les chasseurs CF-18 est sans précédent. Elle découle d’une ambition militaire inconnue jusqu’à ce jour de la part d’un gouvernement qui se voulait moins militariste que son prédécesseur conservateur.

     

    Le Canada doit désormais être en mesure de contribuer de manière permanente à l’OTAN, tout en assurant un engagement maximal à la défense du continent nord-américain. Cette ambition engendre le soi-disant besoin d’acquérir une flotte intérimaire d’avions de combat et d’accroître le nombre de chasseurs disponibles afin de défendre le Canada. Ceci, bien entendu, à très fort prix pour les contribuables canadiens.

     

    La plupart des analystes ont relevé le caractère partisan de la décision d’acquérir une flotte intérimaire de 18 Super Hornets et de reporter après l’élection fédérale de 2019 la sélection du chasseur devant remplacer de manière permanente les CF-18. Le gouvernement Trudeau se débarrasse ainsi d’un problème politique embêtant, à la suite de sa promesse électorale de tenir une compétition ouverte tout en excluant le F-35 de l’appel d’offres. Il procrastine tout simplement en reportant le problème au prochain gouvernement.

     

    Contradiction

     

    Selon le ministre de la Défense, Harjit Sajjan, le Canada a un besoin « urgent » de combler un « écart de capacité » dans la défense de l’Amérique du Nord. Ce besoin ne peut soi-disant être comblé par un appel d’offres ouvert puisque cela prendrait trop de temps — cinq ans de compétition, suivi de quelques années avant la livraison des nouveaux chasseurs. La sélection du remplaçant permanent sera donc annoncée en 2022 et les nouveaux chasseurs sont attendus à la fin des années 2020.

     

    Le ministre Sajjan explique le report à l’an prochain du début du processus de sélection d’un chasseur permanent par le fait que la révision de la politique de défense n’est pas terminée. Mais si la révision n’est pas terminée, comment se fait-il que le gouvernement ait déjà déterminé un écart de capacité immédiat pour la défense du Canada et que le premier ministre ait déjà conclu que le F-35 ne représentait pas le bon appareil pour la défense du Canada ?

     

    Un appel d’offres, lancé dès cette année, aurait d’ailleurs pu mener à l’acquisition d’un remplaçant permanent du CF-18 à temps pour sa retraite prévue en 2025. C’est du moins ce que révèlent les compétitions menées par le Danemark, le Japon et la Norvège.

     

    L’urgence des besoins de sécurité du Canada paraît également douteuse du fait que la livraison du chasseur intérimaire, le Super Hornet, n’est prévue qu’en 2020, selon un scénario optimiste. Les besoins immédiats de défense nationale ne seront donc comblés qu’après l’élection d’un nouveau gouvernement fédéral. Le Super Hornet intérimaire sera utilisé pour 12 à 15 ans, ce qui signifie qu’il devra opérer en même temps que le remplaçant permanent du CF-18 à partir de la fin des années 2020.

     

    Des coûts additionnels

     

    Si le F-35 devait être sélectionné au terme de la compétition à venir, cela signifierait des coûts additionnels considérables liés à la gestion d’une flotte mixte d’appareils, que ce soit en matière d’infrastructures, de soutien technique, de formation, d’équipement ou de munitions. Notons que la décision d’acquérir le Super Hornet entraînera également de tels coûts additionnels — que le gouvernement a d’ailleurs refusé d’estimer publiquement — en raison de la gestion d’une flotte mixte de CF-18 et de Super Hornets.

     

    Qu’est-ce qui justifie une décision aussi coûteuse ? Le gouvernement Trudeau a révisé à la hausse son évaluation des menaces qui pèsent sur le Canada. Il estime que le Canada doit assurer, en tout temps, un engagement militaire maximal au NORAD, ce qui représente 36 chasseurs selon le ministère de la Défense, ainsi qu’un détachement permanent de six chasseurs auprès de l’OTAN, pour un total de 42 chasseurs en service à tout moment. Les gouvernements précédents, libéraux et conservateurs, avaient jugé qu’en cas de crise en Amérique du Nord, les chasseurs déployés pour l’OTAN seraient rapatriés au Canada. Ceci n’est pas acceptable pour le gouvernement Trudeau. Le Canada devra désormais maintenir sur une base permanente un contingent de chasseurs auprès de l’OTAN, et ce, même en cas de crise de sécurité nationale majeure au pays.

     

    Quelles nouvelles menaces planent sur l’Amérique du Nord pour justifier une telle ambition ? De façon assez étonnante, le ministre Sajjan n’a pas évoqué la menace russe aux frontières orientales de l’OTAN, mais plutôt une attaque terroriste telle que les attentats du 11 septembre 2001. Est-ce dire que le Canada n’est présentement pas en mesure de combler ses obligations de défense de l’Amérique du Nord ? Pas selon l’état-major militaire canadien, qui était s’était dit satisfait d’un minimum de 65 chasseurs canadiens. Même les conservateurs sous Harper, qui voyaient la Russie comme une menace, ne s’étaient pas résolus à une telle inflation de l’ambition militaire du Canada.

     

    D’aucuns concluent qu’il s’agit donc d’une décision masquant la volonté d’extraire le gouvernement Trudeau d’un bourbier politique. Qu’à cela ne tienne, les coûts de cette décision pour les contribuables canadiens seront faramineux. Ils auront non seulement à débourser pour l’acquisition de deux flottes de chasseurs, mais ils devront également assumer les coûts liés à la gestion d’une flotte mixte d’avions de combat.













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