Un défi de taille pour les Canadiens

La vente de VUS a connu une année record en 2016 au Québec et à l’échelle canadienne.
Photo: Pedro Ruiz Archives Le Devoir La vente de VUS a connu une année record en 2016 au Québec et à l’échelle canadienne.

Malgré l’annonce par le gouvernement canadien de nouvelles cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre, la population n’est pas prête à se lancer dans ce « marathon » contre les changements climatiques, estiment les experts.

Une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 80 % d’ici 2050 est « dans l’ordre de ce qui est attendu pour atteindre les objectifs de limiter le réchauffement climatique », estime Pierre-Olivier Pineau, titulaire de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC. Mais est-ce réaliste ? « Oui et non », répond l’analyste.

« D’un point de vue technique, c’est réaliste, il n’y a aucun problème à réduire de 80 % nos émissions de GES. D’un point de vue économique, c’est envisageable. Mais d’un point de vue sociologique, c’est tout un défi étant donné l’inertie dans les moeurs et les habitudes des Canadiens. 2050, c’est dans 35 ans. Si on regarde les 35 dernières années, on ne s’est pas du tout dirigé dans cette direction-là, bien au contraire, le Canada n’a pas du tout amorcé sa transition énergétique, ni même le Québec, alors ça reste très ambitieux étant donné notre passé récent et notre présent. »

Je pense qu’on peut y arriver, il est impératif qu’on y arrive. Mais aujourd’hui, est-ce que nous sommes prêts? La réponse, c’est non.

 

Selon lui, c’est l’équivalent de demander à quelqu’un qui n’a jamais couru s’il est prêt à faire un marathon demain matin. « Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas se préparer et qu’on ne peut pas y arriver. Je pense qu’on peut y arriver, il est impératif qu’on y arrive. Mais aujourd’hui, est-ce que nous sommes prêts ? La réponse, c’est non. »

À titre d’exemple, il évoque la vente de VUS qui a connu une année record en 2016 au Québec, au Canada et en Californie. « C’est un signe qu’on n’est pas prêt. »

Changements à prévoir

Selon lui, la première chose que le gouvernement de Trudeau devrait faire, c’est « d’être franc avec la population et de dire aux Canadiens que oui, la cible, c’est bien, mais qu’il y a des choses qui vont devoir changer. »

Pierre-Olivier Pineau plaide pour un système de transport plus efficace : le rail plutôt que les camions pour le transport de marchandises, la fin de l’auto en solo, un réaménagement du territoire et des bâtiments moins énergivores. « On a du plain sur la planche. Mais la bonne nouvelle, c’est que ces solutions sont rentables. Ce sont des initiatives qui sont structurantes pour l’économie canadienne. »

Si on veut atteindre l’objectif, d’autres changements sont à prévoir, tant au Québec qu’au Canada, estime Félix Boudreault, spécialiste des politiques environnementales canadiennes et fondateur de F & B Advisors. « Ça passe aussi par une transformation des secteurs industriels tel qu’on les connaît. Les secteurs minier et manufacturier par exemple, ça n’a pas beaucoup évolué dans les dernières décennies, mais il va falloir que ça change, parce que si on parle de réductions de 80 %, ça va affecter tous les secteurs. »

Réglementation

Selon Félix Boudreault, tant le Canada que le Québec devront « mettre les bouchées doubles » en matière de réglementation et de politiques publiques, notamment sur le prix du carbone. « Il n’y a pas d’autres façons d’atteindre une cible comme ça sans y aller agressivement en matière de réglementations. Il faut imposer des changements à la structure économique du pays, parce que ça paraît long, d’ici 2050, mais en termes de cycle économique, c’est relativement court. Donc il faut mettre toutes les incitations pour accélérer les changements. »

6 commentaires
  • Jacques Rousseau - Abonné 18 novembre 2016 07 h 30

    Pourquoi ne sommes-nous pas prêts ?

