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    Ottawa a privilégié certains réfugiés

    Les conservateurs sont accusés de discrimination

    21 juillet 2016 | Marie Vastel - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    La députée conservatrice Michelle Rempel a défendu la directive de l’ancien gouvernement.
    Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La députée conservatrice Michelle Rempel a défendu la directive de l’ancien gouvernement.

    L’ancien gouvernement de Stephen Harper a bel et bien priorisé certaines minorités de réfugiés syriens, et de ce fait exclu des membres de la majorité musulmane, confirme un haut fonctionnaire. Une pratique jugée normale par les conservateurs. Mais « discriminatoire » par le Conseil canadien pour les réfugiés.

     

    Les efforts du gouvernement fédéral pour venir en aide aux populations les plus persécutées par le groupe armé État islamique ont été décortiqués en comité parlementaire cette semaine. Les conservateurs et des représentants de la minorité religieuse yézidie d’Irak et de Syrie somment Ottawa d’en faire davantage pour héberger rapidement les réfugiés de cette communauté. Au fil des témoignages, le comité a appris que le gouvernement actuel ne surveillait pas les arrivées de réfugiés par origine ethnique, appartenance religieuse ou orientation sexuelle.

     

    Mais l’un des sous-ministres qui ont dirigé le programme d’accueil de réfugiés syriens a en revanche confirmé mercredi que le précédent gouvernement conservateur avait « dérogé à la pratique normale » et s’était mis à procéder à cette classification des entrées au pays, l’an dernier. Le ministère de l’Immigration a reçu l’ordre du gouvernement de Stephen Harper, début 2015, de « surveiller si les réfugiés syriens réinstallés étaient membres de minorités ethniques ou religieuses vulnérables ou membres de la communauté lesbienne, gaie, bisexuelle, transgenre et intersexe », a relaté David Manicom, sous-ministre adjoint à Citoyenneté et Immigration. Ce nouveau critère faisait partie de « neuf secteurs de priorité ». La pratique a cessé à l’automne 2015, lorsque le nouveau gouvernement a entamé son programme d’accueil de réfugiés syriens.

    Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les efforts du gouvernement fédéral pour venir en aide aux populations persécutées par le groupe EI ont été décortiqués en comité parlementaire cette semaine.

    Or, la directive conservatrice n’était pas « d’exclure ou de discriminer » certains réfugiés, a rétorqué la députée de l’opposition Michelle Rempel. « Ce n’était pas littéralement une pratique d’exclusion, a convenu M. Manicom. Dans les faits, bien entendu, si vous établissez certaines priorités, vous en dépriorisez. » Résultat : le nombre de réfugiés issus de la majorité musulmane sunnite s’est « probablement statistiquement » retrouvé diminué, a indiqué le haut fonctionnaire, qui a pris la peine lors de son témoignage d’aborder cette information qui avait circulé en pleine campagne électorale.

     

    « On ne veut pas créer de xénophobie ou de racisme, a répliqué la conservatrice Michelle Rempel. Mais si on établit une priorité visant à accueillir un groupe menacé de génocide [les yézidis], ne devrait-on pas voir si notre système fonctionne ou non en surveillant qui entre en vertu de ce programme ? »

     

    C’est une chose de vérifier l’efficacité d’un programme dédié à un seul sous-groupe de réfugiés, a admis le sous-ministre adjoint Manicom, mais « c’est très différent » de le faire systématiquement pour tous les réfugiés syriens ou irakiens. « Une décision du gouvernement de récolter ces informations sur toutes les entrées — peu importe qu’elles soient pertinentes ou pas —, cela soulèverait bon nombre de préoccupations pour le commissaire à la vie privée. »

     

    Cette pratique du gouvernement conservateur est carrément « horrible » et « inacceptable », de l’avis de la directrice du Conseil canadien pour les réfugiés, Janet Dench. La conservatrice Michelle Rempel a beau parler d’une simple récolte d’information, afin de voir l’efficacité du programme d’accueil, Mme Dench estime que « si on est en train de recueillir les informations, c’est parce qu’on veut faire quelque chose avec. Prioriser [les demandes] peut-être. […] C’est de la discrimination. »

     

    Entre janvier et novembre 2015, 306 réfugiés syriens parrainés par le gouvernement fédéral sont arrivés au pays.

     

    Une aide aux yézidis à l’étude

     

    Ottawa est cependant bien conscient des horreurs subies par les yézidis — qui ont pour la plupart fui la Syrie pour l’Irak. Et le gouvernement a la « flexibilité » d’adopter des « politiques humanitaires » pour « faciliter l’immigration » afin de répondre à des « circonstances temporaires ». « Les yézidis, qui font face à de graves violations de leurs droits fondamentaux et de terribles affronts à leur dignité, font partie de ces groupes et nous continuons de suivre l’évolution dans le nord de l’Irak », a indiqué au comité le sous-ministre adjoint David Manicom.

     

    Le fédéral doit cependant évaluer la possibilité de mettre en place des mécanismes dans la région, en toute sécurité. « Donc c’est faisable », a demandé la néodémocrate Jenny Kwan. « Je ne sais pas », a nuancé M. Manicom. Car tout dépend de la situation sur le terrain. « Quelle sera la situation à Erbil, dans un mois, je ne le sais pas. »

     

    Le comité parlementaire de l’immigration évaluait cette semaine les politiques du gouvernement pour venir en aide aux plus vulnérables — les yézidis, mais aussi les persécutés d’Ukraine ou du Soudan du Sud. Les députés comptent faire rapport à l’automne. Déjà, conservateurs et néodémocrates estiment qu’Ottawa doit agir de toute urgence pour aider les yézidis, menacés de génocide par le groupe EI.













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