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    Détenus afghans

    Des policiers demandent une enquête publique

    16 juin 2016 | Fannie Olivier - La Presse canadienne à Ottawa | Canada

    Une lettre ouverte de policiers militaires dénonçant de mauvais traitements sur des prisonniers « innocents » en Afghanistan relance le débat sur la nécessité d’une enquête publique.

     

    Dans une lettre envoyée à La Presse, des membres de la police militaire qui ont servi en Afghanistan affirment que pas moins de la moitié des Afghans incarcérés au centre de détention de la base militaire de Kandahar étaient innocents. Et contrairement à ce que le gouvernement canadien affirmait, ils n’étaient pas emprisonnés pour une période de 48 à 96 heures, mais restaient derrière les barreaux en moyenne deux mois.

     

    La police militaire a par ailleurs tenu plusieurs « exercices » visant à terroriser les détenus, des actes révoltants et indignes d’un corps policier, selon les auteurs.

     

    La lettre est anonyme, car ceux qui l’ont rédigée craignent des représailles. La Presse a rencontré l’un des policiers et a confirmé son identité, tout en préservant son anonymat.

     

    « Près de 50 % des personnes incarcérées par la police militaire n’étaient que des gens comme vous et moi, des époux, pères de famille, fermiers qui n’avaient strictement rien à se reprocher. Pourquoi et comment ce mépris de nos lois et nos valeurs canadiennes peuvent-ils survenir ? » demandent les auteurs. Ils n’expliquent pas comment ils sont parvenus à établir cette proportion de prisonniers innocents.

     

    Pas de collaboration

     

    Ils accusent par ailleurs l’état-major de la police militaire de ne pas collaborer à l’enquête que mène la Commission d’examen des plaintes concernant la police militaire, en lui refusant l’accès à des documents. Cette commission se penche actuellement sur des allégations de mauvais traitements des détenus par la police militaire en Afghanistan, en 2010 et 2011. Les auteurs demandent au ministre de la Défense, Harjit Sajjan, d’ordonner aux hauts gradés de la police militaire de collaborer pleinement à cette enquête.

     

    Interrogé à sa sortie d’une réunion de cabinet mercredi, M. Sajjan a laissé entendre qu’il faisait confiance au système de plaintes actuel. « Nous avons de très bons systèmes en place pour enquêter sur tous les types d’allégations », a-t-il assuré.

     


    Enquête publique

     

    Le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Bloc québécois ont tous deux saisi l’occasion pour relancer le débat sur l’opportunité de faire la lumière sur le traitement des détenus afghans par les Forces canadiennes avec une commission d’enquête publique.

     

    La semaine dernière, une coalition de groupes de défense des droits de la personne a interpellé le premier ministre Justin Trudeau pour lui demander une enquête publique sur les détenus afghans transférés par les Forces canadiennes aux autorités locales.

     

    Des allégations selon lesquelles ces prisonniers auraient été maltraités ont émergé dès 2007. Le Parlement s’est penché sur la question, mais le gouvernement conservateur de l’époque s’est toujours opposé à la tenue d’une enquête publique.

     

    Selon Hélène Laverdière, députée du NPD, l’enquête devrait couvrir la question du transfert de ces détenus aux autorités afghanes, celle du traitement que réservaient les Forces canadiennes elles-mêmes à ces détenus, ainsi qu’un volet sur « d’éventuelles manipulations sérieuses de l’information ». Elle rappelle que les libéraux, alors qu’ils étaient dans l’opposition, étaient favorables à une telle enquête et elle leur enjoint de « mettre leurs culottes » maintenant qu’ils sont au pouvoir.













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