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    Castro était un dictateur, reconnaît Trudeau

    Le premier ministre a été très critiqué pour son hommage à l’«ami de longue date» du Canada et de sa famille

    28 novembre 2016 | Marie-Michèle Sioui - Avec La Presse canadienne | Canada
    Fidel Castro a assisté aux funérailles de l’ancien premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau le 2 octobre 2000, à Montréal. À l’avant-plan, Justin Trudeau et sa mère, Margaret.
    Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir Fidel Castro a assisté aux funérailles de l’ancien premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau le 2 octobre 2000, à Montréal. À l’avant-plan, Justin Trudeau et sa mère, Margaret.

    Critiqué pour ses commentaires chaleureux à l’endroit de Fidel Castro, le premier ministre Justin Trudeau a dû reconnaître dimanche que le Líder Máximo, décédé vendredi, était un dictateur.

     

    L’admission, cependant, n’enlève rien à l’importance de reconnaître les accomplissements du père de la révolution cubaine, a plaidé le premier ministre, à la fermeture du Sommet de la Francophonie, à Madagascar.

     

    C’est pourtant en abordant les droits de la personne, et plus particulièrement des minorités sexuelles, que le premier ministre canadien avait lancé ce sommet. Mais en qualifiant samedi Fidel Castro de « leader plus grand que nature », de « révolutionnaire et [d’]orateur légendaire », Justin Trudeau s’est attiré les foudres de politiciens campés sur sa droite, au Canada comme aux États-Unis.

     

    « Est-ce une vraie déclaration ou est-ce une parodie ? », a demandé le sénateur républicain de la Floride, Marco Rubio. « Honteux. Pourquoi les jeunes socialistes idéalisent-ils les tyrans totalitaires ? Castro, Staline, Mao, Pol Pot : tous de vilains meurtriers, des adeptes de la torture », a ajouté son ancien concurrent à la course au leadership républicain, Ted Cruz.

     

    Entre ami et dictateur

     

    La réaction de Justin Trudeau a pris la forme d’une réponse à une question d’une journaliste, qui lui a directement demandé si Fidel Castro était un dictateur. « Oui », a-t-il répondu en anglais, l’air contrit. « Il a eu un impact profond et durable sur le peuple cubain. Il était certainement une figure polarisante et il y avait certainement de grandes craintes quant à son bilan en matière de droits humains », a-t-il ajouté. Dans sa réaction initiale au décès du révolutionnaire cubain, le chef libéral visait surtout à illustrer la « profonde connexion » qu’entretiennent les Canadiens et les Cubains, a-t-il expliqué.

     

    Une histoire de famille

     

    Il faut dire qu’au sein de la famille Trudeau, cette connexion est personnelle. « Son père était un peu ami avec Castro », a rappelé le biographe de Pierre Elliott Trudeau, Max Nemni, dans un entretien avec Le Devoir. Dans ses mémoires publiés en 1993, Trudeau père utilise une formule moins euphémisante, et admet être séduit par le leader cubain, qu’il a visité chez lui en 1976.

    Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Fidel Castro a assisté aux funérailles de l’ancien premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau le 2 octobre 2000, à Montréal. À l’avant-plan, Justin Trudeau et sa mère, Margaret.
     

    Justin Trudeau, l’héritage du père en tête, a donc formulé sa réaction officielle au décès de Fidel Castro en utilisant « certaines choses qui sont ou qui étaient vraies », selon Max Nemni. « Parce qu’il [Fidel Castro] a fait du bien à son peuple sur le plan de l’éducation et de la santé. [Justin Trudeau] s’est limité à cela pour ne pas avoir à aller plus loin, pour ne pas parler des droits de la personne. »

     

    Choix honnête ? « Moi, ça me semble anodin. Il n’a pas dit grand-chose », a répondu le biographe. À son avis, ce n’est probablement pas au moment d’envoyer une première réaction officielle à un décès qu’il est le plus avisé d’étaler le bilan d’un chef politique en matière de droits de la personne. « À vrai dire, il pensait que ce n’était pas le moment d’en parler », a-t-il suggéré. Qu’à cela ne tienne, l’organisation Human Rights Watch, qui n’avait pas consacré de publication à Cuba depuis 2009, a publié dimanche un communiqué de presse insistant sur le legs du régime de Castro, surtout caractérisé par un « système répressif qui punit pratiquement toute forme de dissidence ».

