Passer à la version normale du sitePasser à la version large du siteTaille d'écran
  • Facebook
  • Twitter
  • RSS
  • Amis du Devoir
    Connectez-vous

    Cocktail de financement: les privilèges du pouvoir et de l’argent

    L’opposition reproche à Justin Trudeau sa participation à un cocktail privé à 1500 $

    23 novembre 2016 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Mardi, en Chambre, Justin Trudeau a été la cible de questions insistantes de l’opposition.
    Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne Mardi, en Chambre, Justin Trudeau a été la cible de questions insistantes de l’opposition.

    Le premier ministre Justin Trudeau a fait face à un barrage d’attaques de la part de l’opposition mardi pour avoir participé à un cocktail de financement à 1500 $ le couvert tenu chez un particulier. Le gouvernement rétorque que la pratique est tout à fait légale… et était courante sous la précédente administration conservatrice.

     

    L’activité de financement en question s’est déroulée en mai, à Toronto, au domicile de Benson Wong, le président de la Chambre de commerce Canada-Chine. Selon le Globe and Mail, qui a éventé l’affaire mardi, il y avait, outre M. Trudeau, 32 convives. Du lot, Zhang Bin, un homme d’affaires chinois qui, après cette soirée, a versé trois dons totalisant 1 million de dollars à la Fondation Trudeau et à l’Université de Montréal, ainsi que Shenglin Xian, le fondateur de la Banque Wealth One, qui attendait un dernier feu vert pour lancer une banque à charte fédérale au Canada.

     

    « Un individu paye 1500 $ pour obtenir l’accès exclusif au premier ministre et cet individu reçoit l’approbation finale pour une banque quelques mois plus tard, a lancé la chef par intérim du Parti conservateur, Rona Ambrose, à la Chambre des communes. Non seulement cet événement viole les règles d’éthique du premier ministre, mais ça sent mauvais. »

     

    Le premier ministre Trudeau a répliqué que le Bureau du surintendant des institutions financières avait préapprouvé le projet bancaire de Shenglin Xian en juillet 2015 sous l’ancien gouvernement conservateur. Le bureau du ministre des Finances a en outre fait valoir au Globe and Mail que le ministre n’avait pas été consulté lorsque la dernière approbation a été donnée à Shenglin Xian le 19 juillet 2016.

     

    Du côté de la Fondation Trudeau (un organisme apolitique qui finance des bourses doctorales), une porte-parole a indiqué au Devoir que les pourparlers avec Zhang Bin avaient débuté en septembre 2014, « bien avant l’entrée en fonction du premier ministre actuel ». Les discussions ont abouti en juin dernier, quelques semaines après la soirée de financement. Zhang Bin a versé 200 000 $ à la Fondation et 750 000 $ à l’Université de Montréal pour financer des bourses destinées à des étudiants québécois en droit qui souhaiteraient étudier en Chine. Une troisième enveloppe de 50 000 $ financera la construction d’une statue de Pierre Elliott Trudeau, selon le Globe and Mail.

     

    À la Chambre des communes, le néodémocrate Alexandre Boulerice a lancé : « Que l’on sorte le chéquier, parce que ça a l’air que l’ensemble du cabinet libéral est achetable ! » M. Boulerice faisait ainsi référence à la révélation, le mois dernier, de la tenue de deux autres cocktails de financement, à 500 $ et 1500 $ le couvert respectivement, dont la vedette était cette fois le ministre des Finances, Bill Morneau.

     

    Les libéraux répètent sans relâche à la Chambre des communes que ces cocktails de financement sont légaux et ne posent pas problème. La leader du gouvernement à la Chambre, Bardish Chagger, a réitéré mardi que « nous avons les règles de financement parmi les plus strictes au pays ». Elle a même rappelé que le directeur général des élections actuel, Marc Mayrand, « a dit récemment que les lois sur le financement politique au Canada étaient parmi “les plus avancées, les plus contraignantes et les plus transparentes” au monde ».

     

    En effet, dans une longue entrevue accordée à l’hebdomadaire Hill Times et publiée lundi, M. Mayrand a été appelé à commenter les activités de financement controversées (qui ne comprenaient pas à ce moment le cocktail de M. Trudeau). Il a indiqué ne pas avoir vu d’indice que « qui que ce soit viole les dispositions de la Loi électorale ». « L’argent est au coeur de la politique. Que l’on aime cela ou pas, on a besoin d’argent pour faire de la politique. »

     

    M. Mayrand continue dans cette entrevue en disant qu’il faut savoir trouver « le juste équilibre » entre les règles éthiques et les besoins matériels des partis politiques. « Au Canada, on s’excite parce que quelqu’un donne 1600 $ ou 1700 $. [Aux États-Unis], le plus grand contributeur à une seule campagne a versé 63 millions. » M. Mayrand voit dans le cas du Québec — encore secoué par les révélations faites à la commission Charbonneau — un exemple des risques d’une éthique trop rigide. « Plus les contraintes paraissent déraisonnables, plus les gens seront tentés de fonctionner clandestinement. Et c’est une préoccupation que j’aurais. Il faut trouver le juste équilibre. »

     

    Le Québec limitait à 3000 $ les dons pouvant être faits à un parti politique dans une même année. Seuls les individus peuvent donner. Au fédéral, cette limite a été instaurée à 1500 $, montant qui est indexé.

     

    Des précédents

     

    L’opposition cite souvent les règles d’éthique que s’est données Justin Trudeau pour démontrer que les cocktails sont répréhensibles. Le document « Pour un gouvernement ouvert et responsable » stipule qu’« il ne doit y avoir aucun accès préférentiel au gouvernement, ou apparence d’accès préférentiel, accordé à des particuliers ou à des organismes en raison de contributions financières ». Ce document, mis à jour annuellement, existe en fait depuis 2010 et a été mis en place par Stephen Harper.

     

    En coulisse, les libéraux rappellent que les conservateurs avant eux ont abondamment participé à des activités de financement mettant en vedette députés ou ministres.

     

    Le 19 mai 2015, par exemple, le ministre des Finances Joe Oliver a participé à un événement à 500 $ et le 23 juin 2015, à un autre à 400 $. Dans ce dernier cas, moyennant un don de 1500 $, le donateur pouvait participer à tout futur événement du ministre. Le 30 janvier 2015, le ministre Jason Kenney a participé à un événement à 750 $. Une dizaine de cas similaires peuvent être relevés. Rona Ambrose elle-même a participé à un BBQ payant (200 $) cet été avec Stephen Harper, à un déjeuner à 125 $ en octobre et à un souper à 150 $ en mai.

     

    Avec Marie Vastel













    Envoyer
    Fermer
    Les plus populaires


    Abonnez-vous à notre infolettre. Recevez l'actualité du jour, vue par Le Devoir.