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    Entrevue avec la ministre Marie-Claude Bibeau

    Le Canada vise un rôle actif dans la Francophonie internationale

    24 octobre 2016 |Philippe Orfali | Canada
    La ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau
    Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir La ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau

    À un mois du XVIe Sommet de la Francophonie, Ottawa annonce ses couleurs : tant en matière d’économie que de diplomatie et de développement, la conférence de Madagascar sera celle du « réengagement en francophonie internationale » du Canada, a affirmé la ministre du Développement international et de la Francophonie, Marie-Claude Bibeau, en entrevue au Devoir.

     

    Le sommet qui doit se tenir à Antananarivo, la capitale malgache, du 21 au 27 novembre revêt une grande importance pour Ottawa, soutient la ministre. Un an après l’arrivée au pouvoir des libéraux, et à quelques mois du second anniversaire de l’élection de Michaëlle Jean au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), l’élue soutient que l’approche du gouvernement Trudeau tranchera avec celle, plus effacée, des conservateurs.

     

    « On a rencontré Mme Jean à plusieurs reprises dernièrement. […] Nous voulons jouer un rôle plus actif, plus politique au sein de l’OIF, un rôle plus rassembleur qu’avant. Nous entendons être très présents, sur le terrain. L’OIF est un bon forum pour cela », a-t-elle dit.

     

    Plus concrètement, le gouvernement canadien fait preuve d’un vif intérêt envers l’Afrique francophone, à l’heure où il mène une vaste révision de ses priorités en développement international. Pour la deuxième année d’affilée, et la troisième en quatre ans, l’Afrique francophone subsaharienne a connu, en 2015, les meilleures performances économiques du continent noir, selon la Banque mondiale. Malgré cela, d’énormes défis demeurent, particulièrement pour la jeunesse africaine.

     

    « Il y a un grand constat qui se fait : l’explosion démographique en Afrique francophone, et les besoins des jeunes, a affirmé Mme Bibeau. Tous ces jeunes en Afrique ont besoin de croire en l’avenir, d’avoir des opportunités en éducation, en formation, en emploi. Le Canada doit travailler avec ces pays pour créer des emplois, de l’espoir. Ce sera un axe d’intervention important pour nous. »

     

    Migration et terrorisme

     

    Il s’agit là d’un enjeu économique, mais aussi de paix et de sécurité mondiale, soutient la ministre et ex-entrepreneure, qui a commencé sa carrière à l’Agence canadienne de développement international, séjournant notamment au Maroc et au Bénin. « Tous ces jeunes désespérés qui cessent de croire en l’avenir de leur pays, il y a des risques qu’ils viennent grossir les flots de migrants ou, pire, de groupes armés ou terroristes. »

     

    Le Canada pourrait également tirer profit de ces efforts visant à offrir un avenir plus prometteur aux jeunes d’Afrique. Pour la première fois en juillet, les provinces et territoires se sont entendus sur une cible d’immigration francophone à l’extérieur du Québec de 5 %. Un sommet sur l’immigration francophone doit par ailleurs se tenir au printemps 2017, afin de « déterminer les moyens d’action à prendre » pour atteindre la cible. L’Afrique sera certainement au coeur des discussions.

     

    Expertise et mariages forcés

     

    À Madagascar, Ottawa compte aussi mettre en avant une résolution portant sur la lutte contre les mariages précoces et forcés d’enfants, l’un de ses chevaux de bataille à l’échelle internationale. Chaque année dans le monde, on estime que 15 millions de filles âgées de moins de 18 ans sont forcées de se marier. Le sort réservé par de nombreux pays aux minorités, quelles qu’elles soient, fera aussi l’objet de pourparlers.

     

    Autre signe de ce réengagement en Afrique, Ottawa entend travailler de près avec les gouvernements de plusieurs pays tels que le Burkina Faso, le Sénégal, ou encore le Mali, afin de partager son expertise en matière de santé, d’éducation et de saine gouvernance.

     

    « Ils veulent qu’on les aide à développer des compétences pour que leurs gouvernements soient plus autonomes, a résumé Mme Bibeau. Dans certains cas, on s’intéresse aussi aux finances. La fiscalité est un élément dans lequel on peut intervenir et fournir notre expertise. »

     

    La langue française joue dans ce contexte un rôle rassembleur. « C’est beaucoup plus facile de se comprendre quand on parle la même langue. »

     

    Québec veut parler LGBT

     

    Québec n’est pas en reste : le gouvernement Couillard fera connaître une proposition concernant la radicalisation menant à la violence, a indiqué en entrevue la ministre des Relations internationales, Christine St-Pierre. À titre de gouvernement participant, le Québec dispose de la plupart des pouvoirs des États membres.

     

    Mme St-Pierre souhaite également « sensibiliser », mais « sans que cela passe nécessairement par une résolution », les pays de la Francophonie à la question des droits des personnes lesbiennes, gaies, bisexuelles ou transgenres (LGBT). Dans certains pays, en Afrique notamment, le simple fait d’être gai peut mener à la prison, voire à la mort, a-t-elle rappelé. « On pense que l’OIF peut et doit se pencher sur cet enjeu de société. Le Québec et le Canada forment un peuple très ouvert, et on doit parler de cet enjeu-là avec les autres membres. »

     

    Fondée en 1970, l’OIF compte 80 États ou gouvernements (54 membres de plein droit, 3 associés et 23 observateurs), répartis sur les cinq continents. Michaëlle Jean, l’ex-gouverneure générale du Canada, est secrétaire générale de l’OIF depuis janvier 2015.

    L’Ontario bientôt membre de l’OIF En plus de marquer le « retour » du Canada dans la francophonie internationale, le Sommet de Madagascar devrait selon toute vraisemblance confirmer l’adhésion de l’Ontario à l’OIF, après des années d’attentes.

    La province désire recevoir un statut d’observateur au sein de l’OIF, « et ce, dans l’idée d’y obtenir par la suite le statut de membre de plein droit », révèlent des échanges entre les premiers ministres Kathleen Wynne et Justin Trudeau, dont Le Devoir a obtenu copie. Le Québec et le Nouveau-Brunswick sont déjà membres à part entière depuis les années 1970.

    Contrairement à son prédécesseur, le gouvernement Trudeau appuie « sans réserve » cette démarche, s’engageant à « préparer une campagne efficace visant à convaincre et rallier les autres membres de l’OIF ». Des consultations avec des partenaires clés tels que « la France, la Suisse, la Belgique, ainsi que le Sénégal et Madagascar » sont d’ailleurs en cours, explique M. Trudeau dans sa lettre à son homologue.

    En coulisse, à Ottawa, on souligne que la demande ontarienne a reçu un « accueil très favorable » chez les États membres au cours des derniers mois. « On n’a pas de raison de croire que quiconque s’y opposera », dit-on. Les quelque 612 000 Franco-Ontariens forment la plus importante communauté francophone du Canada en dehors du Québec.












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