     

    La chef intérimaire du Parti conservateur, Rona Ambrose, a aussi dénoncé l’héritage castriste. « Des milliers de personnes ont sombré dans la pauvreté et des milliers d’autres ont été emprisonnées et exécutées, et la liberté d’expression, de pensée et de réunion était limitée ou interdite, tous devant vivre selon sa version du “socialisme”», a-t-elle écrit. Le chef néodémocrate a été prudent. « À l’occasion du décès de Fidel Castro, pensons à l’impact qu’il a eu sur tant de vies, et gardons espoir pour l’avenir du peuple cubain », a déclaré Thomas Mulcair.

    Ce serait une erreur politique de sa part de donner l’impression qu’il ne va pas aux funérailles en raison des critiques de ses opposants
    Robert Wright
     

    Trouver l’équilibre

     

    Encore dimanche, Justin Trudeau a dit comprendre « tout à fait » que sa déclaration ait pu choquer les détracteurs du régime cubain. « Il y a des gens qui ont bien des souvenirs, qui ont vécu des réalités extrêmement difficiles par rapport à l’histoire de Cuba. Et je ne suis pas du tout en train de minimiser ça », a-t-il dit. Le premier ministre a par ailleurs affirmé qu’il avait abordé la question des droits de la personne avec Raúl Castro lors de sa visite à Cuba, à la mi-novembre. L’auteur de Trudeaumania, Robert Wright, était sur place. Du passage du premier ministre canadien à l’Université de La Havane, il a retenu le ton chaleureux, amical avec lequel il a abordé le frère Castro. À la mort de Fidel Castro, Justin Trudeau devait réagir avec « équilibre », croit-il. « C’était délicat, parce qu’il devait exprimer un sentiment chaleureux de sympathie, mais également formuler une réaction objective », a expliqué Robert Wright. « À en juger par la réaction des Canadiens, il n’a pas trouvé cet équilibre. »

     

    Surtout, les Canadiens ont perdu de l’affection pour la cause castriste, a-t-il avancé. « Il y a dix ans, il y avait un vaste attachement sentimental aux idéaux de la révolution cubaine », a observé l’auteur. Mais à mesure que le caractère menaçant de l’« ennemi » américain s’est atténué — par le rapprochement entre Cuba et les États-Unis entrepris en 2014, notamment —, « l’utilité du style de gouvernance cubain » s’est étiolée, selon lui. Dans le contexte, « l’argumentaire de Fidel Castro a perdu de la force », a résumé Robert Wright.

     

    En attendant les funérailles

     

    À Cuba, une procession transportant les cendres de Fidel Castro doit quitter La Havane mercredi, en direction de Santiago, là où seront célébrées, dimanche prochain, ses funérailles. Seize ans après les obsèques de Pierre Elliott Trudeau, auxquelles avait assisté Fidel Castro à Montréal, Justin Trudeau se rendra-t-il sur l’île cubaine pour saluer le leader controversé ? « Chose certaine, ce serait une erreur politique de sa part de donner l’impression qu’il ne va pas aux funérailles en raison des critiques de ses opposants », a répondu Robert Wright. De son côté, Max Nemni n’a pas souhaité s’avancer.

     

    En 2000, la présence de Castro aux funérailles de Trudeau père avait été perçue comme un geste « extrêmement important », a rappelé Robert Wright. La décision de Justin Trudeau le sera peut-être autant.













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