    Bonjour,

    Nous ne le sommes pas, semble-t-il, « étant donné l'inertie dans les moeurs et les habitudes » de la population. Pourquoi cette inertie ? La réponse, à mon avis, tient dans la nécessité de produire des biens et des services pour faire vivre des entreprises, souvent multinationales, qui produisent uniquement pour produire des profits, avant tout au profit de leurs actionnaires. Ainsi en est-il, selon moi, des hydrocarbures, qu'on veut nous faire consommer malgré tous les problèmes que cela nous cause. Et pour dissimuler que leur production est d'abord affaire de profit pour une petite partie de la population, on nous vend l'idée que même si ce n'est plus maintenant qu'affaire de transition, il faudra en produire plus, quitte à vendre ces hydrocarbures sur les marchés étrangers. Pareilles ventes rapporteront beaucoup d'argent. Je vous laisse répondre à la question de savoir si vous serez une des personnes qui, tout compte fait, en bénéficiera.

    Jacques Rousseau

  • François Dugal - Inscrit 18 novembre 2016 07 h 49

    Homo canadiensis

    -"Je veux du gaz pas cher pour mon VUS chromé", nous dit le digne descendant de l'homme des cavernes.

  • François Beaulé - Abonné 18 novembre 2016 08 h 55

    L'habitat et le mode de vie

    Le développement de l'habitat ne peut plus être commandé par le marché. Une densité plus forte des logements doit être imposée par la législation afin de contrôler l'étalement urbain. La très faible densité des banlieues nord-américaines rend difficile le développement du transport en commun. Voilà pourquoi le nombre d'automobiles en circulation a augmenté phénoménalement dans les 50 dernières années, bien plus vite que la population.

    L'habitat est le fondement du mode de vie. Il coule dans le béton notre relation à l'environnement mais aussi les inégalités sociales et les relations sociales. Or cet habitat, depuis trop longtemps, est défini et orienté principalement par les forces du capital et par la propriété privée.

    Cela ne peut plus durer. La recherche de l'équité sociale conjuguée à la protection de l'environnement ne pourra pas se faire sans une révolution de l'habitat.

  • Michel Handfield - Abonné 18 novembre 2016 09 h 32

    Va falloir changer des habitudes!

    Va falloir changer des habitudes! Et, les gouvernements sont-ils prêts à investir ce qu'il faut en transport en commun? Et, pourquoi ne pas émettre des permis de stationnement en fonction de la largeur des terrains sur rue en ville? J'explique: au lieu des vignettes, si vous habitez une ville, la propriété se voit d'office obtenir des vignettes équivalente à sa largeur en stationnement. Ainsi, si votre terrain à 30 pieds de largeur sur rue, vous avez droit aux vignettes pour la totalités de vos véhicules qui entrent ds 30 pieds. 3 Smart, il n'y aurait pas de problème, mais si vous avez 3 VUS comme j'en vois pour certaines maisons, désolé, mais ça n'entre pas dans le 30 pieds. Alors, vous auriez un ou deux permis au maximum. L'autre véhicule se devra de louer du stationnement au privé. On ne peut atteindre ces objectifs avec le laissez-faire actuel. En plus, comme propriétaire, qui est dans Communauto, Auto-mobile Car2Go, bixi et abonné à Opus à l'année (la totale, quoi!), actuellement je subventionne pour le stationnement des autres, car je paie pour un nombre de pied de stationnement sur rue (équivalent à la largeur de mon terrain sur rue) par mes taxes que je laisse aux autres, car je place l'auto d'automobile devant mon entrée de garage (en parrallèle du trottoir) quand je la libère de façon à laisser le plus de place à mes voisins qui manquent d'espace de stationnement justement, car il y a de plus en plus de véhicules et ils sont de plus en plus gros. Tout le contraire du bon sens écologique! Gentil de ma part. Mais, j'aimerais qu'on règlemente davantage le stationnement, car il n'est pas loin le jour où le stationnement étagé sera nécessaire à Montréal si on ne fait rien. La solution, je le répète: on ne devrait pas avoir droit à plus de véhicules par terrain que la largeur sur rue des dits terrains dans les villes, exception faite du stationnement sur les terrains privés. Alors, si vous voulez 5 véhicules, ayaez un garage de 5 places sous votre édifice de c

  • Bernard Terreault - Abonné 18 novembre 2016 09 h 55

    Bravo pour la photo accompagnant cet article.

    L'article est aussi plus complet que celui de La Presse sur le même sujet, même si Pineau chronique dans ce journal!