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    Aide médicale à mourir

    Les Québécois qui ont voté contre la loi s’expliquent

    2 juin 2016 | Hélène Buzzetti - Correspondante parlementaire à Ottawa | Canada
    Quelques centaines de manifestants étaient réunis à Ottawa pour protester contre le projet de loi désormais étudié par le Sénat.
    Photo: Justin Tang La Presse canadienne Quelques centaines de manifestants étaient réunis à Ottawa pour protester contre le projet de loi désormais étudié par le Sénat.

    Certains Québécois ayant voté contre le projet de loi sur l’aide médicale à mourir mardi soir estiment que celui-ci ne va pas assez loin, tandis que d’autres considèrent qu’il ne contient pas assez de garde-fous. Le conservateur Jacques Gourde, pour sa part, aimerait qu’une forme d’obligation soit instaurée pour que les proches du malade soient informés de sa volonté de mourir.

     

    M. Gourde avait déjà indiqué qu’il aurait préféré qu’Ottawa se prévale de la clause dérogatoire pour cinq ans, question d’apprendre de l’expérience québécoise. Mais il raconte au Devoir qu’il craint les « traumatismes » qu’éprouveraient certaines personnes à la suite de l’utilisation de la loi dans leur entourage.

     

    Sans vouloir entrer dans les détails, il relate que des gens de sa connaissance ont été soufflés d’apprendre à la dernière minute qu’un proche allait obtenir l’aide à mourir. « Du genre où Madame X dit : “Va voir ton frère parce que vendredi après-midi, c’est fini.” » Il aimerait que la loi prévoie un mécanisme par lequel les proches du malade seraient avertis. « Ce serait une bonne approche que tous les membres de la famille soient au courant. »

    Il reconnaît qu’il n’est pas certain de la faisabilité de cette idée.

     

    37 Québécois contre

     

    Mardi, 39 députés québécois ont voté pour C-14 et 37 ont voté contre (deux étaient absents). Tous les élus néodémocrates et les bloquistes ont voté contre le projet de loi, au motif qu’il ne va pas assez loin. Tous les députés conservateurs du Québec, sauf Alain Rayes, s’y sont aussi opposés, de même que le secrétaire parlementaire libéral David Lametti. Alexandra Mendès a pour sa part raté le vote, mais elle confirme au Devoir qu’elle aurait aussi voté contre.

     

    « Je suis contre le projet de loi », dit-elle au téléphone, parce qu’il ne va pas assez loin à son avis. Elle déplore que C-14 ne permette pas aux malades de faire connaître leur volonté anticipée en vue d’une perte de capacités ultérieure. « C’est très personnel et lié à mon histoire familiale »,se limite-t-elle à confier.

     

    David Lametti a fait référence à une entrée Facebook devant les médias. Il y écrit que C-14 est trop restrictif en n’autorisant pas l’aide à mourir pour les personnes n’étant pas en fin de vie. « Le critère de la mort naturelle raisonnablement prévisible porte atteinte aux droits à l’autonomie, à la vie, ainsi qu’aux droits à l’égalité des personnes vivant avec une maladie, une affection, ou un handicap non terminal, mais qui souffrent néanmoins d’une condition médicale grave et irrémédiable. » M. Lametti, un nouvel élu de Montréal, a été l’adjoint du juge de la Cour suprême Peter deCarteret Cory. Ce juge avait siégé dans la cause Sue Rodriguez sur le suicide assisté. La Cour avait rejeté la cause en 1993, mais le juge Cory avait exprimé une dissidence.

     

    Le conservateur Steven Blaney estime de son côté que la liberté de conscience des professionnels de la santé n’est pas assez protégée dans C-14. Le préambule en a pourtant été modifié pour ajouter que « chacun jouit de la liberté de conscience et de religion » et que « la présente loi n’a pas pour effet de porter atteinte à la garantie dont fait l’objet cette liberté », mais ce n’est pas suffisant pour M. Blaney. « Non, il faut que le médecin traitant et les infirmières ne se sentent pas sous pression par l’institution hospitalière. »

     

    Alain Rayes partage l’avis de son collègue que la liberté de conscience des médecins n’est pas suffisamment protégée, mais il a quand même voté pour le projet de loi afin que le processus législatif poursuive son chemin au Sénat.

     

    Des manifestations

     

    Pendant la journée, la Coalition pour la prévention de l’euthanasie a organisé une manifestation d’environ 300 personnes sur le parterre du parlement. Quelques dizaines de personnes se sont étendues dans des sacs de plastique blancs évoquant des housses mortuaires tandis que quelqu’un scandait : « Tuer n’est pas un soin ! »

     

    Depuis le 6 février dernier, un régime d’exemption a été mis en place hors Québec pour permettre à des malades d’obtenir des tribunaux l’autorisation de recevoir de l’aide à mourir d’ici à ce qu’une loi fédérale soit adoptée. La ministre de la Justice, Jody Wilson-Raybould, qui comparaissait devant tous les sénateurs pour défendre son projet de loi C-14, a soutenu que 29 personnes s’étaient prévalues de ce régime.

     

    Avec Marie Vastel













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