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    À l’étranger

    L’anti-Trump qui séduit l’Europe

    Comment Trudeau est devenu la coqueluche de la presse internationale

    15 octobre 2016 | Christian Rioux - Correspondant à Paris | Canada
    Depuis son entrée en fonction, l’opération charme menée par Justin Trudeau aux quatre coins de la planète lui a valu les faveurs des médias étrangers.
    Photo: Greg Baker Agence France-Presse Depuis son entrée en fonction, l’opération charme menée par Justin Trudeau aux quatre coins de la planète lui a valu les faveurs des médias étrangers.

    Lorsqu’il débarqua à Paris le 30 novembre 2015 à l’occasion de la COP 21, trois semaines à peine après son élection surprise, Justin Trudeau était un néophyte. Personne n’attendait de lui qu’il fasse des prouesses à l’étranger. Mais son arrivée à Paris ce jour-là ne pouvait pas mieux tomber. Le président de la COP 21, François Hollande, était bien déterminé à faire de ce sommet un succès. Peu lui importait donc qui succédait à Stephen Harper, l’important était de tourner la page. Lorsque Justin Trudeau lança « Le Canada est de retour », il n’en demandait pas plus.

     

    Dîner à l’Élysée, tête-à-tête avec le président, selfies à Matignon, le télégénique Justin Trudeau sera l’une des vedettes de ce sommet. On passera vite sur le fait que le jeune premier ministre n’avait pas eu le temps de revoir les objectifs plutôt modestes de réduction des gaz à effet de serre de son prédécesseur. On oubliera aussi qu’il s’était fait élire en promettant le retrait du Canada des frappes aériennes en Syrie. Un irritant de taille trois semaines après les attentats du 13 novembre à Paris qui firent 130 morts et plus de 400 blessés.

     

    « Alors, vous en êtes ou pas ? », lança sur un ton de défi la journaliste Léa Salamé à un Justin Trudeau dans ses petits souliers.

     

    Personne ne se doutait que le nouveau premier ministre allait en quelques semaines devenir la coqueluche de la presse people. De Paris Match à Voici, de GQ à Vogue, en passant par le magazine américain de bande dessinée Marvel, jamais un premier ministre canadien n’avait joui d’une image aussi glamour à l’étranger.

    Ils ont tous les deux la Force, l’un [Trump] du côté obscur, l’autre [Trudeau] du côté lumineux. Tous les deux dominent totalement les médias...
    Enrico Letta, ancien président du Conseil italien, aujourd’hui doyen de l’École des affaires internationales de Sciences Po, au quotidien «Les Échos»
     

    À une époque où l’Europe n’a jamais été si déchirée, où sa monnaie frôle les abîmes, où des millions de réfugiés font exploser ses frontières et où les Britanniques quittent le bateau en pleine tempête, ce premier ministre de 44 ans aux allures de rock star semblait débarquer d’une autre planète.

     

    Les « voies ensoleillées »

     

    Dithyrambique, le quotidien Le Monde alla jusqu’à titrer « Les voies ensoleillées » de Justin Trudeau. Un peu partout en Europe, la gauche cosmopolite, multiculturelle et libertaire se passionna pour un premier ministre qui, en 2015, avait décidé d’accueillir 25 000 réfugiés, de supprimer la déchéance de nationalité pour les terroristes et de légaliser le cannabis.

     

    À l’étranger, Justin Trudeau jouit d’un autre avantage. Son nom lui ouvre toutes les portes, sans compter qu’il a été « élevé dans l’antichambre de la Maison-Blanche, du Kremlin et de la Chine », confiait le sénateur libéral Serge Joyal au journal Le Monde. Depuis peu, la presse européenne a vu en lui l’« anti-Donald Trump », comme l’écrivait Alain Léauthier dans le magazine Marianne. Un qualificatif repris par le chroniqueur Ishaan Tharoor dans le Washington Post. « Outre son charisme, c’est sa politique, à l’opposé de celle de nos dirigeants européens, qui séduit », renchérissait Céline Lussato dans L’Obs.

     

    Un populisme gentil

     

    Comparant Trump et Trudeau, l’ancien président du Conseil italien, aujourd’hui doyen de l’École des affaires internationales de Sciences Po, Enrico Letta, a même évoqué Star Wars. « Ils ont tous les deux la Force, l’un [Trump] du côté obscur, l’autre [Trudeau] du côté lumineux. Tous les deux dominent totalement les médias », écrit-il dans le quotidien économique Les Échos. Deux formes différentes de populisme, le premier « gentil » et l’autre moins, ironise à son tour le politologue français Dominique Moïsi.

    Deux formes différentes de populisme, le premier "gentil" et l’autre moins
    Le politologue français Dominique Moïsi
     

    Ce mois-ci, la presse internationale a salué le retour du Canada à l’ONU, une institution qui n’était guère prisée par son prédécesseur et que son ministre canadien des Affaires étrangères avait qualifiée de « club de discussions pour dictateurs ». Comme si le Canada était de retour à son rôle traditionnel de gardien de la paix, en août, le nouveau gouvernement s’est engagé à consacrer 450 millions de dollars de plus aux missions de paix de l’ONU.

     

    Mais les apparences sont trompeuses, estiment de nombreux experts. Le monde n’est plus le même qu’à la belle époque des missions de paix canadiennes, ont souligné ceux qui participaient à une réunion à huis clos du ministère des Affaires étrangères au début de l’année. Même le ministre des Affaires étrangères, Stéphane Dion, a pris la peine de souligner que le Canada devrait choisir de manière très sélective les missions dans lesquelles il s’engagerait.

     

    Si les missions de paix ne sont plus ce qu’elles étaient il y a 20 ans, le libre-échange dont Justin Trudeau demeure le chantre a aussi pris quelques rides. Les deux candidats à la présidence américaine en font une critique féroce. Dans un monde en plein bouleversement, où rien ne garantit que le Canada pourra préserver sa position enviable, on comprend pourquoi Justin Trudeau a récemment mis l’accent sur le commerce avec la Chine et pesé de tout son poids afin d’accélérer la ratification du traité de libre-échange avec l’Union européenne.

     

    Justin Trudeau pourra-t-il surfer longtemps sur l’image qui l’a si bien servi jusqu’à maintenant ? « Plus vite on devient populaire, plus rapide peut être la chute », soulignait Dominique Moïsi. Vient un moment où l’image ne suffit plus. Même dans le jet-set international.













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